‹ Alphonse, ou, Puissance de la vertuChapitre 114 sur 139 · LIVRE VIII · texte numérisé non relu

LIVRE VIII

liberté des enfans de Dieu. Y aura-t il jamais une force égale à celle des Saints ? monde ! avec quelles armes prétends-tu combattre de pareils hommes ? Admire en silence leur courage -, il produit , au milieu des larmes, une vertu qui sauve le monde et ne lui cause aucune douleur.

Le siècle frémit en voyant des hommes qui portent sur leur corps les symptômes de la mortification et de l'humilité. Où se trouve cependant la véritable vertu , si ce n'est dans la force d'une volonté qui triomphe de toutes les passions , de tous les intérêts ?

La vertu se trouve-t-elle dans ce courage barbare qui incendie les villes , qui ensanglante le sol , qui dévore l'espèce humaine , et qui ne fait couler que des flots de sang et de larmes ? Se 1 rouve-t-elle dans les perfides combinaisons d'une froide et cruelle politique qui ne voit son triomphe , qu'où l'humanité voit sa honte , dans Toppression des peuples ? Se trouve-t-elle dans le courage d'Alexandre , lorsqu'il prend les villes , qu'il gagne des batailles, qu'il s'abandonne, après la victoire , aux plus monstrueux excès avec ses généraux? Se trouve-t-elle dans Pierre- le-Grand qui soumet des empires et qui ne peut soumettre les emportemens de son sauvage caractère? Je vois cependant des traits d'une sublime vertu dans Alexandre et dans le czar. Alexandre , prévenu qu'on l'empoisonne , regarde Parménion , et avale le breuvage qu'on lui présente. Oui , Alexandre , quand il place sa foi dans un homme , est sublime ! Qu'est donc le Chrétien quand

il place sa foi dans son Dieu? Que fut Abraham prêt à immoler son fils 1 ! ! La vertu se montre encore dans les regrets de Pierre-le-Grandqui se désole , après avoir vaincu le monde , de n'avoir pu se vaincre lui-même ! L'homme grand et vertueux est celui qui sait enchaîner ses passions , élever ses convictions jusqu'à la foi , qui fait son devoir , suit sa raison , sa conscience , et se lient dans l'ordre dont rien ne peut l'écarter. C'est saint Louis dans l'esclavage, saint Vincenl de Paul dans les chaînes ; c'est l'abbé de La Salle s'oubliant lui - même pour servir l'humanité ; c'est Alphonse toujours calme au milieu des tempêtes.

L'esprit de parti souffle , de toutes parts , le mépris et 1 horreur des frères. Il déchaîne les passions des grands et du peuple. Les enfans qui fréquentaient l'école d'Alphonse pouvaient-ils avoir assez de force et de constance pour résister à l'entraînement général? Les uns appartenaient à des familles sans mœurs et sans conduite ; les autres étaient témoins du mépris que Ion affectait pour leurs instituteurs : les croyant sans crédit et sans autorité , ils ne conservent pour eux aucun respect , aucune soumission. Jusque dans le lieu saint et pendant la célébration du sacrifice redoutable , ils montraient une insubordination , une dissipation telles que les honnêtes gens en étaient profondément affligés.

Ouel remède à un mal de cette nature? Et que faire dans une conjoncture aussi dificile ? Quel parti prendre ? Tolérer ce désordre , ou le

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