LIVRE X
Il s'agissait de lui donner un successeur, fous les regards se portèrent sur Alphonse, il n'y eut pas d'instances que le supérieur ne lui fit pour le déterminer à accepter cet important emploi ; il fit valoir toutes les considérations les plus capables de le toucher.
Alphonse, comme s'il eût été menacé d'un grand malheur, alla se réfugier aux pieds des autels; il implora le secours de Dieu, protecteur des faibles :
• Seigneur, s'écria-l-il , c'est vous qui éclairez
• de vos feux les âmes soumises ; qui délivrez de » toute peine , de tout souci , les malheureux » mortels ; c'est vous qui êtes l'auteur de tout
• bien , qui dirigez les cœurs des hommes , dissi-
• pez mes alarmes , et délivrez- moi des honneurs
• dont je ne suis pas digne , d'un fardeau dont ■ je ne pourrais supporter le poids! »
L'humilité profonde et sincère qui rendait Alphonse si magnanime en présence des dangers et dans ses luttes contre l'adversité et les calomnies, le rendait timide et tremblant en présence des charges et des dignités : on avait vu autrefois , et animé par le même esprit, les Ambroise fuir les honneurs de l'épiscopat. hommes vains et présomptueux , venez étudier le vrai caractère de la grandeur dans l'àme d'un simple frère des écoles chrétiennes!
Ses prières, ses larmes , ses pieux artifices ne pouvaient changer ni le vœu général , ni la volonté du supérieur , et la modestie d'Alphonse donnait à ses vertus un charme nouveau qui captivait tous les cœurs
Dieu, qui voyait ses combats et qui avait ses vues spéciales sur son serviteur , se déclare en faveur de son humilité ; une assez grave maladie vint frapper Alphonse : on craignait de l'aggraver par de nouvelles sollicitations , et le supérieur céda à la prière qu'il lui fit de choisir un autre procureur-général.
A peine rétabli, Alphonse reçut une mission délicate et importante. Il fut chargé d'aller rétablir les écoles chrériennes dans la seconde ville du royaume qui , après avoir reçu les frères avec enthousiasme, leur montrait plus que de l'indifférence.
On en était à disserter sur le mérite des frères , sur la bonté de leur méthode, et, comme eela arrive toujours dans les discussions publiques, les esprits se partagèrent en deux partis ; les amis des frères n'eurent pas le courage de s'opposer aux attaques d'une opposition violente, et de suivre, au milieu des embarras que suscitaient les préjugés ou la haine , les démarches nécessaires à l'établissement des écoles chrétiennes.
Les partisans de ces écoles, quoique entièrement découragés, écoutèrent Alphonse avec assez d'intérêt pour se déterminera faire quelques nouvelles tentatives. Le résultat de leurs efforts fut d'obtenir que l'affaire de l'institut et de son établissement serait soumise à l'examen d'une commission : on porta même la condescendance jusqu'à choisir les hommes que l'on jugea les plus capables de prononcer sur un pareil sujet ; mais