‹ Alphonse, ou, Puissance de la vertuChapitre 99 sur 139 · LIVRE VII · texte numérisé non relu

LIVRE VII

pressé... Un torrent de larmes inonde ses joues. .. Je suis Alexis, je suis Alexis! sont les seuls mots qu'il peut prononcer, et les sanglots étouffent sa voix... Par un mouvement involontaire, il allait tomber aux genoux du frère !!! Alphonse le retient entre ses bras, et le presse tendrement sur son cœur!!! Tous les deux demeurent ravis dan s des transports d'étonnement et d'effusion. Alexis et Alphonse étaient plus que compatriotes , ils étaient fils des deux frères!

Alexis, revenu des premières secousses de son trouble, regardait le frère avec attendrissement et amour. Vous êtes Alphonse!... lui répétait-il à chaque instant. Ah! que je suis coupable!... que je suis malheureux !!! Ma pauvre mère est morte du chagrin que je lui ai causé... M. de Saint-Hilaire, ce respectable pasteur qui prit tant de soin de notre enfance , vit-il encore, et connaît il ma honte ? Plût à Dieu que l'on ne m'eût pas sitôt arraché de son presbytère!... Je n'ai jamais eu le courage de revenir dans notre pays natal... Mon patrimoine d'ailleurs est tout dévoré. . Mon pauvre père y traîne, sans doute, une existence que la douleur et la misère lui rendent bien amère. A ces dernières paroles, la voix d'Alexis se trouble et de nouvelles larmes descendent le long de ses joues flétries ; Alphonse lui-même interdit ne pouvait proférer une parole. Mais l'homme sage et profondément chrétien, inébranlable au milieu de tous les événemens de la vie, sait toujours se maîtriser lui-même, et rappeler l'usage de sa raison au milieu même des

plus vives émotions. IVe nous donnons pas plus long-temps en spectacle, dit-il à Alexis, suivezmoi ; vous n'êtes pas dans une condilion qui vous convienne ; et peut-être la bonté divine vous a-t-elle ménagé cette rencontre dans des vues de miséricorde ! Vous avez eu le cœur bon, et le trouble où je vous vois prouve qu'il n'est pas encore entièrement dépravé, que vous n'êtes pas encore perdu sans retour !... Suivez-moi...

Alexis confus , silencieux , les yeux baissés , n'osanl plus prononcer un mot , obéit à la voix d'Alphonse et le suivit sans savoir où il allait, et sans avoir le courage de l'interroger. que la vertu a de puissance sur les hommes dès qu'ils peuvent lentrevoiret la discerner!

Le frère et Alexis étaient déjà à une certaine distance du pont et de la ville, car ils s'étaient éloignés avec intention, lorsqu'Alphonse interrompit le profond silence qui avait succédé à tant et de si vives émotions , et commença la conversation suivante :

Alphonse. — Racontez moi , Alexis, par quelle suite d'aventures vous êtes arrivé à la position où je vous ai trouvé, et comment un jeune homme aussi instruit que vous est réduit à cet état? Vous ne l'avez pas choisi par goîit et par abnégation : car convenez que vous n'aviez pas la gravité d'un philosophe , et encore moins l'humble douceur d'un chrétien.

Alexis. — Le vice seul a creusé cet abîme sous mes pas : je suis aujourd'hui humilié, non

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