LIVRE VII
voici déjà une influence toute naturelle et fort puissante de la confession sur la conduite : je ne parle pas ici du secours de la grâce ; la grâce nous est nécessaire cependant ; et croyez-vous que Dieu nous manque , nous abandonne dans nos besoins; croyez-vous à la Providence ?
Alexis. — Dieu est le créateur, n'est-il pas aussi le conservateur de l'univers ! je n'ai jamais pu comprendre comment il est des hommes capables de se contredire au point d'avancer que Dieu a créé la terre et qu'il la laisse à son aveugle destin.
Alphonse. — Dieu a donc eu un but en créant la terre!
Alexis. — Autrement l'eùt-il créée?
Alphonse. — L'homme serait-il la seule créature qui ne fixât pas les regards de Dieu?
Alexis. — Vous ébranlez mon esprit.
Alphonse. — L'homme est petit, il est aveugle, faible, malheureux, et Dieu ne le protégerait pas, il ne lui montrerait pas de loin les joies célestes afin de le soutenir au milieu des tribulations de la terre ! mais l'homme criminel , Alexis, ne sentez-vous pas que Dieu le repousse?
Alexis — Le changement du cœur ne suffitil pa> pour laisser à Dieu le libre exercice de sa miséricorde ?
Alphonse. — Ce changement du cœur, s'opèret-il facilement ?
Alexis. — Ah ! bien difficilement.
Alphonse. — Eh quoi ! c'est quand votre propre expérience vous apprend que votre fai-
blesse a besoin d'un appui, d'un secours, d'une grâce enfin , que vous vous obstinez à les refuser !
Alexis. — Mais je les refuse précisément parce que je doute de leur efficacité.
Alphonse. — Pendant tout le temps que vous vous êtes confessé , quel a été l'état de vos mœurs?
Alexis. — Elles étaient pures et innocentes.
Alphonse. — Et depuis ?
Alexis. — Et depuis !!! Epargnez moi la honte de vous dérouler une seconde fois l'histoire de mes monstrueux excès.
Alphonse. — Que vous dit encore ici votre expérience ? L'époque de vos désordres est la même que l'époque de votre fuite des sacremens.
Alexis. — Mais il en est qui se confessent et qui....
Alphonse. — Il en est , Alexis , qui abusent des choses les plus s ntes. Ce n'est pas à vous qu'il faut démontrer que l'abus d'une chose ne détruit pas son intrinsèque bonté. La confession d'ailleurs ne rend pas impeccable , il faut encore, pour persévérer dans la vertu, la prière, la vigilance et quelquefois môme la mortification.
Alexis. — Comment la mortification!
Alphonse. — Parce que celui qui réprime ses désirs même innocens, n'est pas exposé à suivre ses penchans déréglés; tandis qu'il n'est pas de crime où ne puisse tomber celui qui obéit à tous les désirs de son cœur.