‹ Alphonse, ou, Puissance de la vertuChapitre 10 sur 139 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

quelquefois le moyen de se condamner à de petites pénitences : ce pauvre enfant se mortifiait pour se purifier de plus en plus et pour se préparer à recevoir dignement son Dieu.

Mais , s'il exerçait quelques duretés sur luimême , il était indulgent et bon pour les autres ; la compassion lui était si naturelle quelle semblait être sortie avec lui du sein de sa mère , et s'être accrue avec les années.

11 pensait que tous ceux qui étaient privés d'habits avaient le même droit que lui , de se vêtir de la toison de ses brebis ; et , sans jamais porter envie aux biens des riches , il eût volontiers partagé son petit patrimoine avec les indigens.

11 ne connaissait pas encore la lettre de l'évangile , il était pénétré de son esprit , tant était chrétienne l'éducation qu'il avait reçue dès le berceau , tant les leçons et les exemples qu'on lui avait donnés , avaient merveilleusement secondé l'action intérieure de la grâce et les heureuses dispositions de la nature.

Dans cet état d'honnêteté primitive , il ne mettait aucune différence entre un homme et un homme : tous les hommes lui paraissaient également les enfans de Dieu , les frères de Jésus-Christ; ils étaient tous à ses yeux comme les membres nombreux d'une grande famille : il savait seulement qu'ils étaient distingués par des différences sociales : il avait puisé , dans les images de l'autorité paternelle , toutes les idées qu'il s'était formées sur la nature de la puis-

sance humaine : ainsi il portait en lui-même le germe de cette obéissance qui fait l'honnête citoyen , et qui le rend d'autant plus noble qu'il est plus soumis aux lois ; car alors le principe de la soumission n'est pas l'intérêt ; elle n'a d'autre fondement que le sentiment du devoir , ou l'amour de la communauté.

Avec quel ordre devaient se combiner et s'arranger les élémens de la Religion , dans cet esprit , si heureusement doué , et déjà si bien préparé par les leçons paternelles !

Aussi vit-on le jeune Alphonse prendre toutà-coup l'essor , s'élever , dans les voies de la vertu , au-dessus des enfans de son âge , et les y entraîner par la force de ses exemples.

Dans cet âge heureux et expansif , on reçoit les impressions de la vertu avec la facilité que donne la souplesse des organes , et on les communique avec l'ascendant que donne l'intérêt et la tendresse qu'on inspire.

Du cœur des enfans les senlimens de la piété passèrent , comme par un mouvement électrique, dans le cœur des parens.

Le bon pasteur, M. de St.-Hilaire, était au comble de la joie , en voyant le renouvellement de toute sa paroisse.

Il associa, pour ainsi dire , le jeune Alphonse, principal auteur de ce changement , à son saint ministère : il en fit un petit Catéchiste ; il l'envoyait, dans les villages, répéter les leçons delà veille aux enfans de la pauvreté, que l'ignorance, IVtat de domesticité ou quelque disgrâce de la

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