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*k x * La fenêtre qu’il voit de son lit le fait
songer au dortoir du collège de Belley. Sa place était dans un coin, près d’une croisée
qu'il laissait ouverte, par les belles nuits.
de printemps, avant les vacances. Un peu
d’air gonflait, comme des voiles, les rideaux qui isolaient chaque couchette. Les parfums des vergers en fleurs entraient, et il
écoutait un rossignol dans un vieil arbre
dont la maîtresse branche retenait la pleine lune, pareille à un énorme nid d'argent...
Il a retrouvé, au grenier, dans une malle,
parmi des papiers à demi rongés par les rats, les premiers vers qu'il dédia à ce rossignol des nuits de Belley :
Que dis-tu donc à la lune,
Pauvre oiseau qui ne dors pas?
Cesse ta plainte importune.
© Silence! Ou gémis plus bas...
Et Lamartine s’attendrit sur ce poème in=
génu et maladroit qui date de soixante ans...
A NH
NERRENP
Il avait une douzaine d’années, lorsque son père l’emmena à la chasse.
C'était un tiède jour d'automne, mûr, semblait-il, et sucré comme les derniers muscats. Entre des châtaigniers séculaires, quelques chaumières étaient assises, ainsi que d’humbles vieilles, devant les prés, et ce paysage, dans cette lumière bleue et dorée, lui paraît à présent irréel et loin, loin, comme au flanc d’une autre planète, au versant d’un monde endormi, heureux et béni... ;
Un ami de son père habitait là, dans une maisonnette blanchie à la chaux. La servante le conduisit à la cuisine, coupa une tranche de pain bis, lui donna, dans son petit chapeau d’enfant, des pêches de vigne et le ramena ensuite à son père qui était dans le cabinet de travail de son ami...
«C'était un beau vieillard à cheveux blancs
comme la neige, à l’aspect militaire, à l'œil vif, à la bouche gracieuse et mélancolique, au geste franc, à la voix mâle mais un peu cassée. Il était assis entre la fenêtre ouverte et une petite table à écrire... Deux pigeons apprivoisés becquetaient les pages d’un gros livre ouvert sous le coude du vieillard. Il y avait sur la table un écritoire en bois de rose, de belles feuilles de papier de vélin blanc comme l’albâtre, longues et larges comme celles des grands livres de plainchant... Ces feuilles de papier était liées ensemble par le dos avec des nœuds d’un petit ruban bleu de ciel qui aurait fait envie aux collerettes des jeunes filles de Milly. Sur la première de ces feuilles, on voyait quelque chose d’écrit. C'étaient des lignes régulières, espacées, égales, tracées avec la règle et le compas, d’une forme et d’une netteté admirables, entre deux larges marges blanches encadrées elles-mêmes dans de jolis dessins de fleurs à. l’encre bleue... Le vieillard était poète, et, comme
sa médiocrité n’était pas aussi dorée que celle d’'Horace et qu’il ne pouvait pas payer à des imprimeurs l'impression de ses rêves champêtres, il se faisait à lui-même des éditions soignées de ses œuvres en manuscrits qui ne lui coûtaient que son temps et FPhuile de sa lampe: il espérait confusément qu'après lui la gloire tardive, comme disent les anciens, la meilleure, la plus impartiale et la plus durable des gloires, ouvrirait un jour le coffret de cèdre dans lequel il renfermait ses manuscrits poétiques... »
Le jeune Alphonse mangeait, en l'écoutant, son pain de ménage et ses pêches de vigne, mais depuis, toutes les fois qu’il entendait parler d’un poète, il songeait à lui et se représentait « un beau vieillard assis près d’une fenêtre ouverte à large horizon, dans une maiïisonnette au bord de grands bois, et écrivant, entre ses oiseaux et son chien, des histoires merveilleuses.….. »
Le bruit de sabots que font des enfants qui passent le fait songer aux jours lointains où il se rendait de Milly au village de Bussières, chaussé comme les petits paysans qui allaient avec lui à l’école d’un vieux prêtre. Il portait dans un sac son
frugal déjeuner de pain et de fruits, et il
portait aussi sous son bras « comme les
autres, un petit fagot de bois ou de ceps de
vigne pour alimenter le feu du pauvre curé. » Le vieillard n’était plus capable d’ensei-
. gner grand’chose aux enfants, et c'était son | vicaire, l’abbé Dumont, qui s’occupait
d’eux.
L’aimable presbytère campagnard! La
mère du jeune vicaire, belle encore et .
toujours gracieuse, gouvernait la maison « aidée par une jolie nièce et par un vieux
marguillier qui fendait le bois, bêchaït le .
jardin et sonnaïit la cloche. »
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