LIVRE VIII
tées : ainsi le serpent qui a reçu une blessure mortelle , s'agite sur la poussière , s'appuie sur sa queue , glisse sur ses anneaux , et arrivé dans son repaire il ouvre sa gueule noircie, montre une écume impure qu'éclaire le feu de ses yeux rougis par la colère , et inspire l'horreur quand il ne peut plus inspirer l'effroi.
Mais les douleurs et les remords ne sont que les avant-coureurs des peines que Dieu réserve aux hommes iniques ; quelquefois ils sont aussi des avertissemens salutaires et deviennent par le bon usage que l'on a fait la cause de notre salut. Le persécuteur des frères passa plusieurs nuits dans l'insomnie ; le ministre des vengeances de Dieu excitait sans cesse les agitations de son cœur. Dans un moment l'infortuné implore Dieu pour le délivrer des inquiétudes dont il est obsédé ; dans un autre il travaille , mais en vain , à étouffer le cri de sa conscience. Il a beau se dire à lui-même qu'il s'exagère ses torts ; que le monde n'est qu'un théâtre où toutes les passions sont en jeu ; qu'il n'est pas le seul qui ail recours à la calomnie pour ruiner un ennemi. Les anges , protecteurs de l'innocence, gardiens vigilans des petits enfans , renouvellent sans cesse ses agitations et ses secivtes terreurs : il pense que la vue de l'homme qui les a fait naître pourra les dissiper. Il prend la résolution de le visiter de nouveau . de l'observer de près et de découvrir enfin si le langage , qu'il a entendu , est le fruit d'une observation profonde. Peut-être , dit- il, mon imagination exaltée y attache un
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sens qui ne fut jamais dans l'intention de celui qui le tenait
Il se met en roule, et comme un homme à moitié en délire , ou qui n'a pas un dessein arrêté , il revient sur ses pas; il n'ose aborder Alphonse , il redoute encore les effets de sa parole inspirée : tel on avait vu le proconsul romain trembler autrefois d'interroger Paul qui lui parlait de la justice et des jugemens de Dieu. 11 se décide enfin. Le persécuteur et le persécuté sont en présence, les yeux attachés l'un sur l'autre , ils se fixent avec attention. Ainsi, dans la lice , deux' vigoureux athlètes se contemplent , se mesurent du regard , et semblent chercher mutuellement à lire , dans les traits l'un de l'autre , la prédiction du destin. Après un moment de silence, l'hypocrite , ennemi d'Alphonse , comme pour le sonder, lui adresse ces paroles :
L'Hypocrite. —Quand l'adversité prolonge ses coups rigoureux, n'ébranle-t-elle pas les courages les plus intrépides?
Alphonse. — Quand le charme délicieux de l'innocence est évanoui, les richesses remplissentelles le vide de l'âme ?
L'Hypocrite. — On est pauvre !
Alphonse. —Quand on est criminel.
L'Hypocrite. — Oh Dieu ! je suce....
Se reprenant.
On a pour toujours perdu les joies de sa primitive candeur.
Alphonse. — Elles peuvent être remplacées par les consolations ineffables du repentir.