LB COMBAT
calme de l'attaque, défendre sa vie n'est plus rien, c'est celle de son ennemi qu'il faut avoir. Ils ont jeté leurs boucliers, maintenant tous les coups font blessure et tirent du sang. Leurs forces s'épuisent; ils s'arrêtent, se regardent; mais bientôt, abandonnant leurs épées, qu'ils ne peuvent plus porter, c'est avec le poignard qu'ils se menacent. Se tenant de la main droite, de la gauche ils se déchirent la poitrine , et tombent enfin l'un à côté de l'autre, essayant encore à se frapper. Leur haine est impuissante : étendus sur l'arène ils se menacent des yeux, mais bientôt leurs paupières s'appesantissent; les soldats, les rochers, le monastère, tout disparaît, ils ne voient plus rien.
On les entoure, on touche leurs blessures; les soldats de Guiscard s'approchent de leur général, ils baisent ses mains et l'appellent en se frappant la poitrine. O douleur! ces vieux guerriers ont perdu leur père, leur ami , le plus brave des seigneurs, et eux, si durs à la mort, ils ont trouvé des larmes pour le pleurer!
Guillaume, qui s'était réuni au seigneur de Cliâtillon, apprend cette triste nouvelle; il ac- II. 8
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colirt en toute hâte, espérant que le malheur n'est pas irréparable, ou que du moins il reste assez de vie à son fidèle ami pour qu'il entende ses derniers adieux. — Non. — Son front est décoloré, ses artères ont cessé de battre. — Guillaume , tu as pu reprendre ton duché, tu pourras un jour traverser le détroit et te faire roi d'une terre conquise, mais toute cette valeur, tout ce génie, sont irapuissans à te redonner un ami. Invoque le ciel , promets de bâtir des couvens, de charger d'or les autels, appelle le pape lui-même; ton ami est là, d'un souffle il a été créé, trouve la main assez forte qui lui rendra la vie. — O néant!—