Livre ix. ilh
de leurs chants, le genre de leur industrie , la fraîcheur de leur physionomie , et leur abandon dans les soins de la Providenee. Ceux qui sortaient des écoles chrétiennes jouissaient en outre du privilège de captiver l'admiration par leur invincible attachement aux devoirs de la religion , et aux maximes de la plus exquise probité.
Guidé par un noble sentiment d'honneur et de reconnaissance , autant que par l'instinct de son intérêt, l'Auvergnat se montrait fort dévoué à l'institut des frères ; et Alphonse sur cette terre de foi ne goûtait que des consolations. Tant de bonheur lui faisait craindre que cette œuvre ne fut pas aimée du ciel ; elle ne portait pas l'empreinte de la croix ! Ses intentions étaient pures, il connaissait la vertu de ses zélés coopérateurs, il se rassura : Dieu d'ailleurs voulait peut être récompenser la fidélité des familles chrétiennes, en rendant si facile et si fructueuse la mission des instituteurs de leurs enfans.
Semblable au laboureur prévoyant et actif, qui veille et travaille encore après avoir recueilli d'abondantes moissons, Alphonse profita de ce moment de calme et de repos , pour revenir sur le passé et consolider l'œuvre du Seigneur.
Alexis devint l'objet particulier de sa sollicitude. Il l'avait engendré à Jésus-Christ, il était pénétré pour lui d'une tendresse paternelle. Il l'avait laissé dans les meilleures dispositions , mais il connaissait la versatilité de son ardente imagination , et il n'était pas sans quelques craintes sur sa persévérance dans la vertu. Il lui
adressa une lettre inspirée par la pins vive piété et par la plus chaleureuse amitié ; il en attendait le résultat avec anxiété, lorsqu'il reçut la réponse.
Qui pourrait redire les joies d'Alphonse à la la lecture de cette lettre ! Rien n'égale les délices que goûte un homme vertueux qui vient de faire une bonne action ; et ces délices inondèrent l'âme d'Alphonse.
Chaque jour augmentait son bonheur : mille enfans fréquentaient son école à Clermont. La catholique population de cette cité se montrait de plus en plus fervente , et favorable à l'institut des frères. Alphonse réussit à former une seconde école dans cette ville , et il n'y eut pas un seul enfant pauvre qui ne pût y recevoir les bienfaits de l'instruction.
Dieu, que prépare votre tendresse invisible et présente ! vous êtes descendu sur la terre , vous avez paru avec un corps mortel parmi les hommes , vous avez daigné les instruire vousmême. Mais les hommes vivent un jour, et les générations fuyent dans les abîmes de l'éternité ; telles on voit les vagues de la mer expirer à chaque instant et se renouveler sans cesse. Mais les siècles en passant semblaient emporter la foi ; la pensée de Dieu s'effaçait de l'esprit des hommes , et les pères ne savaient plus prononcer son nom devant leurs enfans. Les ténèbres du cahos s'avançaient pour envelopper le monde qui s'éloignait de son Dieu : Dieu a eu pitié de sa créature , il veut encore régner dans le cœur de l'homme.