LIVRE IX
Sur les flancs des monts les plus élevés se forment quelquefois les orages les plus violet. > et les plus terribles. Après une longue sérénité , on voit les nuages s'amonceler et frapper d'épouvante : long-temps avant de faire éclater la foudre Alphonse observait, avec un imperturbable sangfroid, plusieurs symptômes effrayans d'une affreuse tempête qui s'avançait sombre et menaçante ! la solidité du sol néanmoins le tranquillisait. Ce pays, sillonné par de nombreuses éruptions , n'offre plus aux regards rassurés que les bouches glacées de ses antiques volcans. Cependant un bruit sourd et souterrain grondait constamment : ce n'était plus ce bruit sauvage et discordant qui frappe d'hoireur, comme le craquement des poutres qui tombent d'un édifice miné par l'incendie , ou comme la chute des arbres qu'entraîne un impétueux torrent ; c'est ainsi que s'annonce la présence et la colère d'une populace trompée : c'était un bruit semblable au frissonnement des feuilles lorsque, dans une vaste forêt , les rayons de la matière électrique convergent sur un point d'où doit partir la foudre dévastatrice.
L'autorité laissait deviner qu'elle ne voyait pas, sans inquiétude , la prospérité toujours croissante des écoles chrétiennes; et elle faisait entrevoir les dispositions les moins rassurantes.
Alphonse reçut plusieurs visites pendant lesquelles on lui adressait des questions insidieuses, il y répondit toujours avec une dextérité et une modestie qui déconcertaient la malveillance sar;«
la désarmer. Un jour qu'on le pressait vivement sur le compte de l'un des frères, pénétré de ce courage qui conduisit Joseph d'Arimalhie chez Pilate , il répliqua avec une noble fermeté , et (il l'apologie la plus complète de tous les actes du frère incriminé ; il en montra non-seulement la justice , mais même l'opportunité. On ne paraissait pas touché de son raisonnement qui ne laissait rien à désirer ; alors il leur dit : « Mes- » sieurs , votre plan est arrêté , innocent et ver- » tueux ou coupable et méchant , il vous trouvera » toujours dans les mêmes dispositions. •> Ces paroles atteignirent au but ; elles eussent blessé des hommes légers et superficiels , elles firent rentrer en eux-mêmes des hommes prévenus , mais graves et intègres. Elles leur firent concevoir de l'estime pour le caractère d'Alphonse . et ils lui surent bon gré de ce qu'il les avait jugés capables d'entendre un énergique langage. En effet , un homme honnête ne peut qu'approuver la résistance qu'on lui oppose en faveur de la justice. Et ils apprirent à connaître l'observateur délicat et ferme sous l'humble habit du religieux. Ils s'accoutumèrent insensiblement à porter plus de bienveillance dans leurs relations avec les frères.
Alphonse profita de cette heureuse circonstance pour les mettre à même de bien apprécier la nature , le caractère , les résultats de l'enseignement des écoles chrétiennes. II leur exprima même nettement son but et ses vues en disant : « Aous 11e demandons , Messieurs, la