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DE L’ÉCOLE NATIONALE DE DESSIN POUR LES JEUNES FILLES

10 Août 1876.

Mesdemoiselles,

Vos familles, en visitant l’exposition de vos œuvres dans la grande salle de votre nouvelle école, où nous n’avons pas voulu les gêner par les préparatifs de la présente solennité, vos familles seront fières à coup sûr de cette exposition et des preuves trèsintéressantes qu’elle donne de vos études et de vos progrès.

A côté de vos études sérieuses d’après le modèle graphique, et mieux encore, d’après le modèle plastique et la nature, que, mademoiselle Marandon s’est appliquée, avec raison, à substituer, aussitôt que possible, à l’ancienne méthode de la seule copie de l’estampe,— à côté de vos éventails, de vos faïences, de vos gravures à l’eau-forte et sur bois, elles verront vos maquettes en terre et vos essais .en cet art nouveau du modelage, introduit depuis un an dans le programme de votre école, et qui, annoncé à la dernière minute de la distribution de 1875, tient déjà une si bonne place dans l’exposition de 1876. Vous vous souvenez que votre excellente et si active directrice, pénétrée de l’utilité pour vous de cet enseignement nouveau, s’était mise courageusement à l’école pour vous apprendre, et s’était faite élève elle-même, pour devenir, en sculpture, votre premier professeur.

Depuis, nous vous avons trouvé un autre maître, un statuaire dont le zèle pour la jeunesse égale le talent, et qui a bien voulu soulager de cette fonction mademoiselle Marandon, laquelle en a bien assez d’autres à exercer ici. De même que je remerciais ici, l’an passé, M. Brunei Roques et M. P. Lorain de la bonne grâce et du dévouement avec lesquels ils ont bien voulu vous donner l’enseignement supplémentaire qui vous mettra désormais en mesure de discerner les différents styles, que M. Schroder me permette

de le remercier chaleureusement aujourd’hui du désintéressement (jue nous ne mettrons pas, je l’espère pour lui, à une trop longue épreuve. Les résultats que j’ai vus à votre exposition me prouvent d’ailleurs, mesdemoiselles, que vous le payez de ses peines par votre ardeur à profiter de ses conseils savants et sûrs.

Mais le groupe d’œuvres qui attirera avant tous les autres l’attention de vos familles et des visiteurs de votre exposition, ce sont vous le savez d’avance, les plaques que vous avez dessinées et peintes, en concours, pour le coffret que vous avez voulu décorer à l’intention de votre illustre ancienne directrice, de mademoiselle Rosa Bonheur. Mademoiselle Rosa Bonheur a reçu dans sa vie bien des hommages. Son immense talent, qui est une des gloires de l’Ecole française, lui a mérité toutes les acclamations, et j’imagine que rien de ce qui peut flatter un grand artiste ne lui a manqué. Eh bien î mesdemoiselles, je suis convaincu que l’offre de ce coffret conçu et exécuté par les humbles jeunes filles qui ont voulu lui témoigner la reconnaissance d’une école dont, au plus fort de sa popularité, elle fut l’âme et l’honneur, lui donnera au fond du cœur un chatouillement plus sensible que les marques les plus éclatantes de l’admiration des plus fastueux amateurs, et qu’elle le gardera dans le coin des bijoux les plus précieux, de ceux auxquels est attaché le meilleur et le plus doux des souvenirs de ia vie.

Au reste, mesdemoiselles, c’est un vrai plaisir que de vous proposer une idée, surtout si à cette idée on peut intéresser les bons sentiments de vos jeunes âmes. Il y a deux ans, je vous engageais à créer un travail de fin d’année où se résumerait l’art de votre école, et déjà deux fois vous avez donné satisfaction à cette pensée en offrant une œuvre de vos mains à madame la maréchale de Mac- Mahon et à mademoiselle Rosa Bonheur. L’an dernier, je vous parlais de l’opportunité que j’entrevoyais à décorer votre nouveau logis des portraits de famille qu’il me semblait réclamer de votre gratitude. Et voilà qu’en quelques mois votre directrice a su rassembler ces portraits sous les formes les plus variées : d’abord la lithographie primitive qui vou3 conserve les traits de votre vraie fondatrice, madame de Montizon ; puis ses deux dignes filles, continuatrices courageuses de l’œuvre maternelle, dont les médaillons contemporains de leur direction ont pu être fondus en bronze pour durer aussi longtemps que votre école ; enfin mademoiselle Rosa a bien voulu se laisser dérober une belle estampe de Soulange- Tessier, vraiment digne du modèle qu’il reproduit. Mademoiselle de Montizon fut tellement émue, l’an passé, de l’empressement avec lequel vous aviez accueilli, mesdemoiselles, l’idée de perpétuer chez vous le souvenir visible de sa mère et le sien, qu’elle me fit l'honneur de me remettre, le jour même de votre distribution de prix, une brochure fort curieuse et rare, infiniment précieuse pour vos archives, et où sont réunis les discours d’inauguration de votre école en 1803.

Ces discours, qui expliquent les admirables sentiments maternels auxquels votre institution dut naissance, sont écrits dans un style qui aujourd’hui nous peut paraître étrange parce que nous ne som-

mes plus au diapazon des mouvements de sensibilité enthousiaste, permis alors à un siècle qui commence et qui espère, et nous ne savons pas, hélas ! si notre style à nous, dans soixante-quinze ans d’ici, ne semblera pas plus étrange et de plus triste allure à nos neveux. Mais, comptant sur votre respect pour celle qui trouva dans ses entrailles de mère la force et le courage de fonder, sans^ nulle ressource, la maison qui vous abrite et vous donnera peut-être le pain de vos familles, je n’ai pu résister à l’envie de vous transcrire ici les plus importants passages de ce document, ceux qui indiquent les premières visées de cette femme de grand cœur, les noms de vos premiers bienfaiteurs, et par quelles épreuves ont passé vos origines. Je vous avoue que celle qui a pensé ainsi me semble digne d’une vénération profonde, digne de fonder une œuvre à laquelle le bon Dieu ne pouvait marchander l’avenir ; et cet avenir n’a pas été seulement le vôtre, il a été celui de toutes les écoles de dessin qui se sont multipliées pour les jeunes filles à Paris et dans la France entière.

Le lrr messidor an xi (20 juin 1808), dans l’une des salles du 11e arrondissement de la municipalité de Paris, à l’occasion de l’école gratuite de dessin en faveur des jeunes personnes, le citoyen Boulard, maire de ce 11e arrondissement, prenait la parole et débutait ainsi :

« Messieurs,

« L’un des spectacles les plus intéressants est une assemblée composée de citoyens estimables de tous les états, qui s’empressent d’encourager par leur présence un établissement utile. Cet arrondissement avait déjà l’avantage de posséder l’école gratuite de dessin, que le respectable doyen de l’ancienne Académie de peinture, le citoyen Bachelier, a foncfé il y a près de quarante ans ( ). il nous manquait de voir ce bienfait étendu au sexe qui a le moins de ressources, et sur lequel sa faiblesse et sa douceur doivent attirer toute notre sollicitude.

« Une mère de famille ((*) **), cultivant avec succès l’art de la peinture, a formé avec courage cette noble entreprise.

(*) L’école gratuite de dessin a été fondée par M. Bachelier, en 1760 ; elle fut autorisée par lettres patentes du mois d’octobre 1707. On a publié en 1789 un discours de M. Descamps, peintre, sur futilité des établissements des écoles gratuites de dessin en faveur des métiers. Ce discours fui couronné par 1 Académie française

en 1767.

(**) Madame Frère de Montizon, demeurant à Paris, rue de la Harpe, 249, vis-àvis la rue des Deux-Portes, épouse de M. Frère de Montizon, ingénieur-architecte distingué, connu par plusieurs ouvrages, et notamment par son Projet d’un Hôtel- Dieu et de trois canaux, imprimé en 1788, mais sans date.

« Des hommes de lettres, des savants et des artistes distingués O, des citoyens amis des arts, des magistrats qu’on voit toujours s’empresser de favoriser tout ce qui peut être utile à leurs concitoyens, se sont montrés jaloux d’encourager les efforts de madame de Montizon, directrice de cette nouvelle Ecole de dessin ouverte pour les jeunes demoiselles.

« Enfin une dame connue par ses talents, par l’amabilité de son caractère et par son noble penchant à obliger ((*) **), s’est empressée de venir embellir cette réunion, en y faisant entendre les sons de sa lyre ; souhaitons qu’un grand nombre de citoyens imitent le zèle avec lequel elle a bien voulu seconder le louable projet de fondation de cette Ecole ! Il est en effet très-peu d’entreprises qui puissent présenter autant d’avantages.

« C’est rendre un grand service à la société ; c’est, j’ose le dire, bien mériter de l’humanité que de s’occuper de donner aux jeunes personnes du sexe des talents qui leur servent de ressources dans le malheur, et qui les préservent des dangers du désœuvrement dans la prospérité (***). Les dames ont déjà parcouru avec gloire la carrière de la peinture. Il nous serait facile d’en citer beaucoup qui se distinguent dans ce genre ; mais il me suffira, dans ce moment, dénommer madame Guyard- Vincent, que les arts pleurent encore, et mesdames Lebrun, Vallayer-Coster, Chaudet et Davin (née Mirand), dont les tableaux ont mérité les suffrages de tous les vrais connaisseurs. »

Ici, mesdemoiselles, je coupe la fin du discours de l’excellent M. Boulard, laquelle fin est consacrée à inviter les jeunes élèves à immortaliser, par leurs talents, les images des femmes qui ont dévoué leur vie au soulagement de l’humanité ; mais je me hâte d’arriver au discours, bien plus intéressant pour nous tous, de madame de Montizon, dont il me faut bien prendre mon parti de ne donner que les passages principaux :

(*) h II nous suffira de citer MM. Pougcns, Mercier, l)cnon, Peyre, Houdon et Bcrvick, membres de l'Institut national, et M. Turbcn, membre des ci-devants Académies de Nancy et de Caen, et 31. Palmescaux. »

(**) « 3Iadamc Fanny Bcaubarnais, qui a bien voulu lire une pièce de vers Ircsagréable. » J’ajouterai, mesdemoiselles, que madame Fanny de Bcaubarnais ; que l’on retrouve là jouant de la lyre, disant des vers et soutenant de tout son crédit les premiers pas si difficiles d’une institution utile, est la comtesse de Bcaubarnais, poète, romancière et musicienne, dont la petite tille, nièce adoptive et cous ue d’empereurs, lut grande-duebesse de Bade cl est morte il y a quelques années, en ISÎiO.

(***) « On peut lire à ce sujet la pièce de vers de La Harpe, couronnée à l’Académie française, en 1771, sur les Talens dans leur rapport avec la société et le bonheur. »

« Je me renfermerai, — disait madame de Montizon, après un exorde modeste, — dans l’exposé des considérations diverses dont l’enchaînement m'a amenée à concevoir le projet de l’établissement dont il s’agit, ainsi que dans l’exposé de la manière dont il a reçu sa formation.

« Je compte trois filles dans le nombre de cinq enfants dont je suis mère. Ma sollicitude se fixant plus particulièrement sur elles, et se portant au delà de l’âge tendre dans lequel elles sont encore (car une mère embrasse l’avenir de ses enfants), a constamment tenu sous mes yeux le tableau des dangers auxquels les exposerait le malheur d’être femmes, si elles venaient un jour à perdre mon appui.

« Tandis, en effet, que les hommes sont en possession de remplir les places et les emplois publics, et que les travaux qui requièrent de la force leur sont pareillement attribués, il ne reste au sexe, à qui la faiblesse de sa constitution interdit toute occupation pénible, et que la nature et la société semblent avoir également condamné à une vie sédontaire, il ne lui reste, dis-je, d’autre emploi lucratif à faire du temps, que dans le maniement de l’aiguille, et dans les métiers qui ont rapport à ce qui le concerne. Encore les hommes se sont-ils emparés de quelques-uns, et voit-on des brodeurs, et, au mépris des mœurs, des coiffeurs et des tailleurs pour femmes

« Il était naturel que je recherchasse si, dans le nombre des arts et métiers, il n’en était pas quelques-uns, qui, n’exigeant ni force de corps ni qu’on se répandit au dehors, leur fussent convenables.

« Si ma recherche n’a été ni infructueuse ni longue, c’est à feu madame Guyard- Vincent (*) et à madame Le Brun que je le dois. La réputation aussi éclatante que méritée de ces deux artistes célèbres s’est présentée à moi, et j’ai vu que, sans qu’il fût besoin d’atteindre au degré de perfection auquel elles s’étaient élevées, ni même d’embrasser leur genre, l’art, source de leur gloire, renfermait dans ses éléments une ressource pour les personnes de notre sexe \ enfin que le dessin, qui forme la base de cet art, était applicable à nombre d’objets d’occupation lucrative, telles que :

« Les étoffes, les papiers peints, la dentelle, les fleurs artificielles, l’éventail, l’enluminure, la peinture en tabatières, les camaïeux, les vignettes, etc.

« La satisfaction consolante que je goûtai en reconnaissant qu’il existait un moyen propre à garantir l’indigence des personnes de mon sexe, ne tarda pas à devenir complète, lorsque je considérai que l’emploi de ce moyen était encore de nature à devenir la sau-

(*) Madame Guyard-Vincent est décédée le 14 iloréal an n. Dans le nombre des ouvrages qu’ont produit les pinceaux de cette femme célèbre, ic tableau qu’elle a exposé en 1785 aurait seul suffi pour l’immortaliser.

vegarde de leurs mœurs, et conséquemment de leur bonheur, qui ne peut survivre à la perte des mœurs

« Tous les avantages que le travail procure ne sont pas connus; et, comme au nombre de ceux qui m’écoutent il est des jeunes personnes qui vont être confiées à mes soins, je ne pense point sortir de mon sujet en leur présentant une esquisse rapide de ces avantages.

« Le travail qu’exige en particulier l’étude du dessin n’a rien qui fatigue ni qui répugne ; il est, au contraire, agréable. Quoi de plus attrayant que de voir naître sous son crayon des objets qui, le moment d’auparavant n’existaient, pas ! On se sent tout naturellement porté à répéter cette création ; et pour réussir aussi bien qu’on croit avoir réussi, on apporte une attention dont l’habitude se contracte d’autant plus facilement qu’elle est commandée par l’amourpropre qui brûle de se satisfaire

« Je ne puis dire à quel point, reprenait-elle plus loin, à la vue de ces avantages que les différents emplois du dessin peuvent procurer aux personnes de mon sexe, je me félicitai de ce que l’idée de cette ressource s’était offerte à ma pensée. Mais ma joie fut bientôt altérée par la réflexion, que, pour y être exercé, il faut l’avoir appris ; que, pour l’apprendre, il faut être enseigné, et que toutes les jeunes personnes ne sont pas nées de parents assez riches pour leur donner des maîtres

« Quoi ! les jeunes gens, à qui l’exercice de tous les états, de tous les métiers est ouvert, auront encore, quelle que soit la fortune de leurs parents, un moyen d’introduction dont ils pourront profiter dans l’école gratuite de dessin fondée par M. Bachelier — grâces en soit rendues au nom de la société, — et les jeunes personnes, dont ce même dessin fait presque l’unique ressource, ne jouiraient pas d’un pareil avantage ! Qu’y a-t-il donc qui s’oppose à ce qu’un semblable établissement ait lieu en leur faveur ? Rien.

« A compter du moment où je me répondis par ce mot, où je fus frappée de toute la vérité qu’il renfermait, je n’ai cessé de nourrir le désir de provoquer de tout mon pouvoir l’établissement désiré, et de consacrer mes faibles talents à l’instruction qu’il aurait pour objet.

« Telles sont les considérations qui m’ont menée à en concevoir l’idée.

« Je passe à l'exposé de la manière dont il a reçu sa formation.

« Le nom d’école gratuite emportant avec soi l’idée d’une école où l’instruction qu’on y donne n’exige aucune dépense de la part de ceux qui viennent l’y recevoir, je vis que, pour l’établissement de celle que je désirais voir établie, il fallait quelque chose de plus que le zèle dont j’étais animée, et que, comme c’était ici la bienfaisance qui devait tout faire, il fallait renoncer à l’espoir de voir se réaliser l’objet de mes désirs ou lui trouver des bienfaiteurs (pour le loyer d’un local et pour son ameublement classique, ainsi que pour les frais de lumière et de chauffage).

c( L’homme né pour le soulagement de ses semblables, l’homme

dont l’âme était toute de feu dès qu’il s’agissait d’acte de bienfaisance, le vertueux Béthune-Charost, de qui j’avais l’honneur d’être connue, n’existait plus. A qui m’adresser ?

« La voix publique ne tarda pas à me l’apprendre ; et, d’après le conseil des louanges unanimement données à la sensibilité rare de madame Fanny Beauharnais, mes regards se tournèrent vers elle. Il ne pouvait arriver rien de plus heureux pour l’établissement. J’eus l’honneur de la voir, et j’en reçus l’accueil que me garantissait la nature du motif qui me conduisait chez elle. Pour tout dire, en un mot, elle se surpassa elle-même, et je vis toute la beauté de son âme dans l’attendrissement avec lequel elle m’écouta lorsque je lui fis part du projet que j’avais formé. Elle y applaudit, et son coup d’œil perçant lui faisant saisir, plus que je n’avais lait moi-même, toute l’étendue du bien qui résulterait de son exécution, elle voulut paraître la première dans la carrière de la bienfaisance qui allait s’ouvrir, et elle s’inscrivit sur la liste des souscripteurs. Elle ne s’en est pas tenue là; et bientôt par son influence active, cette liste a reçu les noms de madame veuve d’Orléans, de MM. Pougens et Mercier, membres de l’Institut national ; Thion de la Chaume, notaire ; Decheverny, comte de l’empire ; Descenet, médecin du Prytanée ; Louis Montmorency ; et du prince Joseph Jablonowski, polonais.

« A ces noms se trouvent joints aujourd’hui ceux du consul Lebrun, du comte de Balk, chambellan de S. M. l’empereur de toutes les Russies, de la comtesse son épouse, et de M. Galard de Béarn.

« Les premiers fondateurs se sont réunis et ont fait un réglement par lequel, après avoir fixé les conditions à remplir pour être inscrit au nombre des fondateurs de l’Ecole et avoir le droit d’y envoyer des élèves, ils ont arrêté, entre autres choses, que ce serait M. Boulard, maire du 11e arrondissement, et l’un des administrateurs de l’établissement, entre les mains duquel le réglement est déposé, qui recevrait les offrandes de tous ceux qui, mus par l’amour du bien public, voudraient suivre leur exemple.

« Organisant par le réglement l’établissement auquel ils ont nommé des administrateurs, iis ont arrêté que l’enseignement aura lieu depuis neuf heures du matin jusqu’à trois heures de l’aprèsdîner, et cela de deux jours l’un, jusqu’au moment où le montant des souscriptions permettra qu’il ait lieu tous les jours, excepté, dans tous les cas, les jours de fête.

« M. ïarré, ancien inspecteur de l’Ecole de dessin du Panthéon, enseignera le paysage et les fleurs, et j’enseignerai la figure et l’ornement.

« Je mettrai au nombre de mes devoirs les plus sacrés d’inspirer à mes jeunes élèves la reconnaissance qu’elles doivent avoir pour ceux dont la bienfaisance a facilité leur instruction. Il ne tient qu’à vous, finirai-je par leur dire, de vous associer à l’honneur dont ils se sont couverts en vous prêtant leur appui, et de devenir à votre tour fondatrices en procurant la stabilité et l’extension de l’Ecole. Il ne faut, pour cela, que vous appliquer ; vos progrès en feront

sentir l’utilité, et, cette utilité sentie lui donnera de nouveaux bienfaiteurs.

« Il ne me reste plus qu’à faire connaître la reconnaissance particulière que notre établissement doit à MM. Boulard et Pougens.

« Indépendamment de l’espèce de sanction qu’a cherché à lui donner notre respectable maire en trouvant bon que ce fût en ce lieu que se rassemblassent aujourd’hui ses fondateurs, il veut bien encore se charger de remplir gratuitement les fonctions de trésorier.

« Quant à M. Pougens, il a fait l’offre qui a été acceptée, de consacrer de même gratuitement ses presses pour les objets dont le bien de l’école semblerait demander l’impression, et de donner les trois prix d’encouragement de cette première année : ce ne sont pas les seules marques de libéralité qu’il ait données à l’établissement.

« Qu’il me soit permis de lui faire les plus vifs remerciements pour les services personnels que j’ai reçus de lui dans les conseils qu’il m’a donnés, et dans l’intérêt plein de bonté avec lequel il a plus d’une fois employé son éloquence persuasive à relever mon courage près de s’abattre. Je lui dois plus encore : en acquérant par là des droits à ma reconnaissance, il m’a assuré, pour le reste de ma vie, la jouissance de souvenirs aussi délicieux que purs ; car la reconnaissance est de tous nos sentiments celui qui est le plus cher aux âmes délicates.

« Je finis en priant madame Fanny Beauharnais de regarder comme lui étant commune avec M. Pougens, cette expression de ma gratitude. Avec quelle satisfaction n’aurais-je pas tracé le tableau de ses vertus et de ses talents, si sa présence et la crainte de blesser sa modestie ne m’avaient point condamnée au silence ! »

Pardonnez-moi, mesdemoiselles, ces longs extraits de l’histoire de votre maison ; tant que cette maison durera, et pour qu’elle dure, les nobles sentiments qui lui ont donné naissance doivent en rester les plus solides fondements. C’est pour les institutions' encore plus que pour les hommes qu’il est écrit : Père et mère honoreras, si tu veux vivre longuement ; et je voudrais que chacune des élèves qui entrent dans votre Ecole pût avoir un exemplaire des discours qui l’inaugurèrent il y a soixante-treize ans, avec la liste des personnages généreux qui, dès le premier jour, s’intéressèrent à elle.

Mais, aujourd’hui encore, mesdemoiselles, qui a vu une fois votre atelier, s’intéresse aussitôt à vous. Quelques semaines après la rentrée de vos cours, madame la maréchale de Mac-Mahon, touchée de l’offre que vous lui aviez faite, l’an passé, à pareille époque, de l’album qui contenait les estampes gravées par vous et vos aînées, et pour lequel vous aviez dessiné, au concours, un trèsélégant frontispice, madame la Maréchale voulut voir de ses yeux l’Ecole où se produisaient de si charmants travaux. Elle vint, un

beau matin, vous surprendre au milieu de vos études ; elle les examina avec la plus vive curiosité, et en emporta à l’Elysée un excellent souvenir. Ce souvenir ne s’est point effacé, et sachant que le jour approchait de la distribution de vos récompenses, la Maréchale m’a fait l’honneur de me charger de vous remettre un prix à ajouter à ceux dont disposait l’Ecole. J’ai dû consulter votre sage directrice sur l’emploi qu’il convenait de faire d’une récompense aussi flatteuse, et comme la grande médaille du ministère appartient à celle d'entre vous qui aura mérité le plus grand nombre de prix, l’avis de mademoiselle Marandon, que j’ai aussitôt adopté, a été d’attribuer le beau volume de la Maréchale à l’élève de votre Ecole qui aurait obtenu après la première triomphatrice, le plus grand nombre de récompenses.

Voilà désormais, mesdemoiselles, le nom de madame la Maréchale associé à ceux de vos bienfaiteurs et bienfaitrices, et j’ai le bon espoir que sa mémoire, qui est excellente, ne deviendra pas plus indifférente à vos efforts que vous ne serez vous-mêmes oublieuses de sa grâce simple et agissante. Si elle n’eût été, l’autre jour, empêchée d’assister à l’inauguration de l’Exposition de l’Union centrale, je comptais attirer ses yeux sur les deux cadres de vos gravures qui figurent avec honneur dans ce palais, où, par parenthèse, je puis vous dire que vous êtes attendues, et où vous serez les bienvenues le jour où il vous plaira de venir dessiner d’après les superbes modèles que les bordures des tapisseries déroulées là durant trois mois peuvent fournir à vos études. Et ce m’est une occasion de vous féliciter une fois de plus d’avoir pris part à cette Exposition, ou plutôt à ce concours, où vous regarderez avec attention et non tout-à-fait sans envie les travaux de vos sœurs de Limoges. Vous savez quel est mon faible pour les concours, et il n’a pas tenu à moi que toutes les écoles de France, celles qui relèvent de nous aussi bien que celles de l’Université, ne prissent part à celle-ci. Il ne faut jamais fuir la lutte, dût-elle montrer l’infériorité momentanée de nos méthodes, car c’est le seul moyen de connaître cette infériorité et d’y porter remède. C’est ce qui a fait votre force à vous-même : toujours vous avez lutté, toujours vous vous êtes fortifiées ; chaque année vous avez acquis de nouveaux engins d’étude ; et aujourd’hui vous marchez, ainsi que doit marcher toute l’Ecole nationale, en tête et comme modèle des institutions consacrées pour les jeunes filles à l’enseignement du dessin.

A LA DISTRIBUTION DES PRIX DE L’ÉCOLE NATIONALE DE DESSIN POUR LES JEUNES FILLES

9 Août 1877.

Mesdemoiselles,

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très-précieux à tous d’entendre quels progrès a faits dans les deux mondes l’idée si simple, si maternelle, si grande à la fois, émise chez nous, il y a trois quarts de siècle, par madame de Montizon.

Au reste, nous pourrons presque nous en assurer par nos yeux, car j’imagine que la classe de l’Exposition universelle consacrée à l’enseignement public nous fera juger de l’Etranger ce que j’entends bien que vous lui fassiez juger vous-mêmes, c’est-à-dire en quelques mètres carrés le résumé de vos principes et de vos procédés. Ce que votre maison développe en ce moment sur ses murailles d’excellentes études d’après la bosse et d’après la nature, de compositions et de reproductions finement aquarellées ou gouachées, dessinées à la plume ou gravées à l’eau-forte, d’étonnants modèles soit de colliers dignes d’ètre exécutés par les plus habiles joailliers, soit de dentelles ou de broderies appliquées à la décoration des éventails, de faïences peintes, de médaillons en cire, cette variété infinie des travaux qui ont si abondamment rempli votre année, particulièrement dans la seconde série des élèves de l’école, tout cela, mesdemoiselles, nous est une garantie certaine, à votre directrice, à vos professeurs et à moi, que votre place sera aussi bien tenue dans le concours universel de l’an prochain qu’elle l’a été, ces années passées, dans les concours de F Union centrale.

Et comme nous cherchons toujours, non point à stimuler votre zèle qui n’en a pas besoin, mais à favoriser d’une manière efficace vos moyens d’étude, votre directrice a regardé d’un œil jaloux, jaloux à bon droit, les bourses qui viennent dernièrement d’être accordées à l’école nationale de dessin et de mathématiques et plus récemment encore à l’école de Lyon, pour encourager les jeunes lauréats de ces établissements à prolonger et à parfaire leur instruction d’artistes. Mademoiselle Marandon avait certainement raison de penser qu’il était do pure équité de créer chez vou^ quelque chose d’analogue, ét bien que les ressources de notre budget soient très-étroites, connaissant l’esprit de justice de M. le Ministre, j’ai tout espoir qu’il ne refusera pas de m’autoriser à accorder l’an prochain une bourse de 300 francs et deux bourses de 200 francs chacune aux trois élèves que la décision de votre jury aurait désignées comme le mieux aptes à en profiter pour l’honneur de l'école.

Votre excellente Directrice, toujours si attentive à trouver à vos travaux des encouragements profitables, est venue, dès le commencement de cette année, me proposer d’acquérir, moyennant des sommes très- modestes, un certain nombre de pièces de céramique décorées par vous, et que la Direction des Beaux-Arts pourrait utiliser dans les loteries de bienfaisance qui lui font souvent appel. J’ai accepté cette idée, non-seulement pour stimuler vos efforts et répandre vos œuvres, mais dans l’espérance que, sur la vue de vos charmants essais, la tentation pourrait venir à quelque couvent de faire décorer sa chapelle de faïences peintes, comme il me souvient d’en avoir vu dans certaines églises de Gênes, ou à quelque châtelaine de faire orner de pièces émaillées soit une salle à manger, soit une serre, par le petit atelier national, auquel il me semble à moi

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