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a lampe entretenue par la piété des villageois voisins, et, en attendant le lever de
lune, dans ce santuaire perdu, il écrivit
quelques strophes dédiées à cette flamme mystique et à son âme :
Quel que soit le vent, tu regardes Ce pôle, objet de tous tes vœux, Et comme un nuage t& gardes, Toujours ton côté lumineux.
Dans la nuit du monde sensible, © Je sens avec sérénité
Qu'il est un point inaccessible
A la terrestre obscurité.
Il songe quelquefois à un vieux poëte
arabe qu’il rencontra sur les pentes du.
mont Carmel. Il est mort sans doute depuis longtemps sans avoir lu ni Virgile, ni Dante, ni Shakespeare, ni Chénier, ni M. de Chateaubriand, sans soupçonner la poésie des Nuits de Musset, le lyrisme de Victor Hugo, la mélancolie d'Alfred de Vigny, n'ayant, comme les antiques rapsodes, que quel-
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ques grandes images naturelles, majestueuses ou fraîches.
Tous deux, et sans comprendre ce qu'ils disaient, ils s ‘’affrontèrent dans un aimable - tournoi poétique en l'honneur de Mile Mala- gamba, la fille du consul de Sardaigne qui, après un épouvantable orage, avait offert l'hospitalité à Lamartine, dans sa maison de Kaïpha.
La jeune fille était d’une rare beauté, et les versets bibliques du vieillard et l’i improvisation du voyageur montaient vers elle, comme un encens, mais sans l’'émouvoir.
Elle arrangeait les plis de sa jupe d’une main pentélique, regardait les deux poètes de ses grands yeux splendides, s’ennuvait peut-être, et ne comprenait ni l’arabe ni le français...
* * * Soirs de musique à Saint-Point, avec
Franz Liszt!
Une nuit, le musicien qui passait quel-
ques jours au château, joua le poème symphonique écrit sur les Préludes des Nou-.
velles Méditations qu’il appelait une Sonate de Poésie.
« Les bouffées des haleines nocturnes des prés emportaient ces mélodies aériennes aux échos étonnés des bois et des eaux... »
La musique s’épandait comme un torrent d'harmonie, elle ruisselait des hautes fenêtres ouvertes sur les vieux arbres et les pelouses, et les paysans s’approchaient de la maison, venaient jusqu'au perron, eb «croyaient que toute la vallée s'était trans= formée en un orgue d'église où des anges jouaient des airs du paradis pendant le sommeil des vivants. » |
Les mains du prestigieux exécutant voltigeaient comme des ailes furieuses où molles sur le clavier et ses grands cheveux ébouriffés par le vent balayaient parfois ses joues pâles... Lamartine a vu, l’autre semaine, un portrait récent du musicien. »
Il a un terrible visage inspiré et ravagé
de ch
couvert de verrues, une dure crinière blanche, et ressemble à Dante Alighieri. Il | porte une soutane de prêtre puisqu'il est.
entré dans les ordres, mais le poête ne Songe pas à lui dédier des vers, comme il le fit pour M. de Genoude qui, malgré ses trois enfants, se retira du monde et ne voulut : plus que la paix’ d’une chapelle rustique et d’un presbytère de PRESSE quand il eut perdu sa femme.
Lamartine écrivit alors un beau poème sur l’ordination de son ami, et c'était à Mon- ceau, en 1835 et une nuit de décembre.
Il y disait :
Tu ne boiras plus à notre onde, Tu ne tremperas plus tes lèvres ni tes mains A ces courants troublés où les ruisseaux du monde Versent tant d’amertume et d’ivresse aux humains : L’äme du prêtre en vain à notre air exposée Est la peau de brebis, qu’étendait Gédéon :
On trouvait le matin sèche de la rosée La miraculeuse toison…..
. {1 sait que l’abbé Liszt boit à tous les - courants troublés et à tous les ruisseaux du monde,
Malgré sa robe, il n’est pas un de ces humbles et saints desservants qu’il vénère.
Toujours ivre de musique et d'amour, on le trouve dans l’oratoire d’une fantasque, princesse dont il a des enfants, à un piano fleuri, comme une terrasse ou un balcon italien, de roses blanches. Il va, escorté d’un troupeau d’admiratrices et d'élèves, de comtesses cosaques, de brunes divas, de blondes hongroises de seize ans, de jeunes pianistes défaillantes devant lui comme Esther devant le roi, fanatiques et belles, adorant toutes ce vieillard transfiguré par.
son tumultueux génie, et ramassant quand.
il l’a jeté dans une coupe le bout de cigare mâchonné qu’elles font sertir dans l'or et le cristal d’une brochel!... |
Il se souvient d’un bel après-midi doré à Nîmes où il vit Jean Reboul poète et boulanger. Les arènes et la Maison Carrée