‹ Alphonse, ou, Puissance de la vertuChapitre 12 sur 139 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

son vénérable aïeul , ou il les bégayait en cherchant à les répéter. Le grand livre de la nature était le seul , dans lequel il eût jusque là appris à lire , mais il ne fallait que des yeux et une intelligence naturelle pour en saisir les caractères. Apercevait-il au loin un troupeau sous la garde d'un berger , il s'écriait en disant à ses jeunes camarades :

« Voyez le pasteur de ce troupeau ; il est plein

- de sollicitude pour ses brebis ; il les conduit

• dans les plus gras pâturages , sur les bords » des clairs ruisseaux ; il ne les perd jamais de

vue , et il les suit avec une tendre inquiétude.

>• Mais , quel est le pasteur des hommes ? qui

prend soin d'eux? Dieu est notre pasteur et

•• notre père , ses soins s'étendent jusques à

- nous(l). C'est lui qui nous dirige et qui nous

• nourrit. Dieu est notre pasteur , notre père

• et notre maître, écoutons ses commandemens,

• servons-le , et surtout aimons-le de tout notre cœur. ••

Par ces pieux exercices , ou plutôt par ces visibles inspirations de la grâce , ce charmant petit missionnaire rendait aux villageois le goût de l'instruction religieuse , plus vif que toutes leurs autres idées. On le voyait arriver avec joie : si sa présence était retardée on l'attendait avec impatience , on allait à son avance, on le recevait

(1) Antè est vadit et oves sequuntur eum quia sciunl voceni «jus... Joan. 10. v. 4. (Je n'ai jamais rien lu de plus touchant qu« ces douces et belles parole» ! ).

avec empressement ; la nature même semblait s'embellir aux yeux de ces bons agriculteurs depuis qu'ils y voyaient Dieu caché sous le voile des choses apparentes. La campagne leur paraissait plus riante et plus animée ; elle était plus remplie d'images ; la verdure était plus fraîche et plus délicieuse ; l'air plus pur , le ciel plus magnifique ; le cours des astres avait plus de majesté ; le chant des oiseaux plus de gaîté et plus d'expression ; le murmure des eaux plus de douceur et d'amour ; la nuit mystérieuse couvrait les merveilles du ciel ; les vents , semblables à des ailes célestes , portaient vers Dieu la pensée des hommes ; le spectacle de l'univers tout entier qui les avait jusque là trouvés si insensibles , leur racontait , dans son imposant langage , la gloire de leur créateur , et leur foi devenait d'autant plus vive qu'ils étaient plus éloignés des œuvres et de la corruption des villes, (les heureuses dispositions croissaient belles et fragiles comme de tendres fleurs qu'un souffle léger peut ternir : l'œil se réjouit à leur vue, mais la pensée mesure avec tristesse leur courte durée. Le bon pasteur du hameau se félicitait d'avoir confié à Alphonse une mission qu'il avait si bien remplie , et il songeait sérieusement à donner un plus solide appui à cette ferveur naissante : chaque jour, entre le vestibule et l'autel, prosterné devant le roi des rois, il adressait au ciel des prières brûlantes :

m Dieu ! disait-il , ajoutez à ces ornemens du printemps.les fruits de l'automne; à côté

Page 1