LIVRE vin. i>i
combaltre , offrait des conséquences si dangereuses qu'il n'y avait que trop à balancer sur te choix. Si l'on sévit avec prudence même et modération , les astucieux ennemis des frères , en profiteront pour soulever la haine contre eux et exposer leur vie aux plus éminens périls ; qui ne sait que, dans la lie du peuple des grandes cités, il s'y trouve toujours des hommes dont la rage et l'aveugle fureur est facile à exciter, et qu'une fois exaltée elle ne connaît plus de bornes ? En devenant faciles , les frères pouvaient se rendre plus supportables et obtenir une apparence d'autorité : mais à quoi eût servi une autorité qu'ils n'auraient gardée qu'en fomentant des vices qu'elle devait corriger ? L'alternative était difficile. Alphonse ne s'aveuglait pas sur le danger de sa position. Il comprenait que de l'issue de cette critique position, dépendait le sort de son institut dans une des premières villes du royaume. Le moyen de bien conduire les hommes , c'est de les bien connaîlre. Alphonse en avait fait une étude particulière ; il descend de nouveau dans les profondeurs de son propre cœur pour l'interroger encore sur les secrets de la nature humaine : ses lumières ne lui suffisent pas : confondu devant la majesté divine , il implore celles du ciel :
•• Esprit-Saint, dont le souffle vivifie les créa-
• tures et renouvelle la face de la terre, c'est dans ce temps que j'ai besoin de votre secours !
» Du haut des cieux , vous contemplez le mou-
• vemenl perpétuel qui nous agite Les enfans
• paraissent petits et faibles aux yeux des mortels ; ils doivent , cependant , devenir les dé-
• positaires de toute la puissance terrestre ; c'est •• par eux que tout change ici-bas : les principes,
• les notions du bien et du mal , les idées du » juste et de l'injuste , les appréciations de la » morale d'où vient la mort ou la vie des em- » pires. Vous pénétrez toutes nos misères , ô » Esprit créateur ; animez mon courage, écoutez- » moi , heureux si je puis adoucir 1 horreur de
- nos maux en travaillant sousvotre inspiration. • Il s'adressait à la Vierge Marie , à saint
Joseph , les protecteurs de l'enfance ; à Dieu le Père.
" O Dieu , s'écriait-il , permet Irez- vous que
• ces enfans si chers à votre cœur , et auxquels
- vous promettez le royaume des cieux , devien- » nent des objets de malédictions? Quelle af-
- freuse révolution s'opère dans les mœurs ; » L'âge môme de l'innocence est devenu déter- » miné dans le crime.
« Morale du monde , exemples du vice ,
- n'avez-vous pas exercé assez votre désolante
• action ! ô Dieu , donnez-nous le moyen de
• vous ramener ces petits enfans : vous lesché- » rissez , vous les appelez à vous. »
En prononçant ces paroles d'amour , il était attendri comme une mère qui porte son premier regard sur l'enfant qu'elle vient de mettre au monde. Soudain , éclairé d'une pure et vive lumière , rempli de confiance et d'un enthousiasme qu'il a puisé dans le ciel , il revient dans l'école