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A L’INSTALLATION DU JURY DU SALON DE

24 Mars 1875.

Messieurs,

Cette année-ci, comme toutes les années précédentes, aussitôt qu’a été publié le réglement de l’Exposition, de nombreuses observations ont été adressées directement ou indirectement à l’administration des Beaux-Arts sur les points les plus importants de ce réglement.

J’ai reçu dernièrement une lettre signée d’un groupe considérable de sculpteurs, et où était exprimé le désir que les ouvrages de sculpture destinés à la présente exposition pussent être déposés quelques semaines après les ouvrages de peinture. Cette lettre énumérait les raisons diverses qui militent en faveur d’une telle demande (les sculpteurs sont, en effet, au dernier moment de leur travail, beaucoup plus que les peintres, a la merci de leurs aides extérieurs, le mouleur, le fondeur, le praticien, etc.), et je pourrai, le jour où vous le jugerez utile, mettre la pièce sous vos yeux. J’ai dû répondre qu’il ne m’appartenait pas de modifier à la dernière heure un réglement examiné par la commission des Beaux- Arts et approuvé par le ministre ; mais j’ai cru pouvoir dire qu’en vue du règlement du Salon prochain, je serais le premier à consulter sur cette question votre jury assemblé en séance générale, de manière qu’elle soit tranchée d’accord avec les autres sections.

Quelques graveurs en médailles ont demandé qu’un graveur en médailles fit spécialement partie du jury de sculpture.

Plusieurs artistes ont demandé que tout artiste, ayant été trois fois membre du jury, fût, de droit mis hors concours.

Sur la question de composition du jury, il a paru à quelques peintres qu’il serait préférable que le double seulement des membres à élire fût proposé au choix des électeurs au lieu de trois fois le même nombre. Un autre système de renouvellement du jury a été proposé, ce serait d’écarter, par le tirage au sort, le tiers des membres ayant fonctionné l’année précédente. D’autres ont désiré que le corps électoral du jury se composât de tous les artistes

ayant exposé au moins une fois. D’autres encore désireraient voir modifier la part proportionnelle laite par l’administration aux membres choisis par elle et dont j’ai proposé moi-même, il y a vingt-trois ans, l’introduction dans le jury comme un élément de concorde, de modération, d’impartialité. D’autres enfin voudraient voir étendre le nombre des médailles, en en diminuant la valeur.

Ces questions et bien d’autres encore, toutes celles, en un mot, qui peuvent être soulevées par l’étude attentive du réglement et par l’intérêt de chacune des sections des exposants, j'ai pensé, messieurs, qu’il serait fort utile aux artistes et à l’administration que vous voulussiez bien les examiner, de manière à préparer avec nous le meilleur réglement possible pour le Salon de 1876. Ce que j’aurais été heureux de vous voir faire sans nous, je vous prierai de le faire avec nous. Les artistes élisent le jury, admettent par ce jury les œuvres du Salon, contrôlent le placement de ces œuvres, décernent les récompenses ; quand ils auront fixé par vous, messieurs, qui les représentez, les points capitaux, les détails essentiels du réglement, nous n’aurons plus qu’à pratiquer et à faire observer ce réglement ; l’administration se trouvera ainsi désintéressée de ce qui peut soulever contre elle de la part des artistes des récriminations pénibles et des tiraillements que, pour tout au monde, je voudrais éviter, car je ne suis point venu à la direction des Beaux-Arts pour diviser les artistes, mais au contraire pour les unir de mon mieux.

Je ne puis vous dire combien j’ai horreur des discordes qui peuvent agiter les ateliers, diminuer nos forces communes, notre commune considération et créer des partis sur les questions que je ne soulèverai jamais que pour le commun intérêt. Je regarderais comme une honte pour moi de me faire l’homme d’un groupe d'artistes, le serviteur d'une coterie ; mais nul n’est plus désireux de consulter l’opinion publique des artistes, et d’en saisir l’expression dès qu’elle me semble autorisée. C’est pourquoi, messieurs, vous qui êtes leurs délégués, je vous prie, pendant le long et pénible travail auquel vous allez vous livrer, soit pour choisir les œuvres destinées au Salon, soit pour les récompenser, je vous prie de vouloir bien être attentifs aux améliorations que vous jugerez bon d’apporter au prochain réglement, et je vous demanderai de les formuler dans les dernières séances de vos sections réunies.

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