LIVRE Mil
où était celte indocile multitude. • Laissez , • laissez , dit-il , ces petits enfans venir à nous : » nous les gagnerons à Dieu , à la vertu. > Il parle avec un geste , avec un accent , avec des yeux qui font passer , dans les âmes de ceux qui l'écoutent , l'ardeur dont il était inspiré. Chaque jour, Alphonse enllammait davantage ses jeunes élèves ; il fait naître dans leurs cœurs , des sentimens d'affection , de générosité de reconnaissance -, sentimens si doux à nourrir , si féconds en heureux résultats ! Les enfans communiquent ces bonnes dispositions à leurs parens. Les bénédictions , les louanges , les actions de grâces . remplacèrent les cris et les vociférations d'une haine aveugle et inique Contenus dans les limites du devoir par les chaîne de l'amour et de la confiance , ces fortunés enfaus devinrent la consolation de leurs familles et la gloire de leurs instituteurs ; arrivés à l'âge viril , ils furent l'exemple de la société ; laborieux , fidèles, tempérans , honnêtes , modestes. Oh ! que leur sort fut différent du sort des hommes privés des avantages d'une éducation chrétienne !
Une autorité qui n'est due qu'au respect et à laffeclion, s'exerce sans rigueur et sansobstacle : Alphonse , transporté de joie , se plaisait au milieu de ses nomhreux enfans comme le vigneron entre les rameaux tleuris d'une jeune vigne. Hien n'était plus admirable que la bonne tenue de sa maison : on y voyait mille enfans soumis . dociles , gais , modestes, appliqués et studieux . tantôt réunis dans une vaste enceinte , tantôt
divisés par groupes dans plusieurs appartemens, mais toujours obéissans au moindre signe. Le plus léger mouvement sans paroles , sans discours , faisait agir cette multitude comme si elle eût été animée d'une seule àme.
Entreprendrai-je de faire ici la description de la régularité de tous les exercices de ces écoles et de l'Intelligence qui y préside? Je sens ma plume trop faible pour tracer un pareil tableau ! Je me borne à dire , à mes lecteurs , entrez quelquefois dans ces établissemens de l'abbé de La Salle , pénétrez-y à la suite de vos enfans, et jouissez du spectacle le plus touchant, le plus magnifique , peut-être , que vous ayez jamais vu.
Les noires calomnies , que les ennemis des frères avaient eu la méchanceté de répandre , tournèrent à leur honte et augmentèrent la vénération qui était due à ces sages instituteurs. Plusieurs personnes honnêtes s'étaient laissé prévenir , elles se repentirent d'avoir ajouté foi si légèrement et avec si peu d'examen à des inculpations dirigées contre des hommes qui supportaient avec une héroïque patience , l'outrage et l'injure , et qui pratiquaient si fidèlement ce qu'il y a de plus difficile et de plus pénible dans le joug du Christianisme.
Dieu avait allumé dans l'ame d'Alphonse ces divines ardeurs qui font des miracles de vertu. La discipline et l'ordre régnaient dans une des plus nombreuses écoles du royaume ; la population de celte grande cité était pénétrée de