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flkbe les avait trouvés en tombant, que deux lioinmes parurent à cent pas derrière eux , tous deux à cheval et complètement armés. Le premier avait lancé son coursier sur les pas de l'abbé, mais il se trouva arrêté par l'épée du second, et, pour passer outre, il fallait bien disputer et gagner le champ de bataille. Les cuirasses retentirent des coups qu'ils se portaient l'un l'autre aux cris de Guillaume et de Henri de France! les chevaux hennirent de belliqueuse fureur. L'abbé , serrant alors avec force la main d'Éthelred :
— Souffrirai-je , dit-il , que ce brave chevalier expose ainsi sa vie pour un lâche qui fuit loin du combat?... non.... Éthelred, viens,
suis-moi....
Mais ce chevalier avait triomphé de son adversaire , qui lui demandait merci ; de la main il ht un signe et disparut.
Éthelred et l'abbé rentrèrent au cloître sans bruit, mais sans mystère, ayant tous deux intérêt à ce que la scène qui venait de se passer fût ignorée de ceux qui n'y avaient pas été acteurs.
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Le lendemain de cette entrevue de calme , le mîitin, pendant qui! était encore nuit, à l'heure où la cloche , remuée par le bras vigoureux d'un frère lai , remplissait sa mission d'interrompre le sommeil des moines, le bruit des tairons et autres instrumens de musique guerrière se fit entendre à la porte du cloître.
Bientôt un grand nombre de cavaliers envahirent la cour. De cette fois ce n'était plus le brave Rembaud de Saint-Flour qui les comdait. Celui qui marchait à leur tète, précédé de deux hommes qui portaient des torches
ARRIVÉS DV COmTB BOtiSa DS TOVI. S49
alluroées, annonçait par son maintien, par l'expression de son visage, par la soumission de ceux qui le suivaient, les égards respectueux dont il était l'objet, une autorité plus grande , un rang plus élevé dans la hiérarchie militaire.
Détournant la tète du côté de ses hommes, il leur fit ce petit discours :
« Notre noble frère l'abbé Paul de Toni , abbé de Saint-Évroud, vous engage par ma voix à fixer votre demeure dans ce monastère, jusqu'à la bataille générale qui aura bientôt lieu sous ces murs. Il ne prétend pas vous assujettira la règle disciplinaire que suivent ses moines, parce que votre conduite me regarde, et ne regarde que moi. Il vous abandonne l'usage de cette cour et la moitié de ses caves. Je vous déclare que je suis profondément touché d'un procédé si honnête; et, en conséquence, je punirai avec la dernière sévérité quiconque s'écartera des ordres que je vais vous donner. — . D'abord , vous ne volerez rien ; vous panserez vos chevaux réguliiMTmeut deux fois par jour; vous ne perdrez pas l'équililire en buvant, afin que vous | l'is'iicz vous mettre à genoux po^ir la prière du s^ir, ou monter en selle, si
besoin en était , sans quitter les étriers ; vous ne tiendrez pas de discours licencieux ; vous vous abstiendrez de tout serment où le nom de Dieu entrera potir quelque chose. — Ainsi, dans votre intéiét à tous, j'ai fait dresser ici une potence, potn que les récalcitransy soient exposés auix regar ds de ceux qui n'auront pas méconnu les ordres d'un chef qui les aime comme ses enfans. < — Maintenant silence; montrez votre éducation militaire... Nous allons attendre le noble abbé de Saint-Evroud. »
Le soleil avait éclairé les deux dernières phrases de l'éloquente allocution du comte Roger de Toni-le-Diable. Aussitôt on vit apparaître l'abbé de Saint-Evroud dans toute la pompe de se^ ornemens abbatiaux ; il était suivi de cinq cents moines. Il s'arrêta sur le perron du vestibule; et de là, élevant ses mains au ciel , il attendit qu'au commandement du comte son frère, les cavaliers eussent abaissé leurs lances pour lui rendre honneur, car c'était là le grand cérémonial de réception que les batailleurs faisaient à un haut dignitaire.
Ensuite l'abbé s'avança jusqu'à dix pas de distance de son frère, et il rangea ses moines sur trois lignes parallèles, en face des lancieri.
AAaiVÉE DV aOMTB B06CR DE TOMI. SSl
— On eût dit deux généraux à la tête de leurs armées , tout prêts à commencer la bataille.
Ce fut l'abbé de Saint-Évroud qui sonna la charge le premier ; il entonna le psauma Laudate Dominum , et les moines lui répondant le second verset, leurs voix retentirent comme un tonnerre tout le long des arcades du cloître. Le comte Roger de Toni-le-Diable leva sa hache au-dessus de sa tête, et les trompettes rendirent le salut par une belliqueuse fanfare. Alors, sur un signe du comte, un des cavaliers se détacha de la ligne. Le comte Roger, lui abandonnant les armes, descendit de cheval et fit cinq pas en avant de son frère. L'abbé de Saint-Évroud, imitant cet exemple, s'approcha également , et tous deux finirent par s'embrasser sans que leur dignité respective eût en rien souffert de cet épanchement de l'amitié fraternelle.
Les trompettes sonnaient toujours. Les deux frères restèrent au milieu des lignes de moines et de lanciers en se tenant par le bras; puis , entrant ensemble dans l'intérieur du cloître, ils gagnèrent la chambre de l'abbé.
Après leur départ, le bataillon des moines, Wilfrid à leur tète, se mit en marche, non sans
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exciter le rire des lanciers, mais aucun d'eux n'eut l'air d'y faire attention , comme s'ils avaient voulu les désarmer par leur gravité imperturbable.
L'un des moines le plus jeune, le plus beau, attira les regards de l'un de ces guerriers, qui ne le quitta pas d'un instant et le suivit jusqu'au moment où il disparut. Les traits de cet homme d'armes étaient cachés sous sa visière j mais l'éclat de son œil, qui brillait à travers ses lames croisées , troubla singulièrement le jeune moine , quoique ses souvenirs vainement consultés, n'eussent pu lui apprendre à quelle tète il appartenait. Il le désigna à Wilfrid sans lui faire part do l'émotion qu'il éprouvait, lui demandant seulement s'il le connaissait. Wilfrid ne répondit pas à cette question ; il en prit note; et lorsque les moines furent assis sur les bancs de la salle des copistes, il revint dans la cour se mêler aux divers groupes des soldats qui avaient alors quitté leur position. S(;s recherches n'aboutirent à rien; en vain il observa dans tous ses mouvemens ce soldat mystérieux, ce soldat échappa à SCS regards scruîaleurs; tantôt fixant sur lui ses yeux étincelans, tantôt lui tournant brus-
Aan:vi:E du comte rooer de tc:;i. ^S5
quement le dos, il semblait se rire de l'impuissance de ses efforts.
Wdfrid ne se rebuta point : il saisit sa main en quelque sorte malgré lui, et, avec ce ton de fiimiliarité qu'il savait si bien prendre dans certaines circonstances: — Mon brave, est-ce que tu as peur de nous ?
— Moi ?
— > Oui, toi.
— Je n'ai peur de personne.
Il retira sa main avec une brusquerie marquée.
— Je 1« crois bien, répondit Wilfrid ; sans cela tu n'aurais pas beau jeu avec le comte Roger de Toni.
Cette réponse lui fit lever fièrement la tête; mais, comme s'il se fut repenti de ce geste, il dit froidement :
— Pourquoi me demandes-tu si j'ai peur de toi?
— Pourquoi je te le demaiide? c'est que ta me fuis comme si je tVffravnis.
— Et que V(u\-tu donc de moi, j(Mme frère?
— Je voudrais voir ton visage, parce qu'il me semble que je le connais.
— Vraiment! eh bien! si tu n'étais pas