LIVRE VIF
Alexis. — Oh Dieu !... après ce que vous ave/ rail!..;
Alphonse. — Ouvrez-moi donc votre cœur sans réserve : faites-moi connaître toutes les plaies de votre àme.
Alexis. — Elles sont si honteuses!...
Alphonse. — Un malade, qui veut se guérir, craint-il de déclarer la cause de son mal au médecin qui mérite sa confiance? Comment voulezvous que j'adoucisse vos peines, que je calme vos douleurs si je les ignore ?
Alexis — Interrogez-moi , je ne puis vous rien dire, si ce n'est que tout est confusion, don • tes, ténèbres, frayeurs, dans mon âme.
Alphonse. — Sans la foi, les sources de la vie morale sont bientôt taries; et les lumières de la foi auront bientôt dissipé tous vos autres maux : ne nous altaquons donc qu'à vos doutes. Doutezvous de l'existence de Dieu?
Alexis. — Dans les plus grands excès de mes désordres, il ne m'a même pas été possible d'en douter. J'ai maudit son existence ; mais je n'ai jamais pu en arracher la croyance de mon cœur.
Alphonse. — Doutez-vous de sa miséricorde?
Alexis. — J'ai bien pu me croire quelquefois indigne des miséricordes de Dieu, mais je n'ai pu jamais cesser de croire qu'il fût miséricordieux. Je vous dirai plus, la bonté de Dieu est de tous ses tributs celui sans lequel je concevrais le moins son existence ; et si sa miséricorde n'atteint pas tous les hommes , c'est qu'il en est
qui s'arrachent à son action par leur endurcissement et leur opiniâtreté dans le crime.
Alphonse. — Ah ! cher Alexis, si vous croyez à la miséricorde de Dieu, tout n'est pas perdu , car vous ne voulez pas être du nombre de ceux qui s'arrachent à son action par leur endurcissement et leur opiniâtreté dans le vice!
Alexis. — Non : mais on me parle de confession.
Alphonse. — Je vous entends : vous doutez de la puissance , de l'efficacité, peut-être même de l'utilité de la confession , et la répugnance que vous avez à vous soumettre à cette mesure, ne serait -elle pas la cause de tous vos doutes , de toutes vos irrésolutions?
Alexis — Avec quel art, Alphonse, vous pénétrez dans les profondeurs ténébreuses de ma conscience; vous exposez mes misères mieux que je n'aurais pu le faire moi-même.
Alphonse. — Vous rappelez -vous les émotions de votre cœur, lorsque nous nous fûmes reconnus sur le pont.
Alexis. — Elles étaient vives et déchirantes!
Alphonse. — Vous me faisiez l'aveu de vos torts, vous les exagériez avec un accent qui me navrait.
Alexis. — Plus j'épanchais mon âme dans la vôtre , plus j'éprouvais le besoin de l'épancher encore.
Alphonse. — Jugez par analogie : la confession vous amène à l'examen , lexamen à la désapprobation, â l'horreur, puis à la fuite du mal :