‹ Alphonse, ou, Puissance de la vertuChapitre 108 sur 139 · LIVRE VII · texte numérisé non relu

LIVRE VII

le travail des mains avec un dédain d'autant plus insolent , qu'il était né dans une obscure condition. Il n'osait mendier , il était réduit à mourir de faim. Le Dieu bon et protecteur des malheureux lui ménagea un secours dans une si cruelle position. Un de ses anciens condisciples , l'ayant reconnu dans cette détresse , fut ému de pitié , lui prod'gua les premiers secours et lui procura quelques moyens d'exister. Une juste Providence faisait payera Alexis les plaisirs et l'orgueil dont il s'était si follement enivré. Il s'était vu réduit à coucher sur un lit de feuilles séchées qu'il avait amassées lui-même dans les champs ; et il recevait aujourd'hui le vil pain de l'aumône : eût-il jamais été réduit à celte humiliation , s'il eut été sage , tempérant et modeste ï Son bienfaiteur, du reste , n'eut pas à se repentir du service qu'il lui rendit.

Quelques années plus tard, la France était menacée d'un envahissement général , la patrie en danger faisait un appel à tous ses enfans. Alexis, quoique humilié sous le joug de la misère , était encore resté capable d'un chaleureux élan de générosité. Son bienfaiteur était menacé d'une ruine inévitable. Le soldat qu'il avait envo; é pour lui sous les armes avait disparu , il fallait qu'il abandonna ses affaires et qu'il servît en personne ; Alexis l'apprit, il vint le trouver et lui tint le discours suivant :

« Je sais qne voire amour pour la patrie , et » la désertion de votre remplaçant vousappel- « lent sous le drapeau. Si vous partez , que

• deviennent voire maison de commerce , voire

• fortune , votre famille ? Moi , je suis libre et ' dégagé de tous liens ; le parti des armes » serait , pour moi, une carrière , lors môme » que ma reconnaissance ne m'imposerait pas - le devoir de la suivre. Je pars pour vous ! la « patrie n'y perdra rien. Vous me connaissez

• assezpour savoirque, sur leehamp de bataille,

• nul ne saurait être plus brave que moi. •> Vivement ému par les paroles et plus encore

par la générosité d'Alexis , le jeune négociant le conduit chez lui , le comble de caresses et d'honneurs. Lorsque le moment du départ fut arrivé, il le recommanda à plusieurs officiers de ses amis et parvint à le faire nommer au grade de sergent. La destinée de la France changea , Alexis fut envoyé à Cayenne. Son humeur inégale, la fougue de son tempérament méridional, son besoin d'émotions vives , ne lui permirent pas de supporter le calme du voyage. La traversée n'était pas encore fîuie , que son arrogance et son insubordination l'avaient fait dégrader et réduire au rang de simple soldat. Au bout de quelques années , il fut licencié , et revint en France plus pauvre qu'il n'était quand il la quitta. Ses protecteurs étaient morts, ruinés ou absens. Il traîna , comme il put, sa misérable existence semée d'aventures tantôt sérieuses tantôt burlesques Plus il avait voulu s'élever, plus il se voyait rabaissé : et pour vivre il fut obligé de solliciter la place de jardinier dans une communauté de religieuses Reçu dans ce pieux

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