‹ Alphonse, ou, Puissance de la vertuChapitre 100 sur 139 · LIVRE VII · texte numérisé non relu

LIVRE VII

de ma pauvreté , mais de ma dégradation morale...

Je n'avais plus aucune espérance de retour à la vertu et au bonheur ; voici pourquoi je m'étais retiré dans un pays éloigné ; j'avais cherché à me cacher à tous les yeux et à me dérober à mes propres regards dans la foule d'une grande ville; c'était par vanité, pour fixer l'attention, et surtout pour m'étourdir moi-même que je faisais plus de bruit que les autres.

sllplwn.se. — Mais quand vous seriez assez malheureux pour vous plaire au déshontiète langage que je vous ai entendu tenir, comment avez-vous [tu vous résoudre à l'employer contre un compatriote, un vieil ami, un parent ?

Alexis. — Ah! si je vous eusse reconnu, Dieu m'en est à témoin !

Alphonse. — Vous dirigiez des injures , des menaces contre moi, parce que j'étais faible et sans défense! Est-ce là la conduite d'un homme d'honneur, Alexis? Vous me preniez pour un étranger. Mais, Alexis, un homme peut-il jamais être étranger aux yeux d'un homme lors même que l'on oublierait les saintes maximes de la religion qui nous impose à tous la loi de nous regarder, de nous aimer comme des frères? Vous m'insultiez, Alexis-, eh bien! j'étais pénétré de pitié pour vous, et j'aurais voulu pouvoir vous faire autant de bien que vous paraissiez vouloir me faire de mal.

Alexis. — Quand on est aussi infortuné et surtout aussi vicieux que je le suis, la raison est

couverte d'un nuage épais... Tous les principes de conduite sont effacés de l'àme : on se fait une nouvelle manière de penser ; ce n'est plus la raison et la conscience qui guident , c'est un penchant impétueux et aveugle qui nous pousse et nous perd.

Alphonse. — Votre repentir, Alexis, peut réparer tous les torts de vos désordres passés.

Alexis. — Oh Dieu! cela est-il possible? Je suis si coupable, si avili à mes propres yeux . r

Alphonse. — Jusque-là vous avez cherché le bruit et la confusion pour vivre hors de vousmême ; vous avez besoin de repos ; je puis , si vous le désirez, vous conduire dans une maison de retraite où vous pourrez vous recueillir, rentrer en vous-même, et retrouver votre primitif amour pour la vertu. Assez long-temps vous avez été en proie aux plus ignominieuses passions , pourquoi refuseriez-vous de vous jeter dans le sein de la miséricorde divine ?

Alexis. — Oh ! cher Alphonse , pourrais-je , avec mes crimes, terminer ma honte et mes angoisses? ou dois-je continuer de vivre en désespéré...? Grand Dieu ! vous êtes clément et miséricordieux... Mais ferez vous que je puisse soutenir jamais l'image affreuse de la mort de ma mère, et de la misère de mon vieux père... Un parricide peut-il encore espérer du repos ! ma mère, si vous viviez , au moins je pourrais essuyer la dernière de vos larmes et obtenir mon pardon!... Mais le chagrin que je vous ai causé j rieuse votre tombe , et la mort en rendant

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