‹ Alphonse, ou, Puissance de la vertuChapitre 122 sur 139 · LIVRE VIII · texte numérisé non relu

LIVRE VIII

malgré mes vives instances , malgré l'ardeur de mes prières , malgré l'abondance des larmes brillantes qui coulent de mes yeux , je me sens constamment rebuté : cela doit-il m'étonner et peutil en être autrement jusqu'à ce que j'aie rempli les conditions que prescrit la loi divine pour rendre mon sacrifice agréable à Dieu ? J'irai , selon son commandement , me réconcilier avec mon ennemi , ou plutôt avec son fidèle serviteur que j'ai si indignement persécuté , et je reviendrai plus calme , plus heureux et plus confiant vers le temple du Seigneur.

La parole incisive d'Alphonse , il est vrai , me saisit et me glace ; mais sa physionomie est si douce , si noble et si attrayante ! Qui ne serait touché de son admirable patience , de sa douceur, de la profondeur de sa sagesse , de la justesse de ses réflexions , car c'est leur justesse même qui les rend si saisissantes ! Il semble exercer un empire absolu sur toutes les passions. Plongé dans ces méditations, cet ennemi des frères, déjà vaincu, se dirigeait vers la demeure d'Alphonse; plus il en approchait, plus ses perplexités croissaient. La honte; le repentir , la confiance tour à tour dominaient son âme. puissance d'une religion divine qui contraint l'homme heureux de venir chercher la paix près d'un homme malheureux et méprisé.

Alphonse reçut ce néophyte de la vertu avec cette bonté qui captive et qui enchaîne.

Son ennemi , qui n'avait plus qu'une victoire à remporter sur lui-même pour rentrer sincère-

ment dans les voies de la justice et de l'honneur, en voyant la pauvreté et la douceur d'Alphonse éprouva un mouvement de pitié et de remords.

Que m'avait fait , se dit-il à lui-même , cet homme juste et pur aux yeux de Dieu? Pourquoi l'ai- je si lâchement persécuté? Alors s'établit entre eux la conversation suivante :

Le Néophyte. — Vrai serviteur de Dieu , que ne m'est- il donné de vous rendre parfaitement heureux ?

Alphonse. — Que peut-il manquer au bonheur de celui qui a placé toutes ses espérances dans le ciel? Il n'y a de malheureux que l'homme qui s'est endurci dans le mal. C'est dans le témoignage d'une conscience pure que se trouve la suprême félicité.

Le Néophyte. — Mais l'adversité !....

Alphonse. — Je ne connais d'adversité que le malheur d'être l'ennemi de Dieu !

Le Néophyte. — Combien n'avez-vous pas de peines au milieu des malédictions de vos ennemis ?

Alphonse. — Ces malédictions me rendront digne d'entendre un jour les concerts célestes. Mais celui qui a Dieu pour ennemi, que peut il espérer ?

Le Néophyte. — Dieu peut-il haïr les hommes 7

Alphonse. — Non , quand les hommes gardent l'intégrité de leur conscience!

Le Néophyte. — Que faut- il faire pour être intègre ?

Alphonse. — Aimer Dieu sincèrement de tout

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