LIVRE VIII
des indignités sans nombre dont il était accablé : que le inonde produise ses héros , et qu'il nous les montre sans colère ou sans faiblesse quand tout les abandonne !
Ce changement du plus cruel ennemi des frères ne laissa pas que de faire du bruit dans la ville. Quoiqu'il eût montré jusque-là des apparences religieuses, qu'il se fut toujours maintenu dans les bornes d'un extérieur honnête et bien réglé, qu'il fût même séduisant par des manières simples, faciles et douces, et que les coups qu'il portait fussent cachés à presque tous les regards, on connut la révolution qui s'était opérée dans ses idées , et l'on s'en entretint beaucoup. Il y a toujours dans le fond de la pensée publique quelque connaissance instinctive de la vérité.
Un retour aussi inattendu fut un coup du ciel, et le premier mouvement d'une révolution générale dans la ville , en faveur des écoles chrétiennes. Leur nouvel ami marcha d'un pas ferme dans la route qu'il s'était frayée , il mit ses actes d'accord avec ses principes, et ne cessa de donner des louanges aux frères. Son langage et sa conduite appelèrent l'admiration sur lui-même et sur ces sages instituteurs ; le public dirigé par des gens instruits de leur vrai caractère , revint peu à peu de ses préventions ; il aima ceux qu'il avait haïs la veille ; et son jugement changea avec son affection , il vit une noble fermeté où il avait vu de l'entêtement, de la simplicité ou il avait vu de la bassesse , de la générosité où il avait vu de l'imprudence , de l'héroïsme et de
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la vertu dans le genre de vie où il avait vu du ridicule. Non-seulement les élèves accoururent en foule dans leurs écoles, mais un grand nombre de jeunes gens de la ville , remplis d'une noble et sainte ardeur, enflammés du zèle de la vertu vinrent solliciter le bonheur de s'associer aux travaux et aux mérites des frères. La rosée du ciel se mêlant aux larmes d'Alphonse avait arrosé ce sol et lui avait donné une étonnante fécondité. Alphonse fit recevoir, dans la maison des novices à Paris , tous les jeunes gens qui étaient venus se présenter à lui pour suivre la sainte carrière de l'enseignement.
11 sera difficile de se former une idée de la satisfaction qu'éprouva toute la ville, en voyant la prospérité d'un établissement si utile aux bonnes mœurs et à la félicité du peuple. Le pieux pontife en était transporté d'allégresse , il visitait souvent les écoles chrétiennes ; quelquefois il en suivait tous les exercices , et se renfermait des heures entières avec les bons frères et leurs dociles enfans. Le clergé de toutes les paroisses bénissait le Seigneur de l'amélioration sensible qu'il observait dans les mœurs et dans les habitudes des enfans soumis à la conduite des bons frères. Ils savaient parfaitement la lettre du catéchisme , ils écoutaient , avec une attention et une intelligence inaccoutumées , les explications qu'on leur en faisait. Autrefois ils rendaient, par leurs mauvais traitemens, le passage de la ville impraticable aux humbles habitans des campagnes ; ils se disputaient entre eux et se déchi-