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DES SOCIÉTÉS SAVANTES DES DÉPARTEMENTS

A LA SORBONNE 4 Avril 1877,

Messieurs,

J’étais de ceux qui assistèrent, il y a vingt-cinq ans, aux premières réunions des sociétés savantes de nos départements, réunions que M. de Caumont venait d’organiser à Paris. J’étais de ceux que cet homme, qui a tant fait pour la province, eût pu appeler sa vieille garde, car pleins de foi, comme lui, dans son œuvre de décentralisation littéraire, archéologique, scientifique , passionnés comme lui pour tout ce qui pouvait agiter noblement les esprits dans vos sociétés et les tenir constamment en éveil, nous le suivions fidèlement dans toutes les transformations qu’il donnait à sa généreuse entreprise. Le jour où, après avoir créé la Société des Antiquaires de Normandie, l'Association normande, la Société française pour la conservation des monuments, l’Institut des provinces, les Congrès scientifiques régionaux de la France, M. de Caumont conçut la pensée utile de rassembler annuellement à Paris, comme en un faisceau, toutes les forces des Sociétés savantes de ces mêmes provinces, il accomplit, à son insu peut-être, une tâche fatalement centralisatrice et qui devait nous réunir ici un jour ou l’autre sous le patronage de l’Etat ; car l’Etat ne pouvait réellement repousser la trop séduisante tentation d’encourager et de récompenser directement les efforts de ces Sociétés.

J’avais l’honneur d’être assis auprès de M. de Gaumont le jour de la première solennité qui eut lieu à la Sorbonne, et je me sou-, viens encore que j’en sortis le cœur un peu gros : le nom du créateur de ces réunions n’y avait pas été prononcé, et j’en éprouvai comme un sentiment d’injustice que je crois bon de réparer aujourd’hui dans ces murs mêmes, car si l’Etat, convaincu de son droit d’utilité publique, expropriait M. de Gaumont, il avait le devoir, en un mot, d’être juste, la justice étant la base absolue des choses de l’Etat.

Et comment, messieurs, ne me serais-je pas intéressé, dès l’origine, aux assemblées des Sociétés savantes de la province ? N’estce pas à la province que j’ai consacré mes premières études, mes premiers travaux ? Depuis les Recherches sur les peintres provinciaux jusqu' aux Essais sur T organisation des arts en province, lus aux premiers congrès de vos sociétés, je n’ai guère été, en vérité, qu’un provincial égaré à Paris. La publication des Archives de l’art français fut et est demeurée un appelé vos investigations dans les dépôts publics des départements, autant et plus qu’aux chercheurs parisiens.

Enfin, .Y Inventaire général des richesses d’art de la France, entrepris dernièrement sur une idée émise par moi dans votre congrès de 1856, cet inventaire où la province aura à révéler à l’Europe une bien plus grande somme de richesses inconnues que Paris luimême, ne prendra l’essor qui lui appartient que par votre collaboration active, infatigable, bien réglée, bien renseignée, bien unifiée. Si vous croyez, messieurs, qu’avec ces quelques titres à votre confiance, je puisse vous demander aujourd’hui de venir en aide à la Direction des Beaux-Arts, je vais le faire sans discrétion. Aussi bien pourrez-vous y recueillir vous-mêmes quelque estime de plus pour vos propres travaux, quelque prestige de plus pour vos associations.

Messieurs, la province nourrit la France de pain et de vin ; elle la fait vivre de son meilleur sang et de ses plus claires épargnes ; elle lui renouvelle incessamment ses jeunes poètes, ses jeunes artistes ; elle la nourrit aussi d’histoire et d’archéologie, car l’histoire delà France s’est faite par les provinces de France, et il appartient aux provinces d’en raconter les pages les plus héroïques. Quant à l’archéologie, les plus beaux monuments du sol français, cathédrales et châteaux, vous appartiennent à vous aussi, et depuis cinquante ans, vous n’avez cessé de les mesurer et de les décrire. Or, s’il existe dans le pays une administration centrale créée pour mettre en lumière, au profit de l’honneur national, le génie de nos jeunes artistes, et pour remplir nos édifices du souvenir de nos gloires françaises, la province, qui tient tant de place dans la France, peut bien se croire le droit de réclamer une large part des munificences de cette administration pour l’enrichissement des collections publiques, comme aussi des travaux qui seront entrepris pour la décoration des monuments civils et religieux. Et je dois vous le dire, messieurs, aucun des ministres sous lesquels j’ai eu l’honneur de servir ne l’a entendu autrement.

La Direction des Beaux-Arts, pour qui a l’ambition de l’entendre dignement, ne saurait être l’étroit bureau de charité chargé de distribuer quelques menus travaux sans but et sans utilité prévue à des artistes nécessiteux ou favorisés de bonnes apostilles ; elle ne saurait être davantage le bureau de répartition d’œuvres vulgaires entre des musées bien recommandés. Elle a, Dieu merci, sa mission plus fière et plus noble, plus large, plus féconde, plus nationale, en un mot. Elle comprend la vie tout entière des arts en notre pays, depuis l’instruction primaire, dans laquelle va pénétrer prochainement, je l’espère, renseignement du dessin, projet étudié dans tout son développement logique et pratique par le conseil supérieur des Beaux-Arts, jusqu’aux plus hauts sommets de la peinture et de la sculpture religieuses ou historiques. Elle conduit les jeunes élèves que Paris ou la province lui confie, à travers toutes les écoles élémentaires ou spéciales des beaux-arts, si riches aujourd’hui en instruments d’études, à travers ces musées où parlent tous les grands maîtres, vers les concours ou les expositions qui font le public témoin et juge des progrès de chacun ; elle leur assure par le grand prix de Borne ou le prix du Salon la dernière émulation nécessaire, et le loisir de concentrer leurs dernières forces ; puis enfin à ceux-là et à ceux que le public a remarqués aux Salons annuels, elle ouvre selon ses ressources, trop bornées, hélas ! la lice des luttes suprêmes, les murs d’église, les murs de palais. Et c’est là, messieurs, pour les artistes aussi bien que pour nous, qu’est la vraie Direction des Beaux-Arts ; c’est là qifelle fut en tout temps où elle se connut elle-même, au seizième, au dix-septième, au dix-huitième siècle, quand elle s’appelait Surintendance des bâtiments, arts et manufactures, et qu’elle ne songeait qu’à décorer les plus illustres bâtiments de France par les mains des plus savants peintres et sculpteurs, ou par les produits de nos manufactures. Les écoles, les musées, qui sont une autre forme de l’enseignement, les grands travaux décoratifs et les manufactures qui en relèvent, voilà encore une fois, messieurs, la Direction des Beaux- Arts, celle qui fournira des architectes, des peintres, des sculpteurs, des ornemanistes à vos monuments, des directeurs et des artisans à vos industries locales, celle qui a besoin de vous, celle dont vous avez besoin vous-mêmes et qui se dit prête à vous seconder.

Quels peuvent être les besoins de la province en matière d’art ? Quel peut être le rôle de ses Sociétés des Beaux-Arts ?

Messieurs, l’état des arts en province a été profondément modifié par la révolution de 1789. Vous vous rappelez, vous qui savez l’histoire, que jusqu’aux dernières années du siècle passé, dans chacune des grandes villes parlementaires ou aristocratiques de notre pays, florissait une école d’art, vivant de sa propre vie, bien caractérisée par le tempérament de sa province, se perpétuant par ses propres élèves et remplissant les églises, les hôtels et les châteaux de sa région, d’œuvres qui en font encore aujourd’hui la curiosité et la richesse. Vers le milieu du siècle passé, cette vieille tradition provinciale fut rajeunie par la mode heureuse d’organiser

des écoles de dessin, éveillée par les discours et les exemples de Bachelier et de Descamps. Certaines académies des Beaux-Arts, fondées à l’imitation de l’académie royale de Paris, et qui furent les aînées de vos Sociétés actuelles, fomentèrent, elles aussi, ce généreux mouvement par leurs expositions régulières, dont les comptes rendus arrivent jusqu’aux Mercures et aux Gazettes de Paris. Tout cela, messieurs, croula avec l’académie royale, avec les Parlements, avec la raison pour les familles aristocratiques de vivre dans les grandes villes, où ne les retenaient plus leurs fonctions, et les écoles d’art disparurent tout naturellement avec ceux qui leur commandaient des tableaux pour leurs chapelles, des portraits pour leurs descendants ou pour leurs corporations. Il devenait, d’ailleurs, plus urgent de sauver des toiles menacées de ruine ou de pourriture, de recueillir des débris de monuments, que de songer à couvrir des toiles nouvelles ou de décorer des monuments nouveaux. Ce fut le moment de la création des musées et c’est ici, messieurs, que commence, en notre siècle, le rôle vraiment salutaire de vos Sociétés. Elles ont appris aux générations nouvelles le respect des merveilles anciennes. Vous avez été et vous êtes les conseillers naturels des conservateurs de collections départementales, les excitateurs-nés des maires et des conseillers municipaux, en tout ce qui touche à la bonne préservation des œuvres d’art et à l’estime qu’on en doit faire. Et en cela, messieurs, vous entrez, sans vous en douter peut-être, dans la mission qui vous incombe, par suite de la métamorphose sociale, résultant pour les arts des lois de notre code civil.

Autrefois, les promoteurs des arts, les tuteurs des artistes en province, c’étaient, je l’ai dit, les familles aristocratiques, les puissantes corporations, les riches abbayes. Aujourd’hui, tout cela n’est plus; il n’est pas de chef de famille qui puisse se flatter de l’espoir de voir conserver dans sa maison, deux générations durant, la collection la plus modeste de tableaux ou d’estampes. L’individu ne peut plus se survivre, mais la cité reste et a seule gardé le privilège d’héritage perpétuel. Il est trop facile de prévoir, dans un temps donné, l’accumulation complète des richesses d’art de la France dans les musées nationaux et municipaux. Déjà ils ont doublé de nombre en dix ans ; aujourd’hui nous distribuons des tableaux et des sculptures à deux cent vingt villes de province. C’est par là que revient légitimement, forcément, à vos connaissances spéciales, au contrôle desquelles les administrations publiques ne peuvent se soustraire, la tutelle des musées, des édifices et de ceux qui les décoreront.

Déjà, pour obéir à cette loi qui nous entraîne vous et nous, c’est à vous que nous sommes bien obligés de nous adresser pour établir cette vaste statistique des œuvres du passé que nous avons appelée Y Inventaire général des richesses d’art de la France. Nous en avons dressé le plan, tracé les cadres, formulé le questionnaire. Mais ce plan peut demeurer inutile, les cadres peuvent rester vides, si le questionnaire n’est pas rempli par vous, si vous ne vous mettez résolûmentà la besogne et ne nous envoyez, chacun

de votre côté, les chapitres isolés de ce livre immense. Vous en avez les matériaux sous les yeux ou dans votre proche voisinage, non-seulement les œuvres, mais les documents qui en certifient l’histoire et la provenance. Vous en aurez l’honneur, prenez-en un peu la peine. Ce que nous vous demandons n’est le plus souvent qu’un résumé des études déjà insérées dans les mémoires de vos Sociétés, car vous avez tous publié des monographies excellentes de vos artistes locaux, déjà décrit leurs peintures ou leurs sculptures, déjà fixé l’époque et le sujet de telle tapisserie, de telle fresque ou de tel bas-relief. En somme, ce que nous sollicitons de vous n’est qu’une besogne de patience et d’exactitude et de prudence dans les attributions. Nous avons songé à nous mettre en règle avec le passé avant de penser à l’avenir.

L’avenir, ce sont les écoles. Après que divers décrets ont eu solidement reconstitué toutes nos écoles nationales des Beaux-Arts, à Paris aussi bien qu’à Lyon, un grand projet de réorganisation de l’enseignement du dessin a été, je vous l’ai dit, étudié par le conseil supérieur des Beaux-Arts ; il a pour but de faire pénétrer jusqu’au fond des villages les connaissances élémentaires qui feront des enfants de l’ouvrier des praticiens plus habiles, des artisans mieux préparés à manier l’outil de leur père, puis, dans les collèges et lycées, d’ouvrir les jeunes intelligences plus lettrées à une meilleure conpréhension des choses de l’art et du goût.

Mais pour aider à la mise en pratique de ce projet, vous pouvez, messieurs, nous fournir un élément bien nécessaire : ce sont les renseignements locaux sur l’état de l’enseigpement actuel ; ils nous mettraient dans les mains les matériaux sincères et complets d’une enquête, d’où nous partirions, quand le jour sera venu, pour distribuer à chaque localité, selon ses besoins, des modèles mieux raisonnés ou des professeurs plus expérimentés. Ces professeurs, nous en avons déjà une pépinière prévue dans les élèves brevetés de l’Ecole nationale des Beaux-Arts, prêts à être répartis entre les écoles normales primaires de la province.

Beaucoup de vos Sociétés touchent à l’art vivant par les expositions régulières d’œuvres d’art contemporaines. Ces expositions nous sont doublement utiles ; elles aident à améliorer les conditions d’existence aujourd’hui navrantes de la plus nombreuse, de la plus brillante, de la plus variée, de la plus féconde légion d’artistes que la France ait connue en aucun siècle, et que Paris, avec son monde cosmopolite d’amateurs, ne suffit plus à nourrir. Vos artistes locaux en profitent par la comparaison de leurs propres œuvres avec celles des peintres renommés de nos Salons. De plus, elles familiarisent les yeux et le goût d’un public jusque-là étranger à ces jouissances délicates, avec tout un ordre nouveau d’idées et de sensations qui l’élève en somme et l’ennoblit, comme il a ennobli les cités italiennes et flamandes des époques privilégiées. Les expositions rétrospectives que beaucoup de nos villes ont organisées depuis dix ans ont fait connaître, en les faisant sortir des châteaux et des collections privées qui les cachaient, un très-grand nombre de tableaux et de portraits du plus vif intérêt au point de vue de

l’histoire nationale, comme au point de vue de l’histoire de l’art ; et ces révélations vont nous être d’un grand secours pour la galerie projetée de portraits nationaux à l’Exposition universelle de 1878. C’est la province qui va fournir les toiles les plus nouvelles et les plus attrayantes de cette exhibition. Si vous en connaissez, messieurs, qui, en dehors des musées, n’aient point passé par ces expositions locales, nous vous serions obligés de vouloir bien nous les signaler.

Il me reste à vous parler, messieurs, de la question de nos commandes. La plupart de vous ne connaissent la Direction des Beaux- Arts que par les envois faits aux musées de province à la suite des Salons annuels de Paris. Ce n’est point là, ai-je dit tout à l’heure, la vraie Direction des Beaux-Arts. Son intime ambition serait d’entreprendre, en beaucoup, beaucoup d’années s’entend, car ce n’est pas petite entreprise, mais du moins avec esprit de suite, la décoration de tous les monuments de nos provinces, ceux, cela va sans dire, qui méritent d’être décorés. Le ministère des Beaux-Arts a déjà beaucoup fait ; il fait beaucoup encore, à Lille, à Amiens, à Rouen, à Bordeaux, au Havre, à la Rochelle, à Poitiers, à Valenciennes, à Caen, à Boulogne, à Coutances, à Montpellier, un peu partout ; mais nous ferions bien davantage si la province elle-même se voulait mettre de la partie. A Paris, la Direction des Beaux-Arts n;a qu’un rôle limité et quasi passif. Les murailles des monuments et des églises ne lui appartiennent pas, et le ministère des Travaux publics et la Ville de Paris ont des fonds pour les décorer. Le goût public est là qui excite à naître les œuvres importantes et applique les artistes au panneau ou au plafond auxquels ils sont propres. C’est merveille, en vérité, qu’à un moment donné nous ayons trouvé là les murs de Sainte-Geneviève et les plafonds de l’hôtel de la Légion d’honneur et du musée du Luxembourg, pour y réveiller sur des surfaces dignes d’elle la grande peinture d’histoire un moment endormie. Aussi, est-ce vers la province que la Direction des Beaux-Arts tourne surtout les yeux ; c’est là que nous pouvons aisément rencontrer des tâches intéressantes pour nos peintres et nos sculpteurs, des murailles encore vierges et des frontons et des jardins encore vides. Ah ! messieurs, si les municipalités de la province, pressées par l’influence de nos Sociétés savantes, voulaient faire pour la décoration de leurs hôtels de ville, de leurs églises, de leurs tribunaux de commerce, de leurs palais de justice, de leurs places publiques, ce qu’elles font d’ordinaire et sans effort, pour la réparation de leurs monuments historiques; si elles consentaient à contribuer pour moitié à l’exécution de peintures et de sculptures dont elles retireraient tout l’honneur et le profit, combien, avec ce concours intelligent, avec ces subsides qui doubleraient notre budget des Beaux-Arts, nous peuplerions la France d’œuvres grandioses et magnifiques ! Quel essor donné à ce bataillon d’admirables et courageux talents qui, dans ces dernières années, sur la seule vague espérance que les grands travaux allaient renaître, espérance fondée sur le prix du Salon et sur les commandes de Sainte-Geneviève, ont tourné le dos bravement à la peinture de genre qui les

appelait de ses plus beaux sourires et en faisant sonner ses écus trop lestement gagnés ! Messieurs, si la province entrait dans cette voie généreuse, elle ferait pour la gloire du pays, sans parler de sa propre vanité satisfaite, bien plus que nous ne pouvons faire nousmêmes ; car nous pouvons créer, non pas des artistes de génie, non pas des chefs d’école, que Dieu seul fait naître de loin en loin, mais une génération de laborieux et savants travailleurs ; la province, en ravivant par des entreprises considérables et par une émulation échauffante les forces de ce jeune groupe impatient des grandes luttes, quoique né dans un temps fatigué, la province aurait produit ce qui ne peut se produire que par intervalles et par un beau mouvement national, je veux dire un nouveau siècle de l’art français.

C’est afin d’entretenir chaque année les représentants les plus accrédités de la province de ces idées diverses, et de pouvoir échanger avec eux des avis familiers sur les sujets qui nous intéressent également, que j’ai demandé, l’an passé, à M. le ministre de l’Instruction publique et des Beaux-Arts de vouloir bien combler une lacune qui me paraissait regrettable dans la réunion des Sociétés savantes des départements, Congrès où l’on avait cru appeler toutes les forces vives de l’intelligence provinciale, et où cependant les arts, source de tant de richesses et d’orgueilleuses jouissances dans notre pays, ne trouvaient point leur place à côté des lettres, des sciences et de l’archéologie. M. le Ministre, et je l’en remercie hautement, a bien voulu me mettre à même d’aboucher ici, les uns avec les autres, les conservateurs des musées des diverses régions de la France, de manière à ce que nous puissions étudier ensemble les meilleures conditions d’un bon catalogue, soit de peinture et de sculpture, soit d’antiquités, etc. , les plus heureuses combinaisons pour organiser leurs expositions périodiques ; — les directeurs des écoles de dessin, de façon1 qu’ils dissertent entre eux sur les systèmes qui réussissent le mieux à leur enseignement, et qu’ils s’enquièrent sur place et par leurs yeux des plus beaux modèles à faire reproduire par leurs écoliers et des ressources et programmes des écoles de Paris; — enfin, les artistes et les érudits, pour leur apprendre à s’appuyer les uns sur les autres, au grand profit de la province et au grand avantage de leur propre développement.

J’avais bien la conscience, messieurs, qu’une première convocation aurait quelque peine à mettre en branle beaucoup de collaborateurs. Ce fut le sort jadis du premier appel fait pour les trois sections, nos voisines, aujourd’hui les plus abondantes en communications de toute sorte. On est venu pourtant, et la Sorbonne aujourd’hui est trop étroite pour contenir tous leurs délégués ; les heures sont trop courtes pour entendre leurs lectures. Vous, messieurs, quand nous aurons rempli nos trois séances de conversations profitables et quand vous serez rentrés dans vos Sociétés pour leur rendre compte du voyage à la salle Gerson, veuillez dire à vos collègues que M. le ministre des Beaux-Arts attend d’eux autant et plus que le ministre de l’Instruction publique n’attend de ses Sociétés littéraires et savantes, et qu’il en attend non des traités

d’esthétique, mais des travaux actifs, des répertoires de faits ; que Y Inventaire des richesses d’art réclame ardemment et avant tout leur collaboration de chaque jour; que vous avez trouvé dans la Direction des Beaux- Arts l’idée fixe de mêler foncièrement la province au progrès du goût français et de l’industrie nationale, par le développement de l’enseignement du dessin dans les écoles primaires et secondaires ; que si l’administration se préoccupe, en ce moment même, avec raison de mettre vos monuments, vos églises et vos musées à l’abri des déprédations, des réparations ignorantes^, et des offres tentatrices de brocanteurs, organisés en bandes plus dangereuses que les bandes noires, elle n’a eu d’autre souci, dans ces dernières années, que de déverser sans relâche sur les villes les plus éloignées tout ce que contenaient les magasins de l’Etat en tableaux, en modèles, en estampes, en livres, en produits de ses manufactures, tout ce qui pouvait être un moyen d’instruction et d’excitation des esprits ; qu’il ne tiendra pas à elle que les ressources étroites dont elle dispose ne se repartissent pas avec la plus impartiale égalité entre toutes les provinces de France, si les provinces, de leur côté, la veulent aider dans rembellissement de leurs édifices et de leurs places publiques ; que jamais, en un mot, la province, dont la glorification fut la tâche passionnée de ma jeunesse, n’a trouvé dans une administration plus de sympathie et de chaleureux dévouement que ceux dont nous sommes animés ici pour elle et pour ses représentants. Que la province, en retour, me pardonne de prétendre troubler sa douce lenteur et sa paresseuse quiétude. Si j’emporte un jour quelque honneur du poste que l’on m’a confié, ce sera pour avoir cru à l’activité en un temps où chacun semblait vouloir s’y soustraire, d’avoir voulu en ces trois années, Dieu merci, bien remplies, marcher quand chacun se montrait, d’instinct, rétif à la marche ; d’avoir cru que le zèle de l’art et des artistes pouvait être en France, aujourd’hui, le meilleur et le plus utile courant du patriotisme.

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