LIVRE VII
exercé un long empire. Une tentation horrible s'empare d'Alexis : l'énormité de ses fautes et l'image des difficultés qui lui paraissent insurmontables dans la carrière de la pénitence le frappent de terreur, et le font tomber dans un élat voisin du désespoir. Après quinze jours d'absence, Alphonse trouva Alexis chancelant , irrésolu ; la crainte du Seigneur n'étant plus modérée par une humble confiance, au lieu de faire sa consolation, ne faisait que son tourment; il se croyait incapable de vaincre ses mauvaises inclinations, et ne se sentait même pas le courage d'oser l'entreprendre. 11 était livré à la plus cruelle perplexité ; et devant un doute affreux sur la foi toutes ses résolutions de vertu s'étaient évanouies : telle on voit une tleur qui commençait à s'épanouir aux rayons du soleil, dans lespremiers jours du printemps, tomber flétrie sur sa tige, après la gelée d'une seule nuit. Alphonse , semblable à l'ange des espérances célestes , à l'ange des consolations, revint vers Alexis, qui était loin de désirer son retour, attristé par le nouvel état de son compatriote, il le presse de questions, le comble de caresses. Comment résister à tant de bonté? Alexis quoique bien abattu, trouve encc"e de la douceur dans les paroles tendres d'Alphonse : les vapeurs qui obscurcissaient sa vue semblent se dissiper; il laisse échapper un accent de doute et d'incrédulité , non toutefois pour s'endurcir dans le crime, mais pour faire connaître que n'ayant pas le soutien d'une ferme espérance, il était difficile qu'il ne
fù( pas ébranlé ; s'il montrait ses plaies à découvert c'é tait pour les soumettre à l'action d'une main bienfaisante : ainsi un malade fait entendre une plainte pour réclamer un soulagement à ses souffrances, et pour exciter une plus vive compassion. Souvenez-vous, lui disait Alphonse, de ce que vous avez fait contre celui qui récompense l'homme vertueux et qui punit le méchant , et vous verrez à qui vous devez avoir recours pour obtenir votre guérison. Si vous aviez toujours vécu de manière à ne pas craindre les menaces de la religion, vous ne douteriez aujourd'hui d'aucune de ses vérités. Alexis, la moitié de votre vie est écoulée : hâtez- vous d'en mettre le reste à profit, et d'effacer vos erreurs pur vos vertus.
Alexis. — J'ai traîné mes années dans l'ignominie, je n'ai pu résister aux tentations de la misère et du désespoir ; la religion de mes pères s'est éteinte insensiblement dans mon cœur; elle n'en a pas été bannie brusquement 1 sa morale était trop pure pour un homme qui suivait tous sespenchans. Aujourd'hui celui qui voit et connaît tout, sait bien que je n'aime pas mon aveuglement ; mais il ne dépend pas de moi d'en sortir ; les liens du vice enchaînent mes facultés ; je ne puis m'élever an -dessus des sens ; un doute affreux, universel, me jette dans un dégoût et des angoisses que je désespère de surmonter.
Alphonse. — Vous doutez de tout, Alexis; doutez-vous aussi de mon attachement pour vous.