‹ Alphonse, ou, Puissance de la vertuChapitre 107 sur 139 · LIVRE Vif. 2H · texte numérisé non relu

LIVRE Vif. 2H

collège pour y continuer ses études ; ris ne purent résister aux sollicitations de ce fils chéri, qu'ils regardaient déjà comme un prodige ! Ils firent des dépenses pour l'équiper et lui procurer des habits magnifiques et au-dessus de sa condition ; il ne manquait plus que cette circonstance pour porter la fatuité d'Alexis à son comble. L'éclat de ses habits , sa bravoure naturelle , l'agrément de son esprit , le firent rechercher par les jeunes gens les plus dissipés ; il se lia inconsidérément avec tous ceux qui l'abordèrent. Alors il s'opéra une funeste révolution dans l'àme de ce jeune homme. Une envieuse émulation , la vanité , remplacèrent les mouvemens de la nature. Il se comparait aux autres ji ".mes gens , se préférait à eux ; il fallut recourir aux expédiens afin de se rendre remarquable , et suppléer au génie par le facile talent de la raillerie, du sarcasme : voici Alexis métamorphosé en esprit fort. Il devint un imperturbable persitleur , un frondeur. Il voulut soutenir jusqu'au bout son personnage ; il se trouva trop grand seigneur pour approcher de la chaumière de son père. Il imagina une fictive utilité d'un voyage pendant les vacances : il n'y eut pas de prétextes et d'artificieux mensonges qu'il ne fit valoir pour justifier ses dépenses ; sans jamais s'arrêter , même quand il eut exlorqué jusqu'aux dernières ressources d'une famille trop crédule et qui se ruinait pour fournir un aliment aux débauches d'un fils ingrat et dénaturé. Ses parens , guidés par une tendresse

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bien mal récompensée , lui faisaient plusieurs visites dans le cours de chaque année. Comme ils portaient sur leurs mains les marques honorables de leurs labeurs , Alexis par les mots de domestique , de laquais , qu'il articulait avec un art perfide , cherchait a donner le change à l'opinion de ses condisciples , sur la nature de ses relations avec les personnes qui le visitaient. Ses études terminées , il se persuada qu'il ne trouverait que dans une grande ville un théâtre digne de ses talenset de son génie. Il s'attendait à y fixer tous les regards ; mais nul ne fit attention à lui. Jamais il ne sentit aussi bien son néant et sa petitesse. Quand il eut totalement ruiné sa famille par ses folles prodigalités , en vain il eut recours à de nouveaux artifices , pour obtenir de l'argent ; en vain il montrait la flatteuse image d'une fortune brillante, d'un riche établissement , d'un emploi aussi lucratif qu'honorable, et qui ne dépendaient plus que d'un léger et dernier sacrifice ; en vain il sollicitait sa mère qui avait eu trop tard les yeux ouverts sur la vérité ; elle mourut de chagrin , et son pauvre vieux père que ne berçait plus une séduisante illusion , traînait une vie abreuvée de douleurs et de regrets. Alexis fut lui-même réduit à partager les angoisses de sa famille , et à subir dans un morne et stupide désespoir les humiliations de la plus extrême indigence. Ses habits tombaient en lambeaux; il avait négligé, malgré le sage conseil de M. de St.-Hilaire, de prendre un métier ; il avait d'ailleurs , toujours regardé

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