LETTRE VINGT-UNÏÈ]\IE
Surville, ce 20 novembre 1827.
Je regrette comme toi, mon cher ami , la fin déplorable du pauvre Boisemont, et je ne puis penser sans effroi au jugement rigoureux qu'il aura eu à subir devant Dieu. Sa mère est bien coupable sans doute, mais Test-il moins, lui qui a renié sa Religion volontairement , et lorsque
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déjà il avoit appris à la connoître et à Taimer? L'amour des plaisirs l'a emporté chez lui sur l'amour de son Dieu •, il a cru pouvoir être heureux sans lui, et après quelques courts instans d'une vie agitée, il n'a plus trouvé de remède contre la misère et l'opprobre qui le pressoient que dans un afFreux suicide qui ne le délivre dt3 ses maux ici bas que pour le précipiter, pendant une éternité entière, et sans espoir d'adouclssementj dans de bien plus grands encore.Plaignonsle,mon ami; mais que son exemple soit pour nous une utile leçon. Comme lui nous avons oublié notre Dieu ; comme lui nous avons mérité toutes ses vengeances; comme lui encore, et comme tant d'autres qui , sans mourir d'une mort aussi déplorable, sont cependant enlevés du monde à la fleur de leur âge, nous pouvions périr victimes de quelque accident imprévu , nous vivons néanmoins ! L'heure du repentir et de la réparation nous est accordée , sachons en profiler, et n'augmentons pas, par le mépris que nous ferions d'une aussi grande grâce, les terribles vengeances que Dieu auroit à exercer sur nous.
En m'entendant parler ainsi, tu me croiras sans doute beaucoup plus avancé que je ne suis. Que notre foiblesse pour le bien est grande, mon ami , et que l'empire du mal est fort sur nous ! Oh! qu'ils sont imprudens ceux qui donnent quelque entrée au vice dans leur cœur, s'ima^inant qu'ils seront toujours les maîtres de réformer plus tard leur conduite et de réparer leurs
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erreurs! C'est un feu qu'ils allument sur un amas de paille sèche, et qui ne s'éteindra que lorsqu'il aura tout dévoré. Au moment où je t'écris ces lignes, où mon esprit ne forme plus aucun doute sur la vérité de la Religion , où tons mes préjugés contre elle sont dissipés ; lorsque tous les exemples que j'ai sous les yeux m'en inspirent l'amour ; lorsque je suis continuellement pressé de me jeter dans ses bras, par un oncle que je révère; j'hésite encore, je balance, je retarde. Queferoient donc tous ceux qui n'auroîent pas les puissans secours que je trouve ici? Tel est cependant mon état. Sans cesse flottant entre le bien que je désire faire etje mal auquel je n'ai pas la force de renoncer; j'éprouve un combat continuel et désespérant entrejnes passions et ma raison. J'ai jusqu'à ce jour, inventé des prétextes pour ra'excuser à moi-même les délais que j'apporte h ma détermination , que je crains et que je désire tout à la fois; les derniers qu'ait pu ma fournir mon imagination viennent d'être réfutés par mon oncle, mon esprit est satisfait, il accuse mes lenteurs et mes irrésolutions; ma raison me condamne, et cependant je résiste encore. L'éternité toute entière m'apparoît d'un côté, pleine de joies ineffables ou de tourmeos indicibles; selon le parti que je prendrai; de l'autre côté, je ne vois que ces misérables plaisirs du monde, si courts , si trompeurs , et que j'ai déjà tant ^de fois maudits, et mon foible cœur n'a cependant pas la force de s'en arracher, pour se livrer tout entier à la conquête de ce sort glorieux et éternel qu'il désire et qu'il peiit s'assurer.
Sans doute , Forlis, tu éprouves les mêmes combats^ sans doute la conversation si instructive que tu as eue avec ton curé a mis le dernier sceau à ta conviciion , et tu n'as plus comme moi qu'à vaincre ces hésitations qui précèdent toujours les grandes déterminations'; cependant je crois qiietu ne liras pas sans intérêt le récit de la dernière discussion que j'ai eue avec mon oncle. Je désire qu'il soit inutile maintenant pour hâter ta résolution; mais si elle n'étoit pas encore bien arrêtée dans ton esprit, tu ne pourrois qu'y trouver un motif de plus pour ne pas la retarder davantage, et c'est dans cette intention que je vais t'en donner le précis.
Je n'avoisplusqu'uneseide objection à opposer aux instances de mon oncle qui me presse plus fort maintenant de jour en jour d'abjurer mon incrédulité et de vivre désormais en bon chrétien \ c'étoit comme un dernier moyen de défense que je ménageois pour le moment où tous les autres seroient épuisés et qui m'autorisoît à ne pas trop m'inquiéter jusque là des défaites successives que j'éprouvois. Je me vis enfin forcé, il y a peu de jours , d'en faire usage, et j'expliquai à mon oncle , qui continuoit à me presser, la difficulté que j'éprouvois à croire on des mystères que je ne pouvois concevoir : (( Cepcndar.t, rae répondit-il,, il n'arrive à leur égard qric ce que nous voyons tous les jours dans les opérations de la nature. Savons-nous comment nous avons reçu la vie et quels ressorts la soutiennent? Savons-nous comment nos alimens se changent en
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chyle, en sang, en nourriture, comment nos membres obéissent incontinent à notre volonté, et parce que nous ne comprenons pas tous ces efiets, refusons-nous de les croire? Par quel aveugle délire, nous, dont la foible intelligence vient échouer devant un grain de sable, voudrions-nous concevoir l'infini? V^ous le savez, mon ami, nous ne concevons rien que par analogie, tout ce qui n'a pour nous d'objet de comparaison nous est nécessairement incompréhensible : or, dites-moi avec quoi vous voulez comparer les attributs de Dieu avec une justesse parfaire, et si vous ne le pouvez, convenez alors forcément que vous ne pouvez croire en lui , sans croire en des mystères.
— ^Du moins , lui répliquaije, ces mystères ne devroient-ils pas répugner à ma raison, à cette raison que je ne me suis pas donnée moi-même , et qui ne m'a été accordée que pour juger du bien et du mal, du vrai et du faux )>.
— Avant de faire intervenir ainsi votre raison pour réclamer des droits , avez-vous apprécié bien au juste , mon ami , ce qu'elle est par ellemême? Le déiste l'élève jusqu'aux nues, Tathée la rabaisse au-dessous de l'instinct des brutes , et tous deux ont également tort : le premier l'envisage chez celui qu'une heureuse intelligence et de longues études ont mis à même de s'élever aux plus hautes conceptions : le second la considère chez l'homme sauvage et sans aucune éducation -, mais entre ces deux extrêmes il est une foule de gradations : la raison du philoso-
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phe n'est pas celle de Fartisan -, Tàge , la condition . la fortune , la santé, le sexe, le climat, l'éducation et mille autres causes encore influent nécessairement sur elle, et vous voudriez prendre pour juge, dans une question de cette importance, une faculté que tant de causes augmentent, diminuent, altèrent et modifient en tant de manières! Mais songez-donc que c'est prendre une règle nécessairement variable à l'infini , pour juger uue chose nécessairement invariable. Votre prétention n'iroit à rien moins qu'à justifier les plus monstrueuses erreurs du polythéisme , de l'idolâtrie et des cultes les plus insensés et les plus barbares que l'imagination de l'homme pourroit enfanter. Les peuples qui croyoient et qui croient encore honorer leurs dieux par la prostitution, par le meurtre, ou par mille autres horreurs semblables , ne s'imaginoient pas sans doute, et ne s'imaginent pas encore avoir un culte contraire à la raison.
nMainlenant, voulez-vous que pour vous apprendre à apprécier ses droits, je vous dise ce qu'elle est , cette raison pour laquelle vous avez de si hautes prélentions ? Le voici; elle est la faculté d'être instruit , et de sentir la vérité lorsqu'elle nous est proposée ; mais pour lui attribuer le pouvoir de nous faire découvrir toute vérité par nous-mêmes, et sans aucun secours étranger, ilfar.droit, de toute nécessité, lui attribuer l'infaillibilité , et quel homme osa et osera jamais se proclamer infaillible dans ses conceptions
» Cette définition voiis humilie pent-ctre: cependant avant de pouvoir la contester, il faut que vous puissiez prouver au moins une seule vérité moiale due aux découvertes de l'homme. Certes, depuis tant de milliers d'années que les philosophes écrivent, raisonnent et déraisonnent, si la chose étoit possihle, ils Tsuroient faite maintenant, et s'ils n'y ont pas encore réussi, c'est qu'elle passe évidemment les hornes de leur intelligence.
wSidonc, comme personne ne^sauroit le contester, la raison de l'homme ne peut qu'apprécier les vérités qui lui sont proposées, sans avoir la force d'en découvrir jamais une seule par elle-même, que devient sa prétendue répugnance à croire en des mystères dont l'existence lui est révélée , mais dont rexplication lui est refusée? Elle admet ceux de la nature , sur le rapport de ses sens , pourquoi n'adraettroit-elle pas ceux de la Religion sur la parole d'un Dieu?
— Parce que les premiers , lui oLservai-je , n'emportant pas avec eux des idées contradictoires, comme les seconds, n'ont , par conséquent, rien qui la révolte
— Dites plutôt , me répondit-il , qu'ils révoltent l'orgueil de la raison , et non pas la raison considérée en elle-même . en effet, suivant la remarque d'un savant auteur.
)) La création révolte l'athée, et ne révolte pas le théiste, qui reconnoît un Dieu créateur.
))Le dogme de la Providence révolte le théiste, qui pense que Dieu est trop grand pour se mêler
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(les choses du monde j et il ne révolte pas le déiste j qui croit qu'un Dieu qui a créé le monde doit à SCS attributs de le gouverner par sa providence,
» Le dogme d'une Religion révéL'e révolte le déiste, qui croit que la révélation anéantiroit la raison , mais il ne révolte pas le juif qui l'admet.
j)Le dogme de l'incarnation du Verbe révolte le juif, et ne révolte pas le chrétien.
»Lc dogme de la présence réelle révolte le calviniste, et ne révolte pas le luthérien.
»Le dogme de la transsubstantiation révolte le luthéiien , et ne révolte pas le catholique.
))0r ce conflit de sentimens sur les mystères de la Religion prouve évidemment qu'il n'y a aucune contradiction démontrée, parce que la raison étant commune dans tous les hommes, le plus grand nombre au moins devroit être frappé de cette contiadiction (i).
» Pourquoi, se demande un autre auteur, les incrédules trouvent- ils des contradictions dans nos mystères? parce qu'ils les comparent, répond-il , à des objets auxquels ces dogmes ne doivent pas être comparés. Si l'on se forme de Id nature et delà personne divine la même Idée que nous avons de la nature et de la personne humaine, on trouvera de la contradiction à dire que trois personnes divines no sont pas trois dieux , de même que trois personnes humaines sont trois hommes; et l'on conclura encore que
(i) Dom Jamin. Pensées lliéolog., cl). 12.
deux natures en Jésus-Christ sont deux personnes. Mais la comparaison entre une nature infinie et une nature bornée est évidemment fausse. Lorsque nous comparons la manière d'être du corps de Jésus-Christ dans l'eucharistie, à la manière dont les autres corps existent, ils nous paroîtque ce corps ne peut pas se trouver en plusieurs lieux au même moment, ni être socs les qualités sensibles du pain , sans que la substance du pain y soit aussi. Mais nous ignoroais en quoi consiste la substance des corps séparés de leurs qualités sensibles, et nous avons tort de comparer le corps sacramentel de Jésus- Christ aux autres corps (i).
— Mais toutes les Religions fausses sont remplies de mystères , et c'est une fâcheuse ressemblance pour la nôtre.
— Cette ressemblance, au contraire, méfait plaisir ; car elle prouve que les hommes ont toujours avoué qu'ils étoient incapables de con • noBtre tous les secrets de la Divinité, et j'y trouve un argument de plus contre les prétentions des incrédules, sans y apercevoir rien de fâcheux pour nos mystères, qui n'ont, dans leur objet, ni dans leurs effets, aucune espèce de conformité avec ceux des autres Religions. Ceuxci sont absurdes et scandaleux*, ils corrompent les mœurs et dégradent Thomme : les nôtres ont changé en mieux les mœurs des nations qui les
(i) Bergicr. Diclion. théolog., art. Mystères.
ont reçus , et la Religion qu'ils établissent , a fait pratiquer des vertus inconnues jusqu'alors.
— Cependant il est vrai de dire aussi qu'ils ont souvent excité des disputes et même des guerres sanglantes; poussés par un faux zèle, et faisant consister leur Religion dans l'orthodoxie de leur foi , les catholiques se sont persuadés que tout leur étoit permis contre ceux qui ne partageoient pas leur croyance.
— Vous ne vous apercevez-donc pas , mon ami, me répondit mon oncle, que vous défendez en même temps que vous attaquez, et même que vous donnez la meilleure réponse que Ton puisse faire à l'objection que vous proposez : Si, en effet, c'étoit un faux zèle qui portoit les catholiques aux excès que vous déplorez , ce n'étoient donc plus leur Religion , ni la croyance de ses mystères qui les leur conseilloient ; on i>e peut donc plus les attribuer qu'à Tignorance, au fanatisme et à la superstition , qui, dans tous les temps, ont trouvé un facile accès dans le cœur de l'homme , qui ne sont nullement un caractère particulier à la Religion chrétienne, et qui sti retrouvent également dans toutes les autres : les Égyptiens, en effet , ne se battoient-ils pas pour leurs animaux sacrés ? Les Perses ne brûlèrentils pas les temples des Grecs par zèle pour le culte du feu! N'a-t-on pas vu plus d'une fois les Tartares en campagne pour venger une insulte faite à leur idole, et les Mexicains n'eiitreprenoient-ils pas des guerres pour avoir des victimes humaines à immoler dans leurs temples .•*
Loin que la Religion chrétienne soit favorable à de tels excès, elle les a, au contraire, détruits par tout où elle s'est établie j et si, passagèrement et rarement , quelques-uns de ses disciples ont paru les renouveler, ils agissoient évidemment contre son esprit; car nous lisons presque à chaque page de l'Évangile que la foi ne sert de rien sans la pratique des vertus , et , de tous les préceptes qu'il nous donne, l'amour du prochain est, après l'amour de Dieu, celui sur lequel il insiste le plus.
— ' Mais enfin , à quoi bon des mystères "^ Je ne vois pas quel avantage le chrétien peut en retirer, et la Religion seroit bien plus brillante de clarté sans robscurité qu'ils viennent y mêler.
— En parlant ainsi , mon ami. vous montrez que vous avez encore bien peu médité votre Religion ; car ses mystères que vous lui reprochez comme inutiles , ne nous sont point uniquement proposés comme des dogmes de foi purement spéculatifs, mais aussi comme des ob^ jets d'admiration, d'amour et de reconnais sance. Réfléchissez seulement sur celui de la sainte Trinité, sur lequel repose tout l'édifice de notre Religion , et vous reconnoîtrez combien les idées qu'il vous inspirera seront grandes et sublimes, affectueuses et consolantes; combien elles élèveront votre âme et l'attendriront, a Dieu, éternellement heureux en lui-même, a créé le monde par son Verbe éternel; c'est par lui qu'il le conserve et le gouverne. Le Verbe divin, consubsîanticl au Père, a daigné se faire homine,
se revêtir de notre chair et de nos foiblesses , habiter parmi nous, pour nous servir de maître cl de modèle ; il s'est livré à la mort pour nous ; il se donne encore à nous sous la forme d'un aliment, afin de nous unir plus étroftemeiît à lui. L'Esprit divin 5 amour essentiel du Père et du Filsj après avoir parlé aux hommes par les pro- ])hètes5 a été envoyé pour nous éclairer et nous iiisfruire; communiqué par les sacreaiens , il opère en nous par sa grâce , et préside à l'enseignement de l'Église ))(i). Ne sont-ce pas là, mon ami, des pensées bien capables d'entretenir, de fortifier notre piété? « Dieu, tout grand qu'il est, s'est occupé de nous de tonte éternité j tout son être, pour ainsi dire, s'est approprié à nous; l'horarae, quoique foible et pécheur, est toujours cher à Dieu j par les excès de sa bonté pour nous, nous pouvons juger de la grandeur du bonheur qu"*!! nous destine. Il n'est pas étonnant que cette doctrine ait fait des saints »Î2\
))Vous dites encore que la Religion seroit bien plus brillante de clarté sans l'obscurité que les mystères viennent y mêler : mais vous ne faites pas attention que Dieu ne seroit plus Dieu si la Religion étoit sans mystères -, car dès lors que sa nature et ses ouvrages n'auroient rien de supérieur aux lumières de notre foible raison, il ne sei'oit plus l'Etre infini, et ses œuvres, devenues pour nous d'une intelligence facile, ccsseroient
(i) Bergier, Dict. tliéol., art. Mystcrcj (2) Jdcm,Ibi(L
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d'être l'objet de notre admiration. A force de clarté, la Religion tomberoit bientôt dans le mépris, et elle ne tarderoit'pas à être réduite au même point où elle fut autrefois entre les mains des philosophes. Il a fallu que Dieu l'environnât de mystères pour la mettre à couvert de leurs sacrilèges entreprises.
— J'avoue, dis-je à mon oncle, que je n'ai rien à objecter à vos réponses qui me paraissent aussi satisfaisantes que possible; mais il ne m'en reste pas moins une secrète répugnance à adopter des choses que je ne conçois pas. Vous m'avez parlé des mystère de la nature, que je crois , sans les concevoir, cela est vrai; mais du moins j'en vois les effets; au lieu que, dans la Pieligion, je n'ai rien qui puisse forcer de même ma croyance.
*— Vous ne pensez pas sans doute ce que vous dites , Alphonse , me répondit mon oncle avec vivacité-, n'est-ce donc rien que la parole d'un Dieu qui vous les a révélés? Et parce qu'il n'a dû soulever qu'un coin du voile qui cache à vos foibles yeux son infinie majesté, oserez-vous l'accuser de mensonge ? a La Religion chrétienne.a deux faces, mon ami; l'une est lumineuse, l'autre ténébreuse. Qu'on la considère du côté de ses preuves, rien de plus brillant et de plus démonstratif: des miracles opérés au grand jour, et reconnus par ses ennemis comme par ses amis; des prophéties évidemment accomplies, des obstacles, invincibles à la prudence humaine, surmontés par ceux qui l'ont annoncée ; la rapidité de son progrés; sa fécondité dans le sein
même de la mort : tout enfin dépose d'une manière frappante en faveur de sa divinité. Qu'on la considère 5 au contraire, du côté de sa doctrine , on voit alors s'ouvrir un abîme de profondeur et de mystères : incompréhensibles 5 l'obscurité même. Mais ces deux faces étant intimement liées, la lumière de Tune [doit nous faire respecter les iciièbres de l'autre » (i).
C'en est donc fait, Forlis! il faut être chrétien , ou le plus inconséquent et le plus coupable de tous les hommes : plus d'objections , plus de doutes , plus de prétextes, plus de raisons de retard; mon oncle a pourvu à tout par les explications qu'il m'a données , et par les lectures qu'il m'a fait faire. Ce monde que j'aimois tant , il le faut quitter -, ces plaisirs que je trouvoîs si séduisans , il les faut abandonner ; ces habitudes qui ni'éloient si chères , il faut y renoncer ! Oh! que je connoisbois peu ma faiblesse, lorsque j'écrivois à Buisemout, il y a quelques mois seulement, que si je jugeois ces sacrifices nécessaires, je saurois les faire I Le moment en est arrivé ; ma raison est pleinement convaincue , mon esprit est entièrement satisfait -, je ne puis plus me dissimuler la nécessité de sortir de la route que j'ai suivie jusqu'à présent, et je recule, et j'hésite, et je retarde, et calculant le nombre des jours qu'il m'"est encore permis d'espérer, je me demande sans cesse qui
(i) Dom Jauiin. Pcn:*ce.s lliéol., uh. lu.
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peut me presser d'exécuter aussi prompîeinent une résolution aussi coûteuse î Dangereux plaisirs du monde, ob J que je voudrois ne vous avoir jamais connus! Mon oncle à qui je révèle toutes mes pensées, et qui me soutient dans ce pénible combat, me fait espérer que la grâce triompbera enfin dans mon cœur; Dieu veuille que ce soit promptement; car mon état est trop violent pour pouvoir durer long-temps.