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L'abbé Dumont était un prêtre assez
étrange. Il tenait du gentilhomme et du
militaire, il aimait s’entourer de beaux chiens de chasse et on voyait dans sa chambre des fusils accrochés aux murs, des accessoires de vénerie, et dans un Coin, «de grandes bottes à l’écuyère armées de longs éperons d'argent. »
Les volumes qui encombraient les meubles n’étaient point ceux qu'on trouve d'habitude chez un humble vicaire de campagne. « C’étaient des volumes de Raynal, de J.-J. Rousseau, de Voltaire, des romans de l’époque et des brochures contre-révolutionnaires. Car bien qu'il fût très peu ecclésiastique, l'abbé Dumont était très royaliste. Sa cheminée était couverte de bustes et de gravures représentant l’in-
fortuné Louis XVI, la Reine, le Dau-
phin, les illustres victimes de la Révo-
lution.… »
Il a retrouvé des vers datés de Milly | et du 16 décembre 1805 :
La harpe de Morven dont mon âme est l'emblème;
Elle entend de Cromia les pas des morts venir,
Ce récitatif, comme il avait intitulé son poème, était imité d’Ossian. Même à présent, dans sa vieillesse, il est sensible aux vents poétiques qui viennent du tumultueux et âpre domaine de Fingal.
Ses dieux : le Tasse et le Dante, Pétrarque et Shakespeare, Milton et Chateaubriand reculèrent lorsqu'il lut Ossian pour la première fois, « ce poète du vague, ce brouillard de l'imagination, cette plainte inarticulée des mers du Nord, cette écume des grèves, ce gémissement des ombres, ce roulis des nuages autour des pics tempétueux de l'Écosse, ce Dante septentrional aussi grand, aussi majestueux,
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aussi surnaturel que le Dante de Flo- rence, plus sensible que lui et qui arrache souvent à ses fantômes des cris plus humains et plus déchirants que ceux d'Homère.…. »
La plaisanterie lui a toujours semblé chose vile et il n’admet-encore qu'avec humeur la supercherie littéraire de Mac-
pherson.
Ce poème imité d’Ossian est pour lui chargé de souvenirs.
A l'époque où il l’écrivit, ses parents passaient les hivers tout entiers à Milly.
« Il y avait, dans les environs, des familles nobles ou des familles d’honorable et élégante bourgeoisie qui habitaient également leurs châteaux ou leurs petits domaines pendant toutes les saisons de l’année. On se réunissait dans des repas de campagne ou dans des soirées sans luxe. La plus sobre
a simplicité et la plus cordiale égalité régnaient dans ces réunions de voisins et d'amis. Vieux seigneurs ruinés par la Révolution, émigrés encore jeunes et conteurs, rentrés d’exil; curés, notaires, médecins des villages voisins, familles retirées dans leurs maisons rustiques, riches cultivateurs du pays, composaient ces réunions que le retour de l'hiver avait multipliées….. »
Une jeune fille de son âge venait avec les siens à ces veillées amicales.
«Elle s’appelait Lucy. Elle sortait depuis
quelques mois d’un couvent de Paris où ses parents lui avaient donné uné éducation Supérieure à sa destinée et à sa fortune, Elle était musicienne. Elle avait une voix qui faisait pleurer. Elle dansait avec une per-
fection d’attitude et de pose un peu non- …
chalante, elle parlait deux langues étrangères. Elle avait rapporté de Paris des livres dont elle continuait à nourrir son esprit dans l’isolement du hameau de son