IM VOL
seconde, mais pas encore un souffle de vent.
— Rentrons-nous? demanda Ktlielred.
— Est-ce que le tonnerre t'effraîe?
— Non, mais il me trouble l'àme : j'aimais à l'entendre autrefois dans le château de mon père , quand il ébranlait de ses roulemens le toit de l'édifice. J'avais besoin d'émotions alors; maintenant j'en éprouve tous les jours en si grand nombre....! Je le demande grâce, Wilfrid.
Ils s'étaient levés, prêts à partir; au bruit des pas de personnes qui s'avançaient, ils s'arrêtèrent. Cachés sous les branches du coudrier, ils pouvaient voir sans être vus : ils profitèrent de leur position.
Bientôt ils entendirent la voix du comte Roger. Ethelred se rapprocha de Wilfrid. Le comte avait avec lui un des barons. A travers le feuillage les amans s'aperçurent que le baron était encore dans un état si complet d'ivresse qu'il trébuchait en marchant. Cependant le vin avait produit phis d'effet au physique qu'au moral, car, d'après les réponses qu'il faisait aux. nombreuses questions du comte Roger, il était hors de doute qu'en perdant
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l'équilibre il n'avait pas entièrement perdu la raison
— Comment as-tu pu laisser échapper Guiscard? disait le comte.
— Comment ! j'étais loin de savoir que ce fût lui.
— Il a pourtant des épaules à ne tromper personne , et puis un ennemi ne respire-t-il pas une odeur toute particulière? rien qu'avec le nez je l'aurais reconnu.
— Je ne dis pas non, comte Roger; tu as un nez bien différent de ceux qui s'élèvent au milieu des vulgaires visages; mais, à l'exception de ce parfum d'inimitié que ton nez sait distinguer, il n'y avait rien en lui qui indiquât le chevalier Guiscard.
— Tu devais soupçonner...
— Quoi! un homme se présente soi&s le costume de tes lanciers, il m'apporte une lettre de toi, oui, bien de toi, ou c'est le diable qui l'a écrite...
— Ce n'est ni le diable ni moi.
— Réponds de toi , comte Roger, et ne plaisante pas avec le diable Kt daus la lettre tu
nie demandais vingt chevaux et six bœufs;
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dans ta lettre tu me disais que le lancier et un de mes gens les conduiraient seuls, et...
— Et...
— Et je donnai les vingt chevaux et les six boeufs. i
— Imbécille!
— Comte , tu oublies...
— Non, l^aron, mais lu conviendras que...
— Le lendemain, continua le baron avec son sang-froid d'ivrogne , le lendemain , je reçus une lettre à mon réveil.
— Écrite par le diable? dit le comte avec une amère ironie.
— C'est tout comme , répondit le baron sans plus s'émouvoir : j'aurais autant aimé y voir la signature de Satan que celle du chevalier Guiscard.
— O honte! s'être laissé jouer de la sorte'. s'écria le comte Roger.
— Mais c'est plus de ta faute que de la mienne : pourquoi veux-tu que tes lanciers aient le droit de garder leur visière baissée envers et contre tous? Avec leur manie de se cacher le visage, qui t'assure (ju'un beau jour le chevalier Guiscard ne viendra pas se mettre dans les rangs? Quelle occasion de te donner
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un bon coup de poignard , ou au moins de salir ton écusson !
Cette pensée, qui n'était jamais entrée dans ]a tête du comte, le fit frissonner; son orgueil hautain s'en offensa. Se redressant de toute la hauteur de sa taille , il tendit le bras comme s'il eiit voulu frapper : toutefois, se maîtrisant, il laissa tomber ce bras avec une îyjparence de calme :
— Tu n'y songes pas, baron; le chevalier Guiscard n'awrait jamais l'audace...
— Ce qu'il a osé avec moi , il peut l'oser avec le comte de Toni.
Pendant que ces choses se passaient entre les deux seigneurs normands, qu'Éthelred et Wilfrid retenaient leur haleine pour tout entendre et n'être pas découverts, survint un autre personnage. — Les deux amans ne furent pas insensibles à son arrivée : l'un sentit son front rougir de colère, l'autre rougit aussi, mais par un mélange de deux ou trois sentimens qu'il ne serait pas facile de combiner en un seul. Quant au baron et au comte Roger , ils ne le virent pas.
il marchait avec une précaution extrême , se cachant dans l'ombre qui ) cgnait d'un côté du