‹ Alphonse, ou, Puissance de la vertuChapitre 117 sur 139 · LIVRE V I · texte numérisé non relu

LIVRE V I

reconnaissante pour l'homme modeste qui avait opéré ce prodige : la réforme de mœurs faisait renaître le bonheur domestique. L'onde pure est moins rafraîchissante pour le voyageur fatigué, que la religion pour le cœur ulcéré de l'homme ; l'onction de la grâce, comme un baume précieux, se répand sur ses plaies et les cicatrise.

Alphonse goùîait les plus pures et les plus chastes délices , il rapportait au Seigneur toute la gloire d'un aussi heureux changement. Il cachait , sous les formes les plus douces , le caractère le plus ferme ; et la Providence qui voulait lui faire acquérir le mérite des Saints , lui réservait encore de bien cruelles épreuves.

Il fut envoyé à Troyes où l'attendaient des combats plus dangereux que ceux qu'il avait eus à soutenir jusqu'à ce jour. Quand donc, grand Dieu , le règne si doux de la vertu sera-t-il universel ? Il y trouva des hommes qui savent cacher leurs sentimens au fond de leur cœur , des hommes rusés , de ces hypocrites sournois aux manières doucereuses qui , d'un air timide , et dans un langage mielleux , viennent semer sourdement des bruits odieux contre ceux dont ils ont résolu la perte ; les mots d'humanité , de lumières , de progrès se trouvent incessamment sur leurs lèvres ; ce sont , dit Jésus-Christ , des hommes qui dévotent les tnaùons des veuves ; ils couvrent si bien leurs vices du masque de la vertu : tel on voit le ciel se réfléchir sur la surface polie d'une mer perfide qui recèle dans son sein des écueils d'autant plus redoutables qu'ils

sont inaperçus : tels , encore , on voit des abîmes recouverts d'une neige épaisse , engloutir l'imprudent voyageur qui n'a pas une connaissance parfaite des sentiers étroits et périlleux du pays qu'il parcourt. Quand les passions ne peuvent nous vaincre à visage découvert , elles prennent le masque de la sagesse et de la piété pour nous surprendre. La race pharisaïque , foudroyée par les austères vertus de saint Jean -Baptiste dans le désert , et plus encore par les paroles de Jésus- Christ , s'est perpétuée dans les ténèbres d'une obscure généalogie. Eh ! qui pourrait dire les pièges adroits , les astucieuses embûches tendues à l'innocente simplicité d'Alphonse? Mais si Dieu, dans les profondeurs de ses desseins , souffre que ses élus soient persécutés , il veille toujours sur leur salut avec une tendre sollicitude , et il ne permet pas que les médians puissent jouir constamment de la coupable gloire d'opprimer les fidèles. L'hypocrite peut- il , avec quelque fondement, espérer de tromper toujours? Souvent son affectation seule le décèle ; tôt ou tard on est démasqué quand on ne soutient point , par de solides vertus , l'empressement du zèle que l'on étale. Même pour usurper les éloges et les respects du monde , l'hypocrisie est un mauvais calcul. Haïe du ciel, méprisée de la terre , en dépit de toutes ses sourdes menées, elle n'a guère d'autre issue que la honte et la défaite.

Vous, généreux Alphonse, poursuivez votre but avec toute l'intrépidité de la vertu ! Ou'avez-vous à redouter dans la lutte? Le sang des

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