‹ AloïseChapitre 8 sur 24 · LE DOIT · texte numérisé non relu

LE DOIT

de Saint-Bruno. — Mais vous surtout vous accourûtes, bons frères à faces rebondies, aux teints rouges, aux couleurs brillantes comme celles de la grappe qui mûrit sur les coteaux de la Provence, indifférens pour les tracasseries de ce monde, aussi bien que pour les espérances de l'autre, troupeau docile qui ne voulezquepaître, mais toujours paître, majorité compacte, obéissante, depuis appelée centre^ unique dépositaire de la philosophie véritable, necontrariant jamais quiconque vous laisse vivre^ habituée au vent, contre lequel vous avez appris à ne point lutter, votant oui ou non suivant qu'il souffle du nord ou du midi , — vous surtout, bons frères, vous accourûtes. Dîner.... ministériel ne fut jamais plus convoité.

L'abbé était déjà à l'un des bouts de la table, celui que l'on considérait comme la tête de la croix. Tous les moines s'inclinèrent en passant devant lui, et debout à leurs [)laccs ils attendirent la parole du maître.

— Mes frères, dit-il,cejourest un jour (le fête. Nous nous dépouillons de notre sévérité ordinaire pour partager avec vous le plaisir que nous vous permettons de prendre; mais je

VOUS fecommande de la modération et de la sagesse. Frère Wilfrid , reste à ma droite... Et toi, mon jeune frère, ajouta-t-il en s'adressant à Éthelred , tu seras à notre gauche; nous voulons guider ton inexpérience... Quant au frère Anguerrand , nous désirons qu'il soit placé à l'extrémité de cette table pour que nous jouissions du plaisir de le voir en face. Frères de Saint-Évroud, tout est préparé : les temps sont arrivés, comme dit l'Écriture , invoquons le ciel pour qu'il bénisse notre repas et que notre joie soit innocente à ses yeux.

Sans manifester d'impatience, mais avec dissimulation peut-être (c'est une vertu de moine), on pria.

Le festin fut brillant, digne du petit-fils de Vitellius. Le vin anima bientôt toutes les physionomies. Saints et anachorètes du couvent, il fallut bien vous relâcher de votre rigide vertu. Vous qui ne voyez de jouissance et de félicité qu'au-delà de cette tombe où les vers nous rongent, anticipant sur les années, vous assistâtes, sans doute, à quelques-unes des scènes d'extase et d'ivresse que votre imagina-

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