‹ Alpes et PyrénéesChapitre 8 sur 22 · DE BORDEAUX A BAYONNE · texte numérisé non relu

DE BORDEAUX A BAYONNE

mentait encore l'incertitude de la nuit, A de certains moments, la diligence penchait; à de certains endroits, le parapet manquait. Je me dressai sur mon séant. J'étais sur l'impériale, le conducteur n'était pas remonté à sa place; la voiture marchait toujours. Le postillon, toujours courbé sur son attelage que la lanterne du coupé éclairait à peine, grommelait je ne sais quelles exclamations énergiques. Enfin les chevaux gravirent une petite pente, un nouveau soubresaut ébranla la voiture, puis elle s'arrêta. Nous étions sur le pavé.

Les voyageurs qui avaient passé le pont à pied avant la voiture rentrèrent dans les trois compartiments, et, tout en ouvrant et refermant les portières, j'entendais le conducteur qui disait :

— Diable de pont! toujours en réparation. — Quand donc sera-t-il solide? — La police est bien mal faite à Dax. Les charpentiers laissent leurs outils sur le passage de la voiture pour la verser. — J'ai vu le moment où la diligence était dans la rivière. — On ne peut se figurer le danger qu'il y a. — Vous verrez qu'un de ces jours il arrivera un malheur. — N'est-ce pas, messieurs les voyageurs, que j'ai bien fait de vous faire descendre ?

Ceci dit, il remonta, et m'apercevant il poussa un cri : — Tiens, monsieur, je vous avais oublié .'

,li CHARNIER DE BORDEAUX

26 juillet.

Je n'ai pu entrer à Rayonne sans émotion. Bayonne est pour moi un souvenir d'enfance. Je suis venu à Bayonne étant tout petit, ayant sept ou huit ans, vers 1811 ou 1812, à l'époque des grandes guerres. Mon père faisait en Espagne son métier de soldat de l'empereur et tenait en respect deux provinces insurgées par TEmpecinado, Avila, Guadalaxara, et tout le cours du Tage.

Ma mère, allant le rejoindre, s'était arrêtée à Bayonne pour attendre un convoi; car alors, pour faire le voyage de Bayonne à Madrid, il fallait être accompagné de trois mille hommes et précédé de quatre pièces de canon. J'écrirai quelque jour ce voyage qui a son intérêt, ne fût-ce que pour préparer des mémoires à l'histoire. Ma mère avait emmené avec elle mes deux frères Abel et Eugène et moi, qui étais le plus jeune des trois.

Je me rappelle que, le lendemain de notre arrivée à Bayonne, une espèce de signer ventru, orné de breloques exagérées, et baragouinant l'italien, se présenta chez ma mère. Cet- homme nous fit, à nous enfants qui le regardions entrer à travers une porte vitrée, l'effet d'un char-

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