LIVRE VIII
Apôtres coule dans vos veines, ils ont triomphé de la rage de l'enfer . de la puissance des tyrans , de l'erreur des nations , de la ruse et de la férocité ; ils ont triomphé des Néron et des Julien ; vous triompherez des efforts de vos artificieux ennemis. Que craignez-vous? Ils travaillent pour obtenir des hommages (1) , vous travaillez pour glorifier le créateur ; ils sont guidés par un motif d'orgueil , vous êtes animé par l'amour de l'humanité; ils aspirent à leur propre gloire , vous aspirez à celle de la religion et de la patrie ; ils veulent être loués , vous voulez faire louer Dieu. Ils sont assujettis aux embarras du siècle et de l'ambition, la pratique et le vœu de pauvreté vous dégagent de ces vaines sollicitudes. Si vous vous sentez chanceler , si des attaques toujours incessantes et dont vous ne prévoyez pas le terme, jettent dans votre âme les angoisses de la terreur, portez vos regards sur votre magnanime fondateur ; rappelez-vous ses croix , ses combats, son inébranlable constance : les nobles exemples du maître animeront le courage du disciple. Alphonse, en effet, exalté par les grandes pensées des peines et du triomphe de l'illustre fondateur de l'ordre, soutenu par la grâce du ciel , paraissait un ange plutôt qu'un mortel sur la terre.
Ses ennemis avaient si bien réussi à accréditer la calomnie, e! à envenimer les préventions ,
(i Omnia verà opéra sua fadunt ni videanturab ho— minibus. Mail). XXIII, v. 5.
qu'il se vit abandonné de tout le monde ; ses écoles étaient désertes ; son existence compromise par la détresse. Il se recueille en lui-môme, et place son espérance dans le Dieu qui nourrit les oiseaux du ciel et revêt les champs de fleurs :
« Béni soyez-vous, disait- il , ô mon Dieu , qui » n'avez pas méprisé ma bassesse.
>• Solitaire , au milieu d'une ville , comme les » Paul, les Antoine et les Pacôme l'étaient au » milieu des déserts , vous m'avez, comme à eux,
- envoyé ma nourriture de chaque jour.
» La sainte tristesse de la pénitence purifiera
- mon àme, et le champ , que vous m'ordonnez » de cultiver, deviendra fertile, quand mes larmes " l'auront suffisamment arrosé. •>
Alphonse , après tant de résignation , vit , en effet , s'ouvrir sur lui la maiu paternelle du Dieu bon et clément qui n'oublie jamais ceux qui le servent. Et ses consolations furent grandes comme Tavaient été ses épreuves. Une foi vive l'avait placé au-dessus de toutes les craintes humaines; mais celte foi elle-même lui faisait désirer d'étendre les bienfaits et d'agrandir le règne de la religion parmi les hommes : la ruse et l'adresse , mises en jeu par je ne sais quelle infernale passion , avaient frappé de stérilité toutes ses tentatives ; ses travaux avaient été vains , ses efforts inutiles. Que les desseins de l'Etre éternel sont impénétrables! Lui est-il plus difficile de faire sortir le bien de l'abîme du mal , qu'il ne lui fut autrefois de tirer le monde du néant ! Il est de ces retours soudains, de ces événemens subits