‹ Aloïse (volume 2)Chapitre 10 sur 23 · AZ.OÏ6E · texte numérisé non relu

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tre fût partagée par leurs troupes. Jamais hommes ne combattirent avec tant d'acharnement et de fureur; jamais tant de mépris de la mort , tant de courage et d'actions d'éclat : là il était impossible de reconnaître le vainqueur du vaincu. Si les deux troupes eussent été abandonnées à leur rage , le combat n'aurait fini que par leur entier anéantissement; mais Guillaume avait forcé les soldats d'Éginhard et du sire de Joinville à déposer les armes ; ceux des mérovingiens demandaient quartier : il marcha donc sur le comte Roger. — Les historiens s'accordent à le dire : tout ce qu'il était possible à des hommes de faire, le comte Roger et ses lanciers le firent en ce jour. En se voyant attaqué de tous côtés , il ne songea pas si la fuite était ou non praticable , mais , comme un lion pris dans son antre, il rugit en montrant les dents, et, tournant sa hache autour de sa tête, il sembla porter un défi au ciel et à la terre.

— Mon frère, dit-il à l'abbé de Saint-Évroud d'une voix étouffée par la fureur, va donc plonger ton poignard dans le cœur de ce jeune tigre. Dieu bénira tes coups; va, cours f pendant que je lutte contre le lâche voleur qui tient mon épée.

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L'abbé lui serra la main et partit au galop. Il eut l'honneur d'arrêter Guillaume pendant quelques minutes; frappant son cheval à la tête, i! l'c tendit raide mort; mais le duc se débarrassa promplement, et monta sur celui d'un chevalier qui avait vidé les arçons. Il pressa l'abbé, rapide comme l'éclair, précipitant ses coups et le forçant à la défensive. — Chevalier félon, qui as tué mon cheval, tu n'as donc jamais manié de lance dans les tournois ? je vais te punir de ta lâcheté. —

Maître de ses sens, exempt de fureur, fort de tout le calme du désespoir, l'abbé parait avec adresse les coups de son ennemi. Au moment où le duc allait lui en décharger un terrible sur la tète, il se baissa, et, alongeant le bras , il rougit son épée dans le sang de Guillaume; il l'avait to'.if'ué à la cuisse, la blessure était sans danger ; mais Guillaume, furieux, s'abandonna à toute sa colère, ne songeant plus qu'à se venger. En vain l'abbé opposa l'adresse et le sangfroid à la foudre qui le menaçait, le fer, trop bien dirigé, se fraya un passage et lui déchira les entrailles ; alors il sentit la force lui manquer, les rênes lui échappèrent; le cheval, n'étant plus retenu par la main de sou

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maître, tourna le dos à l'ennemi, et l'emporta loin du champ de bataille.

Le comte de Toni le vit tomber; son front me pâlit pas, il ne donna point de larmes à la douleur fraternelle, la hache ne trembla pas dans sa main ,, mais il se sentit vaincu et condamné à mourir; — il voulut du moins venger son frère. Guillaume, encore adolescent, sans expérience des armes, ne devait pas résister à tin guerrier reconnu pour un des plus redoutables champions de la chrétienté. D'aussi loin qu'il put s'en faire fitendre, il lui cria: — Bâtard, fils de blanc l.usseuse, tu as versé le sang d'un homme co;i acre à Dieu ; tu vas re- ■cevoir le prix de ton ' rime. Tu veux être duc de Normandie, je te donnerai un duché que personne ne te disputera.

— Lâche assassin d'une femme , répond Guillaume, viens donc, un enfant te défie!

Ils lancèrent leurs chevaux l'un contre l'autre; celui de Guillaume roule encore une fois sur la poussière. Il tire son poignard , et le cheval du comte Roger, frapp-^î au cœur, tombe à son toui-. Démontés tous d' iix, ils s'enlacent, cherchant mutuellement à s'i'touffei , brandissant un ier qui a soi! de sang. Mais tous deux, en-

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