‹ Alphonse, ou, Puissance de la vertuChapitre 20 sur 139 · LIVRE II. l\i · texte numérisé non relu

LIVRE II. l\i

comme elle , il la prie en fondant en larmes. Ses prières montent au ciel avec le bruit de ses sanglots étouffés par sa résignation, et sonlentendues de sa mère céleste !

Les hommes prédestinés portent tous des traits de ressemblance dans leur vie. La distance des temps, des âges, des conditions semble s'effacer pour rapprocher les grandes âmes, pour rendre saillant le caractère propre à tous les enfans de- Dieu.

Saint Jean-Baptiste tressaillit de joie dans le sein de sa mère , lorsque Elisabeth fut visitée sur les montagnes de Sion par la Vierge de Solyme : c'était la première et mystérieuse manifeslalion de la grandeur future du plus noble des enfans des hommes.

Saint Jean, l'évangéliste, qui fut digne de reposer sur le sein du Sauveur, fut digne aussi de devenir le fils de Marie.

Depuis cette époque , pourrait-on citer un grand homme, dans les annales du Christianisme qui ne se soit distingué par la grandeur de son amour pour la mère de son Dieu ?

Les Clément , les Denys , les Polycarpe , les Alhanase, les Hilaire , les Jérôme, les Chrysoslôme , les Basile , les Grégoire , les Thomasd'Aquin. les Bernard, et toute cette innombrable armée dont les légions choisies dans les douze tribus d'Israël, ont élevé jusque au ciel la gloire et les triomphes de l'Eglise.

Que dirai-je d'un saint François-Xavier, ce Paul des temps modernes , de saint Vincent de

Paul , qui eut lui-même des entrailles de mère pour l'humanité ; d'une sainte Thérèse qui fut le prodige de l'Espagne ; d'une sainte Claire, fondatrice d'un ordre dont les vertus et les effrayantes austérités font l'étonnement de l'univers; d'un saint François de Sales, aimable à la terre comme au ciel , tant la douceur a d'empire sur ceux même qu'elle soumet !

Oui, dans tous les siècles, l'amour de la Vierge fut le caractère distinctif des héros chrétiens.

Alphonse était né généreux ; et sans connaître encore les exemples des Saints , il marchait sur leurs traces. La grâce léclairait et l'inspirait ; elle n'a besoin ni de longues leçons, ni de longs efforts pour échauffer les cœurs et subjuguer les esprits. Dieu avait des desseins particuliers sur lui, et c'était en le conduisant par des voies obscures qu'il l'appelait à l'accomplissement d'une des œuvres les plus importantes pour le monde. A-t-on d'ailleurs jamais mesuré le mérite chrétien des hommes sur le vain éclat de leurs actes extérieurs?

Alphonse avançait à grands pas dans les sentiers étroits de la vertu : ses progrès dans l'étude n'étaient pas moins sensibles. Son attachement filial pour son bienfaiteur ne contribua pas peu à ses succès. Il professait pour M. de Saint-llilaire un profond respect que tempérait une confiance sans bornes : il lui fut aussi doux que facile de se laisser entièrement guider par ses conseils.

M. de Saint-llilaire était fort occupé; Alphonse le comprit ; il voulut autant que possible alléger

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