‹ Alphonse, ou, Puissance de la vertuChapitre 123 sur 139 · LIVRE VIII. '2b · texte numérisé non relu

LIVRE VIII. '2b

son cœur , et son prochain comme soi même (1).

Le Néophyte. — Et si l'on est haï des hommes'

Alphonse. — Dieu ne règle pas ses jugemens sur les jugemens des hommes ; loin de là , c'est alors que le chrétien triomphe , parce qu'il trouve , dans le pardon qu'il accorde , le gage assuré du pardon qu'il demande à Dieu! Dieu ne nous a pas défendu d'avoir des ennemis , mais il nous a défendu de haïr (2).

Le Néophyte. — L'homme qui a reçu une offense pardonne, mais celui qui l'a faite ?

Alphonse. — Celui qui a fait une offense se méfie toujours de celui qui l'a reçue , parce qu'il n'est jamais sûr de son entière générosité ; mais rien n'excuse la méfiance contre Dieu , Dieu est infini en miséricorde et en bonté.

Le Néophyte. — Dieu est infini dans ses miséricordes ! Alphonse , que ces paroles sont suaves à mon cœur ! Je puis donc toujours espérer.' Toutes les passions m'avaient assiégé , elles m'avaient environné comme des abeilles , elles s'étaient embrasées dans mon âme comme un feu qui a pris à des épines. Le Seigneur fait éclater sa puissance ; je ne mourrai point : il a placé dans la bouche de son serviteur des paroles de

(4) Diliget Dominum Deum tuum ex teto corde tuo et in totd anima tuà, et in totà mente tud. Secundùm autem simile est huic : diliges proximum tuum sicut te ipsum. /n fiis duobus mandalis pendal universa lex et prophète. ( Saint Mathieu , c. XXII. )

(2) Xolite inimicari.

paix. Serviteur fidèle de Dieu , ouvrez- moi , par vos prières , les portes du tabernacle de sa justice et de sa sainteté.

Pendant qu'il prononçait ces paroles, de douces larmes s'échappaient de ses yeux ; ses genoux tléchissaient sous lui , et , joignant les mains , il se prosterne dans la cellule du frère; Alphonse à genoux pleurait et priait aussi !

Revenu de ses premiers transports , notre nouveau converti ne pouvait se lasser de contempler Alphonse, de le regarder avec attendrissement : ainsi le vieux Tobie , après la guérison de sa longue cécité, jouissait avec ravissement du spectacle de la création , et avec amour de la vue de son fils chéri qu'il avait pleuré si long-temps ! Il le croyait perdu dans les stériles déserts qu'il avait eus à traverser avant d'arriver à la demeure de Raguel. 11 se reprochait comme un crime le malheur de sa perte lorsqu'il en reçut le remède salutaire que Dieu lui envoya miraculeusement par son intermédiaire.

Qui peut douter des miracles de la bonté divine , après une pareille conversion ? Et quel pécheur doit désespérer de son salut en voyant le retour de l'homme le plus éloigné de la grâce : l'homme hypocrite et orgueilleux.

Bien des philosophes se disent et se croient supérieurs à l'infortune , tant qu'ils ne l'éprouvent pas ; mais il n'y a que le vrai chrétien qui puisse la supporter.

Alphonse, que l'on regardait comme un homme obscur, resta intrépide au milieu des outrages et

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