LIVRE DIXIÈME
prï:s les fatigues et les travaux de sa 'pénible mission, Alphonse éprouva le besoin du repos; pressé par le désir de consacrer quelques jours à la vertu et au bonheur de servirDieu, il demanda et obtint la permission de passer une année entière dans la retraite. Il se hâta de se rendre à la maison du noviciat à Paris. Telle on avait vu autrefois la colombe , portant avec elle le symbole de la paix , quitter la terre encore couverte des eaux du déluge , et venir , dans l'arche, se reposer sous la protection du père commun des générations renouvelées des hommes.
Les Saints, lors même que leur vie est tout entière remplie par de bonnes œuvres , craignent que la dissipation des choses extérieures ne nuise à leur salut. Tandis que les hommes du siècle se laissent entraîner par les séductions de l'or, des plaisirs et de la vanité ; les vrais enfansde Dieu s'exercent au détachement des créatures-, la terre, loin de les gêner, ne leur sert que pour marcher vers Dieu, ils ressèrent leurs désirs temporels et ils étendent l;i puissance de leur cœur et les
facultés de leur intelligence , jusque dans le sein de la divinité d'où s'échappe la source de l'âme.
Qui pourrait dire le nom des illustres solitaires qui , à la suite des Paul , des Antoine , ont passé des siècles entiers à méditer sur les années éternelles , goûtant, par anticipation, la béatitude des prédestinés ; leur vie était si longue qu'elle semblait immortelle dans le désert, comme au séjour céleste celle des Bienheureux.
Il tardait à Alphonse de s'unir étroitement à son Dieu ; c'est auprès de lui que les âmes puisent la force qui les conserve , force que la puissance leur communique du sein mystérieux du Père, centre fécond de l'existence.
« Je suis venu , disait-il , dans la solitude, pour » écouter ce que le Seigneur, mon maître et mon » dieu , dira à mon cœur ; afin que je mène , au- » tant que possible, dégagée de toute matière, " cette vie qui succède aux chaînes terrestres. » Pjienheureux ceux qui écoutent la voix de leur » créateur, et qui n'ont point d'autre guide ! »
Les maximes les plus propres à conduire un homme à la plus parfaite abnégation ; et au plus héroïque dévouement, étaient le plus de son goût. Il répétait souvent :
- La sainte voie de la croix parait pénible et » rebutante à ceux qui n'y sont jamais entrés ; » mais elle fait tout le bonheur de ceux qui la » connaissent.
« C'est de la croix que le ruisseau de vie s'é* •• chappeel se répand jusque sur la terre, et coule » à pleins bords à travers les souffrances et les • tribulations.