‹ Alphonse de MirecourtChapitre 12 sur 21 · LETTRE SEIZIÈME · texte numérisé non relu

LETTRE SEIZIÈME

' ALPHONSE DE MIRECOrRT A FORLIS.

SurriJle, ce 5 novcnibjc i8a^-.

J'apprends avec Lien de la peine, mon cher amij les tristes détails que tu me donnes sur Bok feeraont; cet homme-là nous a tous bien trompés, mais toi surtout à qui il occasionne une perta ffussi désagréable. Mon oncle ne m'a pas para snrpris de sa conduite, et il m'a, au contraire, ïÉSSuré avoir vu plusieurs exemples dans le même genre, dont un surtout beaucoup plus frappant qne tous les autres. C'étoil à Hambourg; un riclie négociant jouissoit de la plus grande réputation de probité qu'un homme puisse avoir, et il l'avoit ftCquise par un grand nombre d'actions qui d«- Toient en effet la lui mériter. Il étoit aussi charitable pour les pauvres que généreux pour ses smis, auxquels il ouvrit plusieurs fois sa bourse. Q^ ne lui connoissoit aucun défaut : il étok Fange, sobre, économe, tempérant, ne disant de mal de personne, et toujours disposé à rendre service à tout le monde. Tant de bonnes qualité 1-ui avoieut valu l'estime générale , et sa parole étoit réputée meilienre que tous les écrits possibles. MalheureuscLr.eîit toutes ces belles verUis

n'avoient qu'un fondement humain, elles s'évanouirent avec la prospérité de cet homme, qui, n'ayant aucun princrpe de Religion , préféra sa fortune à sa conscience : ayant éprouvé des pertes considérables dans son commerce, et se trouvant compromis dans plusieurs faillites pour des sommes importantes, il n'eut pas lecoatage de vivre pauvre mais honnête, et il crut qu'il lui ctoit permis de faire à d'autres ce qu'on lui fafsoit à lui-même. Comme il étoit três-prudent et trèsadroit , il réussit facilement à cacher sa position , on le laissa réaliser tranquillement toute sa fortune, ses amis lui ouvrirent leurs bourses sans crainte, et lorsqu'il eut ainsi amassé une somme considérable, il partit un jour pour les Etats-Unis, laissant pour plusieurs millions de dettes, dont SCS créanciers ne- touchèrent pas quinze pouî cent.

Le genre de vie que je mène ici , et que j'y mènerai probablement encore pendant plusieurs mois, m'ayant permis quelques économies, si une couple de milliersd'écastc peuvent être agréables pour faciliter l'arrangement de tes affaires , je te les offre de bon cœur.

Sais-tu bien que tu ne fais pas preuve' d'un grand jugement, en disant que mon oncle est trop fin pour me faire des aveux ? Tu crois donc non-seulement qu'il est dans Terreur, ce qui seroit possible, j'en conviens, mais qu'il le sait et qu'il y persévère, ce qui seroit le comble de la folie dans cette circonstance? Qu'un libertin connpisse et chérisse son erreur, je le conçois •

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elle lui procure des plaisirs auxquels il ne veut pas renoncer. Mais qu'un homme connoisse la parfaite inutilité des privations et des exercices pénibles auxquels il se condamne, et qu'il reste néanmoins attaché, sans aucun motif, à ces privations et à ces exercices , c'tst ce qui ne se conçoit que dans des tètes dignes de Gliarenton , et celle de mon oncle n'est pas de ce nombre.

J'attends avec impatience le résultat de ton dîner avec ton curé. Mais ne va pas croire que tout est gagné, parce que tu Tauras poussé à bout, il n'est pas nécessaire, pour que la Keligion soit vraie, que tous ses ministres soient des Bossuet ou des Fénélon ; et tout ce que tu pourras conclure du silence de ton curé, c'est qu''il ne sait pas ce que tu lui auras demandé : de là à une démonstration de la fausseté de la Religion , il y a encore loin.

Pour moi , je continue toujours à m'instruire auprès de mon oncle , et dans sa bibliothèque qui est très-bien fournie. Il se passe maintenant peu de jours où je n'aie avec lui des conversations intéressantes qui me confirment de plus en plus dans l'opinion favorable à la Religion qu'il m'a inspirée et (Jue tout ici contribue à augmenter. C'est une chose remarquable, en effet, que l'art avec lequel il sait tirer parti des circonstances qui paroissent les plus indifférentes, pour ramener sans cesse mes pensées sur ce sujet. Si nous passons devant une croix, en nous promenant dans la campagne : « C'est ainsi , dira-t-il en se découvrant, que la folie de la croix a vaincu la

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sagesse humaine. » Si quelque site agréable j ou quelque point de vue d'une immensité imposante, tel qu'il s'en rencontre souvent ici , se présente à nos regards : « Celui-là est bien grand , dira-t-il après l'avoir admiré avec moi, à qui tant de merveilles n'ont coûté qu^une parole. » Si Fon parle devant lui de la naissance d'un enfant, il reportera tout de suite vos pensées sur la Religion en disant ; « C'est un héritier du ciel ou de Tcnfer : ses actions en 'décideront. » Toutes ces réflexions, comme tu le vois, ne sont que de simples phrases amenées par la circonstance, et qui n'interrompent la conversation que pour un moment bien court; mais elles réveillent en moi le souvenir des vérités dont il m'a déjà entretenu, et les rappellent ainsi forcément à mes méditations.

Quelquefois aussi elles donnent lieu à de plus amples développemens, je ne t'en citerai que l'exemple suivant, comme le plus frappant. Je rentrois un jour d'une chasse au courre, extrêmement fatigante, que je venois de faire, et dans laquelle je m'étois beaucoup amusé ; au dîner, je me louai de ma journée, et je parlai avec chaleur du plaisir que j'avois eu. Tu ne te douterois pas, sans doute, qu'on pût trouver là matière à une instruction religieuse; tu vas voir cependant comme mon oncle sait tirer parti de tout. A chaque description que je faisois des agrémens que j'avois eus dans cette chasse, il me répondoit par des doléances sur ma fatigue, sur les dangers que i'avois courus, sur quelques égratignures que

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j'avois reçues en traversant les taillis. Ces complaintes, qui ne lui étoient pas ordinaires, me firent soupçonner qu'il avoit quelque intention secrète , en me parlant ainsi. Ne pouvant la prévoir; je me bornai à lui répondre que c'étoient justement ces fatigues et ces dangers qui donnoient du prix à ce genre de plaisir : « Le beau mérite vraiment, ajoutai-je, que celui de forcer un lièvre enfermé dans une chambre! — J'en conviens, reprit mon oncle, mais il n'en est pas moins vrai que vous êtes fatigué, barrasse; que vo^is avex souffert de la faim et de la soif; que vous êtes blessé en plusieurs endroits , et que vous s^ez plusieurs fois couru risque de vous rompre le cmi en franchissant les fossés, en gravissant otu descendant les montagnes avec trop de rapidité : un pareil métier seroit un véritable supplice pour celui qui seroit forcé de s'y livrer sans en avoir le goût. — Obi pour cela, lui répondisie,vous avez parfaitement raison ; je plaindrois bien celui qui feroit par nécessité tout ce que j'ai fait aujourd'hui par partie de plaisir. — Eh bien, mon ami, contiuua-t-il, voilà comme il est vrai de dire qu'un chrétien est heureux dans ce monde, malgré toutes les épreuves auxquelles il plaît au del de le soumettre. Il les .supporte avec joie dans la vue du but auquel il aspire , comme vous avez aipporté avec joie les fatigues ht les dangers de votre chasse dans l'espérance du moment de plaisir qui devoit la terminer. La seule différence qni existe entre vous et lui, et qui est toute à son avantage , c'est que le plaisir que vous re-

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cherchez est beaucoup plus court que la peine que vous prenez , et que la récompense, au con»traire, qu'il attend, est d'une durée incomparablement plus longue que celle des peines qui la lui auront acquise : eu d'autres termes , vous vous applaudissez de sept ou huit heures de fatigiœ qui vous ont valu un quart d'heure de jouissance, et lui s'applaudit, avec bien plus déraison, d'une vie de souffrances qui lui vaudra une éternité de bonheur. »

Avois-tu jamais pensé a cette comparaison , mon ami ? Conviens qu'elle est bien faite pour nous détromper des fausses terreurs que nous donnoient à tous deux les obligations d'une vie chrétienne. On ne veut penser qu'aux privations que la Religion impose , et on oublie les motifs qu'elle nous donne pour les supporter avec joie : c'est ne regarder la chose que d'un coté, comme celui qui ne verroit dans la plus belle chasse du monde que les fatigues qu'elle occasionne.

Tu conçois combien de telles réflexions , que mon oncle ne perd aucune occasion de me suggérer, augmentent encore mon désir de fixer enfin mon irrésolution sur un sujet aussi important, et tu ne t'étonneras plus de ce que je disois au commencement de cette lettre, qu'il se passe maintenant peu de jours où je n'aie avec lui quelque conversation intéressante. Je pense que tu me sauras gré de te rapporter la dernière que nous eûmes , et qui roula sur une pratique de la Religion dont nous avons bien souvent fait l'objet de nos railleries. Comme c'est une de celles qui

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me paroissent le plus coûteuses, je tecois singulièrement à bien éclaircir tous mes doutes à son sujet, et j'espère que tu ne liras pas sans intérêt les réponses que mon o^cle m'y fît.

Tu prévois déjà sans doute que je veux parler de la confession. C'est bien effectivement l'obligation la plus pénible de toutes celles que la Religion nous impose, et il faut une foi bien entière pour se résigner aux aveux humilians qu'elle exige. Cette pensée, que je devrois m'y soumettre comme un autre, si je voulois réellement me convertir, me tourmentoit depuis quelques jours ; avant-hier, l'occasion d'en causer avec mon oncle se présenta d'elle-même, et je m'empressai d'en profiter. Il avoit eu à diner un prêtre des environs, dont je Ta vois souvent entendu parler avec éloge, et pour lequel il paroissoit avoir une grande estime. Lorsque nous fumes seuls le soir, je lui demandai quel étoit cet ecclésiastique. — « C'est le curé de Bomel, me répondit-il. — Vous ie connoissez donc particulièrement, continuaije, car je vous en ai souvent entendu parler? — Effectivement, reprit-il, je le connoîs beaucoup, mais il me connoît encore mieux, car il est mon confesseur... Et quand vous voudrez, ajouta-t-il après une pause d'un mom.eDt, il sera aussi le vôtre. » Je ne pus m'empêcher de rougir un peu à cette proposition inattendue : a Ce n'est pas l'affaire d'un moment, lui dis-je, qu'une pareille décision. Les erreurs dont vous m'avez détrompé, depuis que je suis auprès de vous, me donnent bien, à la vérité, l'espoir que vous me

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détromperez également des autres \ mais enfm celles-ci subsistent encore dans mon esprit, et tant qu'elles ne seront pas toutes détruites , cette démarche ne sauroit avoir aucun bon résultat. — Mon ami, me répoudit-il, les hommes peuvent convaincre, mais Dieu seul peut persuader : j'agirai inutilement sur votre esprit; s'il ne touche en même temps votre cœur. A une objection réfutée en succédera une autre, et quand nous pourrions parcourir en entier leur interminable cercle, nous ne serions pas plus avancés à la fin de cet immense travail qu'au commencement, parce que c'est votre cœur bien plus que votre esprit qui fait votre incrédulité. Mettez d'abord votre âme en état de croire , et vous reconnoîtrez facilement ensuite combien sont futiles toutes ces difficultés dont votre imagination abusée vous fait aujourd'hui autant de monstres.

— Mais enfin , lui observai -je , il faut au moins croire à la nécessité de la confession , avant de se confesser; et j'ai là dessus plusieurs explications à vous demander..,

— Je ne refuse pas, reprit-il, de vous donner toutes celles que vous pourrez désirer; mais avant tout , écoutez une histoire que j'ai lue dans Le Comte de Valmontj et qui me paroît avoir une grande ressemblance avec votre position actuelle-

. «Un lieutenant-général, plein d'estime pour Wii officier que le maréchal de Saxe honoroit de sa confiance, lui avoit fait part Je ses doutes sur la Religion. Cet officier, aussi distingué par sa

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piété que par sa valeur, Tavoit porté à s'éclairer sur au objet si important. Vaincu par ses sollicitations , il s'étoitdéterminé à conférer, à plusieurs reprises , avec le Père de Neuville, avec le Père Renaud j et malgré la solidité de leurs raisonnemens , il n'avoit pu parvenir à la convictioa , lorsque l'officier, faisant un dernier effort , l'engagea à s'adresser à un ecclésiastique qu'il avoit choisi pour son confesseur. Le lieutenant-général alla le voir de sa part. Il lui dit ce qui Tamenoit et les démarches infructueuses qu'il avoit faites pour dissiper ses doutes. Monsieur, lui répondit Tecclésiastique , que pourrois-je vous dire de plus que ce que vous ont dit un Père de Neuville , un Père Renaud? Et quels raisonnemens pourrois-J€ faire qui eussent plus de force que ceux qu'ils ont employés pour vous convaincre? Il ne me rest« plus qu'une ressource -, daignez en faire l'épreuve. Entrez dans mon oratoire ; prions le Seigneur qu'il éclaire votre esprit, qu'il touche votre cœur, et commencez par vous confesser. — Moi î Monsieur, età peinecrois-je en Dieu. — Vous y croyez, Monsieur, et àtoute la Religion, plus que vous ne pensez. Mettez-vous à genoux; faites le signe de la croix : je vais vous rappeler votre œnfîteor et vous interroger. Après bien des marques d'étonnement qui ne paroissoient que trop fondées , bien des répétitions sur ses doutes, et même sur son incrédulité, bien des contestations et des difficultés, notre militaire obéit enfin et répondit naïvement aux différentes questions qu'on lui fit. On fixa avec lui l'époque de ses premiers égaremensj ca

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on entra dans quelques détails sur les désordres qui en avoient été la suite. Insensiblement le cœur de cet homme s'ouvrit , sa voix commença à s'altérer, quelques larmes s'échappèrent de ses yeux malgré lui. L'ecclésiastique, s'apercevant de son trouble, cessa les questions, et se livrant à toute l'ardeur de son zèle, fît une exhortation vive et touchante, qui acheva ce que ses interrogations et de premiers aveux avoient commencé. « 0 mon Père ! lui dit le pénitent à travers mille sanglots, vous avez pris Tunique route qui pouvoit conduire à mon cœur. Je suis un malheureux que les passions seules avoient égaré, qui portoit son juge au fond de sa conscience et en étoulToit la voix , qui n'osoit s'avouer ses crimes à lui-même, et qui aimoit mieux ne rien croire que d'être forcé de bien vivre. Dès demain je reviendrai vous trouver, et je vous ferai une confession plus étendue. » Il la fit avec les sentimens de la componction la plus vive et mourut quelques années après dans tous les exercices de la pénitence et d'une vie vraiment chrétienne. »

» Je conviens, lui dis-je après avoir entendu son récit, que ma position a beaucoup de ressemblance avec celle de cet officier, et j'espère que Dieu me fera la même grâce qu'à lui. Mais enfin, puisque ce ne peut être pour ce soir, veuillez aider à ma résolution en me donnant quelques explications dont j'ai besoin : il est si dur d'aller s'humilier devant un homme qui n'est pas plus que nous, que quelque répugnance doit bien être

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permise avant de prendre une déterminalion aussi douteuse.

. — Quelle pitoyable raison de votre répugnance me donnez-vous là, mon cher Alphonse! Quoi ! celui à qui Jésus-Christ a confié le pouvoir de remettre ou de retenir vos péchés j. celui qui , au tribunal de la pénitence représente votre Dieu lui-même, celui qui vous parle en son nom, celui qu'il a revêtu du droit de vous condamner ou de vous absoudre , celui-là n^est pas plus que vous î

— ^Mais il est un homme comme moi , un pécheur comme moi, souvent même inférieur- en talens, en esprit, en connoissances, en vertus, en dignités à celui dont il entend la confession , et qu'il tient devant lui dans une posture si humble.

— J'accorde tout cela, et je vous répondrai que partout ailleurs il pourra être son inférieur; mais au tribunal de la pénitence toutes ces distinctions s^évanouissent : le pénitent, fùt-il roi, fût-il le pape lui-même, n'est plus qu'un pécheur qui vient demander le pardon de ses fautes; et le confesseur est le représentant de Jésus-Christ : c'est donc au premier qu'il convient de s'humilier devant son juge.

— J'ai quelquefois entendu traiter cette question par Boisemont, et je me rappelle très-bien qu'il prétendoit que la confession n'étoit nuUemett d'institution divine; qu'on n'en voyoit aucune trace dans les trois premiers siècles de l'Eglise, et qu''ainsi elle étoit évidemment une ^rc invention des prêtres.

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— Que vouloient donc dire ces paroles de Jésus-Christ: <( Tout ce que vous lierez ou délierez sur la terre sera lié ou délié dans le ciel... Recevez le Saint-Esprit : les péchés seront remis à ceux auxquels vous les remettrez, et lisseront retenus à ceux auxquels vous les retiendrez? » Quel usage les apôtres et leurs successeurs auroient-ils pu faire de ce pouvoir, pour des péchés qu'ils n'auroient pas connus, et comment pouvoient-ils les connoître autrement «pie par la confession?

Pour se convaincre que c'est ainsi qu'on l'a entendu dès les premiers jours de TEglise naissante, il ne faut qu'ouvrir nos livres saints. Nous lisons en elTt-t dans les Actes des Apôtres (i), qu'une foule de fidèles venoient trouver saint Paul , confessoient et accusoient leurs péchés. Nous trouvons également dans saint Jean (2) ces paroles tout aussi formelles : a Si nous confessons nos péchés, Dieu juste et fidèle nous les remettra.» Dès le premier siècle, saint Barnabe disoit : « Vous confesserez vos péchés (3)»; et saint Clément s'exprimoit de même: « Convertissez-vous, écrivoit-il; car lorsque nous serons sortis de ce monde , nous ne pourrons plus nous confesser ni faire pénitence (4)- '> Au second siècle, saint Irénée, TcrtuUien, Origène tiennent le même

(0 Ch. 19, v. 18.

(2)Ch. 1, V. 9.

(5) Lettre d." 19.

(4) Epist, 2, n." 8.

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langage. Quelle impudence , après de telles autorités, d^oser avancer qu'on ne trouve aucune trace de la confession dans les trois premiers siècles de l'Eglise.

— Je me rappelle très-bien que la personne avec qui Boisemont discutoit cette matière lui fit à peu près les mêmes réponses que vous venez de me faire; mais je me rappelle très-bien aussi qu'il n'en fut pas embarrassé , et qu'il soutint que ce terme de confession employé par les anciens ne signifioit que la confession publique que les premiers chrétiens faisoient par humilité, mais nullement la confession auriculaire, telle que les prêtres l'entendent maintenant. Son adversaire ne sut que lui répondre, et nous lui donnâmes gain de cause.

' — Heureusement, reprît mon oncle, qu'il y a lieu à appel -, car jamais cause ne fut plus mal jugée. Je pourrois me borner à vous dire : La confession a été ordonnée par Jésus-Christ; c'est ce qui résulte évidemment des paroles que je vous ai citées , et de la pratique constante des apôtres et des premiers fidèles que vous êtes forcé d'avouer. Jésus-Christ n'a pas expliqué si elle devroit être publique ou secrète. Elle fut publique dans les premiers temps , parce que tous les chrétiens d''alors étant des saints, leurs péchés étoient nécessairement bien légers , et la confession publique qu'ils en faisoient pouvoit entretenir leur ferveur et leur humilité, sans occasioner de grands désordres dans la société. Mais , lorsque cette première ferveur fut passée , et que les cri-

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mes devinrent ])lus fréquens, ce mode de confession devint sujet à de grands inconvéniens ; et l'Eglise j toujours tendre mère j usant de Faulorité dont son divin fondateur Tavoit investie, supprima leur publicité et ordonna qu'elles ne seroient plus faites qu'à un prêtre, et sous le sceau du secret le plus inviolable. Où trouveriez vous en effet dans cette explication, la moindre induction défavorable à la nécessité de la confession auriculaire? Voudriez- vous faire un crime à l'Eglise de sa sagesse et de sa prévoyance ? Et vous qui trouvez déjà si dur de révéler vos fautes à un prêtre, qui n'a même pas la permission d'y penser hors du moment de la confession, direz-vous que vous aimeriez mieux les accuser à haute voix , au miheu de tous les fidèles rassemblés dans l'église? Vous ne pouvez cependant, d'après vos propres aveux, vous soustraire à cette dernière obligation qu'en acceptant la première.

» Toutefois ce que je viens de vous dire n'est cependant encore qu'une partie de la vérité, car si les premiers chrétiens pratiquoient la confession publique, Ils ne pratiquoient pas moins aussi la confession aurlculalrfi. C'est ce qui résulte des écrits d'Origène, de saint Cyprien, de saint Grégoire de Nysse,de saint Basile, de saint Ambrolse, de saint Paulin, de saint Léon, et de Lien d'autres encore. J'ai leurs ouvrages Ici, cl j'offre de vous prouver la vérité de ce que j'avance.

— Je n'en doute nullement , lui répondis-je , puisque vous me l'assurez. Mais ne peut-on pas

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dire que ce qui éloit bon autrefois, avec les mœurs pures des premiers chrétiens, ne Test plus aujourd'hui, avec nos mœurs corrompues? Ne convenez-vous pas avec moi que si cette pratique est salutaiie à quelques bonnes âmes, elle est une source de désordres pour bien d'autres? Je me rappelle fort bien d'avoir entendu dire qu'il y a moins de vices chez les protestans depuis qu'ils l'ont abolie.

— Si vous prenez pour des vérités constatées tout ce qu'il plaira au premier venu d'avancer, je vous plains, m.on pauvre Alphonse j il n'y a pas alors d'erreurs que vous ne soyez prêt à adopter. Ce qu'on vous a dit des protestans est tellement faux que plusieurs fois ils se sont repentis d'avoir aboli la confession. Ceux de Nuremberg envoyèrent une ambassade à Charles- Quint, pour le prier de la rétablir chez eux par un édit (i). Ceux de Strasbourg ont également désiré la remettre en usage (2). En Suède , elle a été conservée, parce que c'est un des articles dont on étoit convenu dans la confession d'Augsbourg (3). En Prusse, elle a été également conservée; et Mosheim blâme un ministre de Berlin qui s'avisa de prêcher contre cet usage (4). Ajoutez à toutes ces preuves que plusieurs de leurs

(i) Soto,in-4° flis. 18, q. t, art. 1.

(2) Lettres du P. Schesmacher, 4^ lettre^ § 3,

(3) Bossuet. Hist. des Var. 1. 3 , n. 46. i

(4) Hist. Eccl. du i;* siècle, sect. 2 ,2 part., Cl, § 5.

écrivains sont convenus du dérèglement des mœurs dont l'abolition de cette pratique a été suivie; et croyez encore après cela, sans examen, a tout ce qu'on viendra vous débiter contre la confession, et en général, contre la Religion. )) Les incrédules, je le sais, ont fait grand bruit de quelques désordres occasionés par la confession. Mais ces exemples sont rares et leurs effets passagers; au lieu que les biens qu'elle produit sont nombreux et continuels. Elle est un frein à la licence, une source féconde de sages conseils , une sensible consolation pour les âmes affligées de leurs pécbés ; c'est elle qui cultive les semences de piété dans les âmes bien nées , qui instruit ou avertit les fidèles de leurs devoirs, qui donne un appui à l'innocence, qui entretient i'amour de la concorde, de la subordination et de la justice j c'est à son beureuse influence enfin que nous devons la répression de tous les vices , la réparation de tous les crimes et l'encouragement de toutes les vertus. Aussi Lutber, le fougueux Luther luimême, voulut-il la conserver : « Plutôt, disoit-il, je consentirois à la tyrannie du pape que de souffrir l'abolition delà confession (i). )) Et il avoit raison ; car s'il falloit renoncer à toutes les choses qui sont susceptibles d'abus, je ne sais pas quelle est celle de nos institutions, de nos lois et même de nos actions les plus simples qui résisteroit à cette épreuve. Je voudrois bien voir quelqu'un de

(i) Collecl. des Ecrit. Allcm. de Luther, vol. 2, pag. 272.

ces impies si faciles à se scandaliser de ce qu'ils appellent les abus de la confession, conséquens avec leurs principes , se refuser à boire et à manger, parce que quelques gourmands sont morts de leurs excès. »

Pèse toutes ces raisons, Forlis, et quoi qu'elles puissent l'imposer de dur et de gênant, si tu veux les méditer sans prévention , je ne doute pas qu'elles ne fassent sur toi la même impression qu'elles ont faite sur moi.

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