‹ Alphonse, ou, Puissance de la vertuChapitre 106 sur 139 · LIVRE VII · texte numérisé non relu

LIVRE VII

ma vie à fleurer mes pèches ; mais en les pleurant j'aurai la consolation de penser qu'ils me sont pardonnes , et mes larmes seront adoucies: je sortirai de ce sombre désespoir qui m'aiguillonnait sans cesse, qui me poussait à tant de désordres , et qui m'aurait peut-être déterminé à mourir en furieux. Eh ! n'était-ce pas cette irritation du crime qui m'avait armé contre Alphonse , mon parent , mon ami d'enfance , et le plus vertueux des hommes !

Alexis avait reçu de la nature un cœur noble et généreux , une tète vive , une organisation d'une sensibilité exquise , et très-impressionnable. Il ne pouvait être vicieux ou vertueux médiocrement ; il était né pour les extrêmes. D'un tempérament combustible , d'un caractère ardent , il s'était accoutumé au bruit d'une vie aventureuse , aux variations soudaines de la fortune , et semblait s'être de loin préparé aux bizarreries de sa destinée. Dès son enfance , il avait obtenu, sur ses camarades, l'empire de la force et de l'audace ; il était le général et le prolecteur de la pe'ite troupe timide des enfans villageois. Il exerçait son courage par des querelles quotidiennes ; et comme Duguesclin , il ne rentrait jamais chez lui sans être battant ou battu. Alphonse, d'un caractère doux et modeste, revêtu d'une mission de paix , n'avait jamais aucune dispute , il inspirait le respect par sa candeur et sa retenue , et nul dans sa paroisse n'eût osé lui manquer. Si quelquefois les enfans des paroisses voisines l'eussent attaqué , il ne se

fût pas défendu , non qu'il manquât de courage el de fermeté ; mais cet aimable et sensible enfant eût craint de faire du mal à ses adversaires. L'œil d'Alexis d'ailleurs veillait sur lui , son bras le protégeait , et malheur au téméraire qui eût osé l'insulter. Il était dans la destinée de ces deux compatriotes de se servir mutuellement de protecteur. Si Alexis fût resté comme Alphonse à l'école de la vertu , il ne fut pas sans doute parvenu au même degré de sainteté, et surtout il n'eût pas eu la même vocation , il y avait une trop grande différence dans leurs caractères. Mais sans aucun doute , il fût devenu un homme très-distingué , lors même qu'il n'eût suivi d'autre carrière que celle de l'agriculture. La rigueur du sort s'était appesantie sur lui ; il était d'autant plus à plaindre qu'il avait vu le bonheur de plus près. Il était l'un de ces douze enfans qui furent impitoyablement forcés de quitter le presbytère de M. de St.-Hilaire, malgré leurs larmes, et celles de ce pasteur. Il était un de ceux que M. de St.-Hilaire avait le plus regretté à cause de ses heureuses dispositions. Lors de sa rentrée dans sa famille , chacun s'empressa de féliciter les parens sur le mérite de leur fils ; c'était même un dédommagement qu'on croyait leur devoir pour les consoler de la disgrâce qui venait de les frapper.

On se propose quelquefois d'encourager les enfans , et par des louanges inopportunes on les perd. En flattant Alexis , on augmenta son orgueil -, il pressa ses parens de l'envoyer au

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