LIVRE I
du jeune âge , il était devenu un homme parfait par l'élévation du sentiment et de la pensée.
Il répétait avec un charme admirable les histoires et les maximes qu'il avait entendues : son humeur agréable , son caractère de gaité lui gagnaient tous les cœurs, et il comptait autant d'amis qu'il y avait d'enfans au village.
Bon camarade , franc , loyal , généreux , il était impossible de résister à l'invincible attrait de sa candide conversation. Il n'avait aucune inclination basse , ses traits de vivacité ne ressentaient jamais la colère , ils annonçaient une âme chaleureuse et capable de s'élever à l'héroïsme de la vertu. La Providence , en effet , le destinait à devenir un des bienfaiteurs de l'humanité ; elle lui fit sentir de bonne heure que ce n'était qu'en devenant utile aux hommes qu'il pourrait vraiment glorifier Dieu.
L'époque de sa première communion approchait : il comprit toute l'importance de cet acte qui exerce une si grande influence sur la moralité d'un homme , sur sa vie tout entière , sur sa destinée éternelle : il fréquentait le catéchisme avec une sainte ardeur , avec un recueillement qui le rendit bientôt un objet d'édification pour la paroisse et un enfant de prédilection pour le pasteur modeste et saint qui dirigeait cet humble troupeau. 11 y donna des preuves d'une intelligence et d'une capacité supérieures à son âge : il gravait dans son esprit non-seulement les anecdotes que racontait le zélé pasteur pour fixer l'attention de son mobile
auditoire , mais encore les points de morale qu'il développait.
Le soir , lorsque les bons agriculteurs étaient rassemblés autour d'un large foyer où pétillaient quelques branches vertes , ce vénérable mentor de cette vertueuse famille prenait plaisir à provoquer le jeune Alphonse et à lui faire redire ce qu'il avait entendu au catéchisme ; ses frères d'abord profitèrent de ces exercices qui les charmaient et qui leur servaient de répétition .- les enfans des familles voisines s'y rendirent ensuite ; toute la jeunesse du village , enfin , excitée par une noble émulation , y accourut.
De pieux cantiques , une prière commune terminaient chaque soir ces veillées du hameau.
Ces concerts de prières et de louanges, partis de cœurs purs et naïfs , s'élevaient jusqu'au ciel d'où descendaient , en retour , les grâces dont étaient visiblement comblés ces heureux enfans.
L'esprit d'Alphonse s'ornait, sa raison s'éclairait , son cœur se fortifiait , et je ne sais quelle céleste onction remplissait son âme des plus douces jouissances ; naturellement expansif , il avouait , pourtant , qu'il ne pouvait exprimer tout son amour.
L'histoire des Martyrs enflammait son imagination , il eût désiré pouvoir , aussi lui , combattre jusqu'au sang , pour montrer sa fidélité à Jésus-Christ.
Malgré les privations continuelles que lui imposait la pauvreté de sa famille , il trouvait