‹ AloïseChapitre 10 sur 24 · LE D9K · texte numérisé non relu

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rien. Alors, d'une voix douce, mais claire et bien sonore, le jeune nioine dit :

— Mon père, je demande à parcourir avec vous la prison , et la grâce de deux prisonniers

Si vous avez quelquefois marché sur un reptile, vous l'aurez vu relever la tête avec fureur, darder sa langue et jeter des flammes par les yeux; ainsi l'abbé deSaint-Évroud. On l'avait frappé au cœur ; mais comme sa parole se trouvait engagée devant un grand nombre de témoins, et que, d'ailleurs, il était décidé à la tenir, il maîtrisa son indignation , et, philosophe jusqu'au bout, il se résigna devant la nécessité qu'il s'était faite.

Il répondit donc avec affabilité et politesse :

— Nous irons ensemble à la prison , mon fds, et tu choisiras toi-même les deux coupables à qui tu fais grâce. — Mais toi, mon lils, que nous demanderas-tu? dit-il en se retournant vers Anguerrand. Tu vois que nous ne faisons pas de promesses trompeuses. Parle li.irdimcnt, car tu oblicndras.

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— Eh bien , répondit avec assurance le vieux soldat, je demanderai à votre grâce de me considérer quatre fois par semaine comme €n cas d'urgence, et de me permettre ces jours-là une séance de deux heures chez le frère Audibert Plectran, le très-honnéte portier de cette maison de bénédiction.

Les moines en rirent, et l'abbé lui-même eut beaucoup de peine à obtenir l'impassibilité des muscles spécialement chargés de manifester la joie, la malice et la colère.

— Nous ne saurions reprocher, dit-il, à notre frère Anguerrand d'avoir abusé de notre générosité. Quatre fois par semaine il sera dans le cas d'urgence, nous le déclarons ici, et le frère Audibert Plectran sera chargé de nous rendre compte de l'usage qu'il aura fait de la permission à lui accordée.

Le jour était près de se clore; les moines circulaient dans les cours du cloître plus tumultueux qu'un essaim d'abeilles autour de sa ruche. Wilfrid s'empara d'Éthelred , Anguerrand fut entraîné par le flot de ses nouvelles connaissances , l'abbé s'enferma dans sa chambre.

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Et cette soirée se passa comme tant d'autres qui l'avaient précédée.

Wilfrid conduisit les deux nouveaux moines aux cellules qu'ils devaient occuper.

£a prismi.

Le lendemain, dès que le soleil fut levé, Wilfrid, Ethelred et Anguerrand, moine manqué, ainsi qu'il s'en vantait, attendirent l'abbé à la porte de la prison. Il arriva bientôt, l'air sérieux, et répondant au salut des trois frères par un signe de tête, sans leur adresser la parole.

La porte de la prison était peu éloignée de celle qui fermait la cour des novices. Les visiteurs descendirent, dans une profonde obscurité, trente marches d'un escalier étroit. Cet escalier conduisait vers une galerie voûtée qui

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entourait une construction circulaire à pevi près comme celle des loges de nos théâtres. Un grand nombre de lampes éclairaient la galerie; l'air qu'on y respirait était pur, rafraîchi par de nombreuses ouvertures qui introduisaient un vont doux et léger et presque un parfum de campagne. Ces ouvertures, qu'on avait grillées, étaient si hautes qu'on ne pouvait voir en dehors

On avait pavé la galerie dans la moitié de sa largeur; les dalles y brillaient aussi blanches qu'à la chapelle. Quant à la construction autour de laquelle elle s'étendait, ce n'était rien autre chose que trente cachots en forme de cellules, dont trente grilles en fer défendaient l'entrée.

Ces cachots étaient également pavés en dalles, les murs en étaient jaunes et recrepis comme ceux de la galerie. Une lampe y donnait sa luniièro. Un lit de paille, un banc en bois, une croix, une tète de mort, y servaient à l'usage de ceux qu'on avait condamnés à les habiter.

A peine les visiteurs s'étaient-ils avancés de quelques pas, qu'Ethelred recula effayé devant un fantôme qui se présenta tout à coup en face «le lui. Le vieux soldat chercha involontaire-

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ment son épée à la place qu'elle occupait, tant il y a de force dans l'habitude ! Wilfrid et l'abbé sourirent de leur frayeur, mais gardèrent le silence.

Ils s'arrêtèrent tous les quatre. Le fantô.ne les considéra un instant , puis du doigt il leur fit signe de le suivre. Ils obéirent. Couvert d'un grand drap blanc qui le cachait entièrement, à l'exception de son front jaune et cadavéreux , de ses yeux ternes et sans éclat, on eût dit un mort qui sortait de sa tombe pour épouvanter les vivans.

Il marchait lentement , détournant la tête presque sans interruption, et laissant entendre un gémissement sourd et sépulcral. Mais voilà qu'il revint sur ses pas comme s'il se fût trompé de distance, s'approcha de l'abbé, se pencha vers lui, ouvrit le drap, et lui montra, dans sa hideuse nudité, un corps maigre et décharné, étendit sonlongbras, sa main affreuse, et s'écria d'une voix menaçante : — » Abbé de Saint-Evroud, viens me voir mourir; viens me voir mourir, abbé de Saint-Evroud!... L'heure est arrivée : il faut me rendre le compte de ta vie, pour que je le présente au tribunal de Dieu , devant lequel je vais comparaître.....

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