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DU MARIAGE CHRÉTIEN

MOxNSIEUR,

Mademoiselle,

Lorsque deux fiancés sont arrivés jusqu'au pied de l'autel, alors que l'invocation au Saintf^sprit a reterîti, alors qu'il semble qu'il n'y ait plus qu'à les écouter eux-mêmes Jans cet échange des consentements qui constitue le Mariage, alors, une parenthèse est de nouveau ouverte : au lieu de questionner, le prêtre enseigne; au lieu d'écouter, il parle. Répondant au vœu de l'Eglise, il considère comme un devoir d'adresser, à ceux qui vont s'unir pour la vie, quelques conseils. Ces conseils, le prêtre est parfois bien embarrassé pour les donner. Ce n'est pourtant pas la matière qui manque !... Mais s'il a, devant lui, des fiancés au christianisme assoupi, à la religion intermittente, à la foi ignorante,

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il se demande si ses leçons seront comprises, si ses conseils seront acceptés... Et il se rappelle la douloureuse constatation de notre Seigneur Jésus, parlant à ses apôtres qu'il avait cependant instruits lui-même durant plus de trois années : Non potestis portare modo, « ce que je vous dis, vous n'êtes pas encore capables de le comprendre (i) 1 »

Vous saisissez bien que, si je fais à mon tour cette triste constatation, c'est précisément parce qu'elle ne se réalise point dans la circonstance qui nous réunit aujourd'hui au pied de l'autel!... Grâce à Dieu, je vous sais chrétiens fermes, croyants instruits, capables de recevoir et d'entendre l'enseignement de l'Eglise sur le sacrement de Mariage. Vous avez été à bonne école, dans les deux foyers qui vous ont vus naître el grandir. . .

(On introduira ici les quelques personnalités utiles que la circonstance pourra comporter).

Je puis donc, en toute sûreté, vous donner un enseignement que je v«us sais capables de comprendre parfaitement et d'accepter fidèlement.

Rien de beau comme le Credo chanté à Lourdes, un soir d'été, par huit ou dix mille pèle-

(1) s. Jean, xvi, 12.

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rins, ayant chacun en main un cierge allumé. Cette lumière brillant dans la nuit, c'est bien l'illumination apportée par Jésus-Christ dans les ténèbres humaines !... Aussi, quand ces pèlerins en arrivent à chanter leur foi dans le Christ : et in unum Dominum, Jesum Christum, tous élèvent leurs flambeaux vers le ciel, d'où nous est venue un Jour la céleste Lumière. Puis les cierges s'abaissent... Maïs les voici qui se relèvent, et c'est quand les milliers de voix chrétiennes proclament leur foi à l'Eglise, cette œuvre par excellence de Jésus-Christ : Et unam, sanctam, cathoUcam et apostolicam Ecclesiam. <( Je crois à l'Eglise, qui est une, sainte, catholique et apostolique. »

... Ne craignez rien, chers Fiancés : je ne me suis pas trompé de feuillets, et ce n'est pas, au lieu d'une allocution de Mariage, un sermon que je vous propose sur les quatre marques de l'Eglise.

Mais je m'appuie sur saint Paul, qui a fait le premier un parallèle entre l'union de Jésus- Christ avec son Eglise, et l'union de l'homme et de son épouse telle qu'elle résulte du Mariage chrétien (i). Et c'est cela qui m'enhardit à vous signaler, dans le Mariage tel que l'a voulu Jésus- Christ, les quatre notes que nous voyons briller (1) Ephésiens, v, 22-33

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îiu front même de l'Eglise : oui, je crois que le Mariage, comme l'Eglise, est un, — saint, — catholique, — et apostolique.

Je m'explique... sans oublier que vous attendez que j'aie fini de parler, pour prendre la pa rôle à votre tour.

Dès son «rigine, le Mariage a été constitué dans Vunité. Ce n'est qu'une Eve que Dieu a créée pour Adam, la tirant de lui pour mieux montrer qu'à eux d'eux ils ne devaient plus faire qu'un (i).

Sans doute, cette unité a souffert des atteintes : les Juifs l'ont blsssée, les païens l'ont tuée... mais Jésus l'a ressuscitée. Constatant que l'ancien peuple de Dieu avait eu «< le cœur trop dur (2) » pour respecter cette unité du Mariage, il la rétablit dans son intégrité première à l'usage du nouveau peuple de Dieu : chez les chrétiens, le Mariage restera perpétuellement un (3), comme l'Eglise, son modèle, jouira d'une unité perpétuelle î

Et pourtant, les passions parleront encore, l'ennemi du genre humain essaiera encore de le rabaisser, en le blessant dans l'institution même qui est son germe de vie : comment donc

H) Genèse, n, 21-24.

(2) S. Matthieu, xix, 8.

i3) S. Matthieu, xix, 5.

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le nouveau peuple de Dieu pourra-t-il, mieux que l'ancien, respecter l'unité du Mariage?

Jésus y a pourvu, en sauvegardant l'unité par la sainteté.

Certes, le Mariage était déjà saint par son institution première, à laquelle Dieu avait voulu présider eî, dont il avait déterminé les lois essentielles. Mais Jésus le sanctifie encore davantage : il l'élève à la dignité de sacrement, il en fait un de ces moyens infaillibles de grâce, par lesquels il a pourvu d'avance à tous les besoins spirituels de notre humanité. Désormais les époux chrétiens auront un droit réel aux grâces de Dieu, comme l'Eglise, l'épouse mystique du Christ, a droit aux faveurs de son divin Epoux. Sacramentum hoc magnwn est (i) ! s'écrie saint Paul : voilà un mystère de sainteté et un bien grand sacrement 1

Allons plus loin. L'Eglise de Jésus-Christ esl catholique. Qu'est-ce à dire.!*

Ce mot, vous le savez, signifie (c universel ». Et si l'Eglise est catholique, c'est parce qu'elle tend à se répandre partout dans l'espace et qu'elle a les promesses de la perpétuité dans le temps : « partout et toujours », telle est sa devise.

Cette force d'expansion de l'Eglise, ne la retrouvez-vous pas dans le Mariage? L'Eglise veut

(1) Ephésiens, v, 32.

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et doit aJler (( jusqu'au bout » : c'est aussi votre mot d'ordre, et les promesses que vous allez faire vont vous lier Jusqu'à la fin.

Mais ce n'est pas tout : c'est aussi dans l'étendue que l'Eglise veut se développer. Elle veut s'agrandir, elle veut multiplier le nombre de ses enfants, parce qu'elle multiplie ainsi le notnbre des élus. C'est, en grand, la raison d'être de l'Eglise catholique... et c'est, en petit, la raison d'être de tout Mariage. « Croissez et multipliezvous (i) » : cette bénédiction donnée à .4dam et à Eve, elle va descendre sur vous aujourd'hui ; car vous aussi, vous avez, pour votre part, à augmenter le nombre des enfants de l'Eglise et des futurs élus. Comme l'Eglise, le Mariage est un agent de catholicité !...

La doctrine que j'ai exposée dans cet entretien n'est pas, je le sais, en faveur aujourd'hui dans le monde : la sainteté du Mariage y est méconnue, et on l'assimile volontiers à un contrat ordinaire ; — sa loi d'unité, on la tourne ; — son expansion dans le temps, on la combat par le divorce ; — sa coopération à l'œuvre de multiplication des élus, on lui oppose de prétendues théories économiques..., qui sont économes surtout de dévouement et de sacrifice !...

N'importe ! l'Eglise n'en continue pas moins

(1) Genèse, i, 28.

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à prêcher la sainteté du Mariage, à défendre son unité, sa perpétuité, et à lui réclamer les enfants qu'il doit lui donner. Elle ne cède rien, parce que-^ cette législation essentielle du Mariage n'est pas son œuvre à elle, mais celle de son Fondateur, que lui ont transmise les apôtres. Et c'est pourquoi le Mariage chrétien, comme l'Eglise ellemême, est apostolique . Lisez saint Matthieu, lisez saint Paul, interrogez les plus antiques dépositaires de l'enseignement des apôtres : le Mariage y est tel que l'Eglise l'enseigne et le bénit aujour d'hui.

N'avais-je donc pas raison, tout à l'heure, de saluer le Mariage chrétien dans les termes mêmes qu'employaient les Pères de Nicée pour saluer l'Eglise de Jésus-Christ :

Je crois que le Mariage est « un, saint, catholique et apostolique ! »

C'est de cette chose auguste, chers Fiancés, que vous allez recevoir le dépôt. Vous le garderez, Je n'en doute pas, avec tout le respect que mérite une chose aussi sainte. Certes, le Mariage a ses joies, ses douceurs, et tous ici nous souhaitons que vous en goûtiez bien longtemps tout le charme, qui est aussi l'œuvre de Dieu. Mais ce qu'il ne faut pas oublier, ce que vous n'oublierez pas, c'est que le Mariage a aussi, — a surtout, — ses devoirs : devoirs d'époux, qui com-

mencent aujourd'hui même ; — devoirs de parents, qui frapj>eront bientôt à la porte de votre foyer.

Je sais que vous comprenez toute la gravité de l'acte qui va vous consacrer devant Dieu en qualité d'époux : je m'en réjouis avec ceux qui vous aiment... et je n'ai plus qu'à enregistrer vos promesses mutuelles, et à appeler sur elles les bénédictions de Dieu.

Ainsi soit-il.

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