‹ Alphonse, ou, Puissance de la vertuChapitre 16 sur 139 · LIVRE î · texte numérisé non relu

LIVRE î

M. de X.... issu d'un sang illustre , était le dernier rejeton de l'antique famille seigneuriale de la paroisse. Il avait si souvent entendu raconter les nobles actions d'Alphonse : pouvait-il rester insensible au sort si triste du petit-fils de l'un des plus anciens et des plus fidèles serviteurs

de ses ancêtres ! Le pasteur contemple le

malade qui semble inanimé , il se recueille en lui-même ! puis , pour commencer la prière des morts, il fait le signe de la croix. joie ! ô espoir inattendu ! au même moment les yeux d'Alphonse s'ouvrent , et il porte ses regards sur le prêtre qui le bénit.

Cette coïncidence du mouvement du prêtre qui fait le signe du salut , et du malade qui donne un signe de vie , pénètre toute l'assemblée d'attendrissement : on voit même des larmes s'échapper des yeux de M. de X...., qui. à son arrivée , était un philosophe incrédule , et qui s'en retourna , si non converti , au moins bien ébranlé. Le pasteur attentif à tout , lui dit, avec un à-propos d'une grâce infinie : - Convenez que le signe de la croix fait quelquefois • goûter de bien douces consolations ; jugez par ce qui vient de se passer dans votre àme , de ce qu'il a de significatif pour les vrais » croyans ! »

Dès ce jour, une étroite amitié unit le pasteur et M. de X.... qui n'eut pas de peine à renoncer aux subtilités d'une philosophie aussi vaine qu'inutile , pour laisser guider son ame par les lumières si douces et si sûres de la foi. Sa m en.-

en mourant avait si instamment demandé, pour lui , cette faveur au ciel !

Une conversion si éclatante et qui eut pour cause apparente une circonstance aussi extraordinaire fit un grand bruit , et produisit une joie et une édification universelle , et d'autant plus grandes que M. de X.... s'était fait estimer par ses qualités humaines et par le noble usage qu'il faisait de son immense fortune.

Le bon pasteur, après s'être convaincu qu'il était possible de ramener Je jeune Alphonse à la santé, se retira en disant à la mère de l'enfant et à toute sa famille éplorée : « Ce n'es! plus de • larmes et de sanglots qu'il est question, mais >- de prudence, de force et de confiance en Dieu. » Lorsqu'il retournait au presbytère , chaque laboureur des champs d'alentour quittait ses bœufs , chaque berger quittait ses troupeaux , pourvenir,surla route, demandera M. de Saint- Hilaire des nouvelles d'Alphonse ; et , à la joie que ces braves habitans de la campagne faisaient éclater, en apprenant qu'il allait mieux, on eût cru que le pasteur leur annonçait à chacun la guérison ou d'un fils ou d'un frère.

Ce digne ecclésiastique n'abandonna pas Alphonse, il lui fit de fréquentes visites et il eut bientôt la satisfaction de le voir en pleine convalescence : dès lors il conçut le dessein de cou duire dans son presbytère cet aimable enfant dès qu'il serait capable de supporter la fatigue d'une promenade un peu longue, et de se charger luimême des soins de son éducation.

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Cependant tous les enfans destinés à recevoir, cette année, le pain des anges, ayant appris que leur jeune camarade était en voie de guérison , se réunirent autour de M. de Saint-Hilaire, et le prièrent instamment de retarde:' le jour de la première communion jusques au parfait rétablissement d'Alphonse , pour que rien ne manquât à leur bonheur, à leur édification. Alphonse faisait un si grand vide dans leurs rangs! Il savait se rendre si aimable à tous : il ne connaissait point de plus doux délassement que de s'occuper de Dieu , de s'entretenir de son bon Ange qu'il croyait toujours présent à ses côtés, et cette idée lui rendait merveilleusement facile et agréable la pratique de la vertu. Le ton affectueux et aisé de sa conversation, l'air de sérénité qui peignait sur son visage, en traits ineffables, la paix de son cœur, le charme de ses manières simples , donnaient à sa présence un attrait et un agrément dont on ne pouvait se défendre.

On aimait à l'entendre , et en l'entendant on se sentait pénétré des sentimens de piété qui l'animaient lui-même.

Enfin le jour approchait où les désirs d'une jeunesse nombreuse et sainte allaient être accomplis.

Des traits enflammés partaient , à chaque insîant, pour le ciel.

■< Christ, réunissez vos chastes enfans, disait

le pasteur, pour que d'une voix pure , ils

chantent saintement vos louantes.

" Nous encore si jeunes, disaient les enfans

» de nos lèvres tendres, nous allons prendre

• une nourriture divine, nous allons nousrassa-

• sier de la rosée céleste ; chantons ensemble » des hymnes d'amour au roi des cieux.

» Enfans élus , chœur de paix , chantons ensemble le céleste pasteur du saint troupeau ,

• le conducteur divin des enfans. »

Déjà, ravissante harmonie ! le son des cloches, messager des pieux désirs , répand l'allégresse dans tous les villages , et invite les fidèles à se réunir pour célébrer la gloire de l'innocence et de la vertu, et la gloire aussi du repentir!

» Les brebis spirituelles vont paraître devant

• vous, ô pasteur des âmes !

» L'Hostie sainte va s'offrir à leurs regards , » à leur amour; le Dieu de paix se prépare un » lieu de repos, un lieu de délices.

• Des flancs sacrés formés du limon de la » terre (1) ont enfanté le Sauveur.

» Une victime non sanglante sera bientôt im- ■< molée ; le sang du juste fera triompher la reli- > gion : les cœurs purs de passions , affermis » dans la voie de la justice, ne craindront plus » les orages pour traverser la vie.

» Troupeau timide de jeunes filles, approchez •>- du redoutable sanctuaire.

» Cœurs saints de jeunes enfans, venez vous

• abreuver à la source de la véritable lumière.* Aussitôt on voit défiler dans un ordre admira-

(\) Roraïf! rrrli, desuperj aperiatui lerra, el germinel sal

'.iinrom. Joann., chap. 4 .'>. \. S

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