‹ Alphonse, ou, Puissance de la vertuChapitre 132 sur 139 · LIVRE X · texte numérisé non relu

LIVRE X

•• C'est par là que l'àme fidèle , image du Fils

• qui a souffert pour nous , recueille la source

■ des biens spirituels, ineffables.

• Un seul principe brille sous une forme trois

» fois sainte. Là où se trouve la profondeur du

• Père, là se trouve aussi la beauté du Fils , là

• éclate la lumière de l'Esprit qui resserre celte

• unité. centre puissant et fécond , centre des » êtres d'où jaillissent la sagesse, la gloire, les

• splendeurs éternelles, et les jubilations, sans » jamais abandonner le point où elles résident ,

- faites que les ailes de mon âme ne demeurent

■ point pesamment retenues à la terre ; mais que, » prenant un libre essor, je puisse m'élancer dans » les secrets divins , foyers brùlans, où le feu de

- l'amour et du bonheur embrase éternellement

- les élus. »

Cette àme privilégiée s'abreuvait aux divins torrens des plus pures délices ; et elle redescendait de ses sublimes ascensions pour se livrer à l'étude des maximes morales et pratiques qui doivent régler la vie laborieuse des hommes. L'ange luimôme du Seigneur était venu autrefois avertir les disciples ravis qu'ils ne devaient pas rester immobiles , les regards fixés vers le ciel ; le Dieu d'amour leur ordonnait de songer aux misères du inonde. Il faut les partager, les adoucir, et s'associer aux souffrances du Sauveur pour acquérir le droit de s'élancer, après cette vie terrestre, vers les parvis sacrés des éternelles splendeurs.

« Pour aucune chose au monde , il ne faut faire un mal , ni pour produire le plus grand des

• biens, ni pour éviter le plus grand des mal-

- heurs, disait encore Alphonse ; mais on peut •> pour l'avantage du prochain, différer, omettre » même une œuvre de piété , dans notre institut

- surtout : Dieu nous assure qu'il ressent lui- » même le bien que nous faisons à chacun de nos » petits enfans. »

Alphonse eût prolongé bien long-temps son séjour dans cette heureuse retraite s'il eût suivi son attrait. Sa présence n'y fut pas inutile ; il était un objet d'édification pour tous les frères ; les novices surtout ne pouvaient se lasser d'admirer sa doueeur , sa complaisance, son humilité; ses exemples enflammaient leur courage , et ils marchaient avec un saint enthousiasme dans les pénibles sentiers de la perfection.

Quelque chère que fut la solitude à Alphonse , il fallut s'en éloigner ; quelques jours avant l'époque fixée pour son départ , l'institut fit une perle qui fut vivement sentie; le procureur général de l'ordre mourut presque subitement. Le deuil et la consternation furent dans la maison , les frères restaient muets d'étonnement et de douleur : l'odeur de sainteté qui , comme un baume précieux se répandit sur sa tombe , élevait, en les consolant, tous les cœurs vers les espérances du ciel.

Ces bons frères avaient bien choisi la source de leurs consolations : celui qu'ils pleuraient avait assez souffert, il avait assez travaillé pour la gloire de Dieu et pour l'amélioration des hommes : ses droits aux récompenses éternelles ne pouvaient pas èlre douteuses !

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