‹ Aloïse (volume 2)Chapitre 9 sur 23 · COMBAT · texte numérisé non relu

COMBAT

pelèrent à plusieurs reprises; il leur fut, pour le moment, défendu de se joindre; le terrain était vivement disputé, le sang coulait. Guiscard, obéissant à l'ordre de Guillaume , reculait peu à peu, ayant l'air de céder à la force. Ivre de joie, le comte poussa plus fort un ennemi battu , et se trouva dans la vallée avec les siens au moment où Guiscard avait repris sa première position. De là, l'avantage était au chevalier, car sa retraite n'étant qu'apparente, il n'y avait aucune confusion parmi les hommes qu'il commandait , et ses archers firent beaucoup de mal au comte de Toni. Celui-ci vit bien alors qu'il avait donné dans le piège, mais il reconnut trop tard son erreur. L'armée entière des insurgés, également trompée par le mouvement rétrograde de l'aile gauche des bâtards^ ayant cru à la victoire, s'était toute ébranlée pour en prendre sa part.

Elle se précipitait sur les pas du comte : pliais voilà (pie tout-à-coup elle se trouve attaquée par derrière : c'était Guillaume en personne, à la icte de sa cavalerie; il tombait connue la foudre sur 1111 enneuii ([ui se croyait assuié du triomphe : en vain les chçfs essayèrent de faire reprendre l'offensive à leurs soldats; pressés,

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poussés les uns sur les autres, ils furent jetés dans la vallée.

Guiscard avait compris le mouvement du jeune duc; il chargea à son tour, et recommença'^ le mouvement par lequel 11 avait d'abord simulé l'attaque; le centre et la gauche de l'armée s'avancèrent en même temps au pas de charge : ce fut alors un carnage horrible; le cri de trahison se fit entendre , car le roi de France et les siens s'étaient enfuis du champ de bataille sans prendre part au combat.

Cependant les trouj:)es qui suivaient Éginhard et le sire de Joinville continrent Guillaume, et ne lui permirent pas d'abord de faire une trouée , ainsi qu'il le tentait. Le sire de Joinville même sortit des rangs et attaqua Guillaume corps à corps. Le duc , qui le reconnut, lui dit ; — Va-t-en , tu étais l'ami de mon père, sire de Joinville... Mais celui-ci lui répondit par un coup d'épée qui, glissant sur la cuirasse de Guillaume, tomba sur le cou de son cheval et liii fit une l)lessure assez grave. — Ah ! beau sire, s'écria le duc, vous faites donc fi de notre générosité !... et en prononçant ces paroles il lui fendit la tête. — Eginhard voulut venger son ami; son cheval tomba renversé

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par la lance d'un soldat obscur. — Éginhard, lui dit le duc, tu es mon prisonnier; tu ne mourras point, je te renverrai à ton épouse. — - La clémence du duc lui fut inutile ; une flèche partie d'un arc inconnu vint s'enfoncer dans sa poitrine , et il roula sur la bruyère en murmurant le nom de celle qu'il ne devait plus revoir. Aj)rès la mort de ces deux guerriers , leurs soldats n'opposèrent plus qu'une faible résistance à l'attaque vigoureuse de Guillaume.

Il y avait fortune plus égale entre les quatre mérovingiens et le duc d'Alençon; ils s'étaient avancés sous la volée des flèches, jusque dans la ligne des bâtards, et les quatre fils de rois s'y faisaient remarquer par la fureur de leurs coups. Us allaient vaincre lorsque le seigneur de Chàtillon, conduisant des troupes fraîches, leur fit perdre l'avantage qu'ils avaient obtenu : ils furent repoussés dans la vallée, et deux des mérovingiens étant tués, le découragement se mit dans leurs rangs.

A l'aile gauche, (luiscard se vengeait cruellement de la joi(; qu'il avait donnée un instant au comte Roger. Il semblait que la haine dont ces deux chefs étaient animés l'un contre l'au-

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