‹ Alphonse de MirecourtChapitre 6 sur 21 · LETTRE NEUVIEME · texte numérisé non relu

LETTRE NEUVIEME

FORLÎS A ALPHONSE DE MIRECOIRT.

Marvitle, ce 4 octobre 182

BoisEMONT n'est plus ici, mon cherj il vient de partir pour un petit voyage en Italie, qu'il a résolu aussitôt que conçu. Depuis que nous étions ensemble à Marville, il m'a montré tes lettres , et comme il a vu que je les lisois avec intérêt, il me les a laissées, et m'a permis d'ouvrir celles que tu pourrois lui adresser encore avant d'avoir reçu la nouvelle de son départ. Je ne sais pourquoi il paroissoit en faire si peu de cas; je l'ai pressé plusieurs fois de m'en expliquer le motif, il a toujours éludé de répondre à ma question. Si j'avois une ^idée moins favorable de ses connoissances sur ce sujet, qu'il dit avoir étudié k fond, je croirois vraiment qu'il n'avoit rien de solide à répondre aux raisonnemens de ton oncle. Quant à moi qui ne me suis jamais amusé que de littérature, j'avoue franchement moi»

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ignorance sur ces matières, et c'est peut-être à elle que je dois rétonnement que j'éprouve en entendant défendre d'une manière qui me paroît si plausible une croyance que jusqu'alors j'avois tout au plus regardée comme bonne à contenir les 'passions du peuple et à occuper les loisirs de quelque vieille dévote, qui n'en est souvent pas meilleure pour cela. Quoi qu'il en soit, je ne te cache pas que tes lettres m'ont fait faire bien des réflexions qui !ie m'étoient point encore venues à Tespril , et tu me feras plaisir si tu veux me tenir au courant de tes discussions avec ton oncle. Je serai bien aise de savoir au juste ce que je dois penser dans une affaire dont je commence à comprendre toute l'importance.

Je n'ai pas de nouvelles bien intéressantes à te donner de notre voisinage, si ce n'est une petite chanson que j'ai faite pour le mariage de la jolie Amélie de Sombrive avec le capitaine Fombonne. Klle a été fort applaudie et m'a valu force complimens : je t'en envoie une copie pour que tu puisses m'en dire ton avis. Ce roué de Saint- Lambert refuse maintenant d'épouser mademoiselle de la Rivière, qui pourra bien être pour la petite retraite de six mois qu'elle a faite deinièrement; les épouseurs d'aujourd'hui n'aiment généralement pas une jeune personne qui se soustrait alasi, pendant un temps, à tous les regards. Les parens sont furieux, la belle délaissée se désole; Saint-Lambert reste également insensible aux menaces des uns et aux pleurs de l'autre. On prétend que c'est la marquise de Briquevilie

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qui , avant d'agréer ses soins, a exigé cette rupture. Ainsi va le monde, et eairenous, ton oncle n'a pas trop tort d'en dire tant de mal ; mais je n'ai ni fdle ni sœur, et tous ces malheurs-là ne sauroient m'atteindre.

Est-ce que tu as entendu dire que les affaires de Boisemont fussent en mauvais état? Il 3^ a des personnes qui se disent bien instruites et qui me blâment de lui avoir prêté dix-huit mille francs que je venois de recevoir d'une coupe de bois , et qu'il m'a demandés quelques jours avant son départ. Je le connois pour homme d'honneur, et de plus il est mon ami , je ne puis le croire capable d'avoir voulu me tromper. Ne te rappelles-tu pas d'ailleurs quelle étoit sa délicatesse , et avec quel plaisir il répétoil à tout propos que la seule religion nécessaire étoit la probiié.Ilfaudroit qu'il fiit un monstre d'hypocrisie et de scélératesse, pour se porter à une pareille action , avec les principes sévères qu'il professoit sur l'honneur. Malgré tous les avis qu'on m'a donnés, je me refuserai toujours à le soupçonner d'une pareille bassesse.

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