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leuse ambition , pour se rendre un jour maître de tout le duché; et cette armée, à laquelle ces projets n'étaient pas inconnus , avait profit et honneur à espérer delà victoire. Elle comptait quinze mille hommes.
Derrière toute la ligne , au centre, le roi de France avait pris position avec ses soldats : de là il pouvait voir perdre ou gagner la bataille, sans y prendre part s'il le jugeait convenable. Tacite a parlé avec enthousiasme du beau spectacle que fournirent aux Romains trente mille barbares se tuant les uns les autres. Pour un roi de France qui avait du Louis XI dans la tête, ce ne devait pas être chose indifférente non plus que des vassaux se donnant à l'envi de larges et profondes blessures : le monarque devenant plus fort de toute la force qu'ils perdaient.
Tandis que dans l'armée des alliés les chefs se jalousaient la victoire et ne semblaient la désirer que pour se la disputer ensuite, l'armée du jeune duc se préparait au combat sans tumulte et avec un ordre admirable. Là il n'y avait qu'une seule volonté, un seul but, une seule croyance; pas de tremblours, d'ambitieux, de traîtres, mais tous homnieb éprouvés.
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fidèles jusqu'à la mort. Partout où Guillaume se présente il est salué par des acclamations. Guiscard, le duc d'Alencon , le seigneur de Châtillon, qui commandent sous ses ordres, ont part à la faveur du soldat.
Campée en face de l'armée des alliés, l'armée de Guillaume prend aussi ses dernières positions. Elle se divise en trois corps :1e premier, à droite, obéissant au duc d'Alencon; le second, au centre, dirigé par le seigneur de Châtillon, le chevalier Guiscard est à droite; le hasard l'a placé devant le comte Roger, son implacable ennemi. Guillaume restera derrière la ligne avec cinq cents chevaux, non pour contempler inactif les hommes cpii se battront à cause de lui, mais il veut tout voir de ses yeux, et courir là où il jugera sa présence nécessaire.
Les soldats ont compté leur petit nombre avec orgueil ; ils se connaissent tous , ils sont tous sûrs les uns des autres. Guillaume peut interroger hardiment chacun d'eux; il n'en trouvera pas un qui murmure. L'ermite des bois de Gouffern accompagne le jeune duc dans les rangs; il promet aux soldats le secours du ciel. — Dornjczcn paix celle nuit, leur ditil ; Dieu veillera sur ceux qui n'ont point aban-
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donné leur maître; mais que Judas se cache derrière les murailles, qu'il ait sur sa poitrine une triple cuirasse, il n'en recevra pas moins le coup qui doit le renverser.
Le crépuscule du soir commençait à faire place à la nuit , les feux s'allumèrent presque au même moment dans les deux camps ennemis. On les vit s'étendre le long des deux lignes, et de loiu on aperçut, à travers la flamme , les soldats qui passaient et repassaient : on les eût pris pour des démons se rendant à un conciliabule infernal.
L'ermite des bois de Gouffern était monté sur une petite éminence : la trompette annonça qu'il allait prier Dieu. Les chefs donnèrent l'exemple en se prosternant; les paroles de l'anachorète furent répétées de bouche en bouche, et des témoins de cette scène imposante ont aflirnié qu'un cercle de paillettes d'or et d'argent brilla autour de sa tète pendant qu'il s'entretenait avec le Très-Haut.
A peine la prière était terminée, qu'un parlementaire se présenta au cain|); il fut conduit, les yeux bandés, auprès de Guillaume; là il lit connaîlre le motif qui l'amenait. Il avait une lettre à remettre à Guiscard tle la part du II. 7
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comte Roger; il attendait la réponse , on lui avait ordonné d'en rapporter une.
Le chevalier ouvrit la lettre avec un sourire dédaigneux et moqueur. Elle était ainsi conçue :
V Chevalier Guiscard, tu t'es emparé de mon » épée par ruse, c'est îe fait d'un lâche; je » t'ordonne de me la rendre aujourd'hui, sinon » demain je ne fais grâce à aucun de tes hom- » mes d'armes ; ils seront tous poignardés. Ré- » fléchis, et souviens-toi que le comte Roger » de Toni a toujours tenu sa parole. »
— Parbleu! répondit Guiscard au messager, celui qui t'envoie connaît bien mal son métier! Dis à ton maître que le chevalier Guiscard l'estime trop pour ne pas lui rendre son épée à luimême , dis à ton maître que le chevalier Guiscard lui paiera demain tous ses comptes.
Le parlementaire fut reconduit aux portes du camp avec cette réponse. On plaça les sentinelles ; ensuite les soldats se laissèrent aller au sommeil, sans penser que sur cette terre où ils reposaient la plupart d'entre eux seraient bientôt couchés pour ne s'en relever jamais.
Cf Combat.
Dès que les étoiles commencèrent à pâlir, on sonna la diane dans les deux camps. Les feux étaient presque tous éteints, mais le jour ne venait pas encore; c'était une demi -obscurité. En un instant les soldats furent debout, les armes à la main, chacun à son rang de bataille. Dans cette attitude, ils prirent un léger repas; on leur versa du vin. Dans tout le camp de Guillaume, la santé du jeune duc lut portée avec enthousiasme : c'était d'heureux présage. Il pyssa deux fois devant la ligne, s'arrétant à dessein auprès d'un soldat obscur,
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lui parlant avec familiarité de sa valeur passée, lui rappelant ce qu'il pouvait en attendre aujourd'hui.
Les guerriers demandaient le signal du combat : Guillaume , fier de cette ardeur, voulait la contenir encore quelques înstans. Plus vous arrêtez le torrent , plus il se précipite avec fureur, mieux il renverse les obstacles qu'on lui oppose. Guillaume le sait, — le cœur lui bondit de joie, car son génie lui dit maintenant que la victoire ne peut échapper.
Le soleil a paru ; les guerriers le saluent d'un cri de joie; ses rayons tombent sur les bouchers et le fer des lances. Le soldat peut mesurer la distance qui le sépare du soldat ennemi: les voilà qui se regardent! Ohî commandez donc à l'épée de sortir du fourreau ! Ce n'est pas le danger qui étonne le cœur du brave , c'est ce moment d'un siècle où, appuyé sur ses armes, il demande aux trompettes de sonner la charge, à la voix du général de crier : En avant l
Guillaume a réuni les chefs autour de lui; ils attendent ses derniers ordres : malgré sa jeunesse , il a la conliance de tous. Au moment où ils •allaient se séparer arrivent, du coté de
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l'aile gauche, vingt cavaliers dont les armes sont renversées; celui qui est à leur tète met genou en terre devant Guillaume.
— Pardonne-moi, mon seigneur; — j'avais promis le secours de ma lance pour te combattre , c'est à toi que je dois foi et hommage , je m'en souviens , mon bras est à ton service.
— Roui de Tesson , relève-toi , dit le duc en lui présentant la main , nous comptons sur toi. Mais comment as-tu pu quitter la ligne?
— Ce bois* est entièrement libre, et je l'ai tourné.
— Ce bois est libre! reprit Guillaume les
yeux étincelans. Chevalier Guiscard , présente
la bataille à leur aile gauche, mais retiens le
courage de tes soldats; simule une retraite e'^
laisse-toi poursuivre jusqu'aux rochers, ils S' ^^^
à nous.
A l'instant ils se quittèrent. Les cl" ,„„„„ „^ 1 .lirons 1 e-
tentirent, les soldats entonneront . chant de guerre des Normands.
« Nos pères, sur de lé' Ja fureur de l'Océ' gors bateaux, ont brave
terr<. ennrmie • "" ' ^'' '""^ ^^"^'^ ''"' ''""^
esclaves ce- ^'''"^'''; ''^'"'' *^""^* •^' '''" ""''^ -ux que le fer avait épargnées.
-' 'C l(vs rois de France vantent 1< «uv pviis-
sance tant qu'ils voudront, nos pères les ont vus trembler dans leurs palais; ils ont pesé l'or des rois dans la balance du vainqueur.
» Nos pères n'avaient pour fortune que du fer, avec le fer ils ont gagné de riches moissons et des châteaux; avec le fer nous défendrons nos moissons et nos châteaux.
» Marchons en rangs serrés, et nargue de la mort! le brave la chasse devant lui, elle frappe le lâche par derrière, et on laisse son cadavre sur le champ de bataille, pour que les oiseaux le dévorent. »
Ces paroles roulèrent comme un tonnerre : l'armée des insurgés y répondit par des cris et par des hurlemens.
Le chevalier Guiscard s'avança aveq ses bataillons. En le reconnaissant, le comte Roger sentit ses joues brûler, sa bouche se couvrit d'écume. Il partit au galop avec ses lanciers , donnant à peine aux archers le temps de le suivre. Guiscard tenait en main l'épée qu'il lui avait prise, et il l'élevait au-dessus de sa tête pour exciter sa'.çolèr<\
Après la première volée do flèches, sans qu'il fût possible d'en laucei- une seconde on s'attaqua corps à corps, le chevalier ctie comte s'ap- ■ ^^'^<f 7fi;,> iiii'i'i ah ^ii>t i^'>i ■' ^