LIVRE II. fji
d'allôgresse et de joie (1) , parce qu'il pouvait en consacrer tous les instans au Seigneur. Avec quelle piété , quel recueillement , ou plutôt avecquel bonheur il assistait à tous les offices de la paroisse !
Entendait-il prêcher sur le salut , sur le ciel, sur le jugement dernier, sur le péché ; il rendait compte de ses impressions à M. de St.-Hilaire , ou même aux fidèles qui , aux jours de fêles , visitaient avec empressement le bon pasfeur et son aimable disciple.
« Quel affreux courage il faut avoir , leur • disait-il , pour braver Dieu par le péché : le « méchant porte déjà son enfer en lui-même, et » que lui est-il réservé pour l'avenir? Non, non, » je ne comprends pas qu'il y ait un homme
assez insensé pour persévérer dans le vice , et <> pour oser, chargé de crimes , s'aventurer dans - l'éternité. »
Une autre fois il leur disait : « Peut-on mettre
■ trop de soins à acquérir le bonheur du ciel ! > L'homme est si avide de jouissances , qu'il les
■ cherche dans le péché ; il ne craint pas d'endurer les reproches de sa conscience qui en
. effacent la douceur ; et pour un plaisir pas- . sager il se prive de la paix que donne ici-bas
• la vertu , et du bonheur qu'elle promet pour
• toute une éternité. Peut-on plus mal calculer 7 Alphonse avait aussi un goût particulier pour
(1 Flœr est dies quant fecit Dominas ; exultemus et lœtsmur in en. P.«. 117.
Je chant : et le chant , dans sa bouche , avait quelque chose de si suave qu'il portail à la piété. 11 savait un grand nombre de cantiques ; car, ce qui est assez rare , il joignait à un jugement exquis lesavantages d'une mémoire prodigieuse. Chaque connaissance nouvelle était entre ses mains un instrument qu'il faisait servir à la gloire de Dieu et à l'utilité du prochain. Il organisa un chœur d'enfans à l'église : le pasteur et les habitans aisés firent des sacrifices , et la présence de ces enfans , revêtus d'un costume analogue aux offices dont ils étaient chargés . augmenta la pompe des cérémonies religieuses. La nouveauté du spectacle , la satisfaction de la tendresse paternelle réunie au motif de la piété , attiraient la multitude des fidèles dans le temple. Les exercices du culte , en se multipliant, semblaient spiritualiser cette population champêtre, la dégager des sens et de ses idées grossières, lui donner plus d'élévation dans ses pensées, plus d'activité dans l'intelligence , plus de noblesse dans les habitudes , plus de gaieté , d'enthousiasme et de légèreté dans les mouvemens de l'âme et du corps : un principe fécond et vivifiant répandait partout une salutaire fermentation, et par sa force expansive se communiquait à tous les esprits : le goût des choses intellectuelles se développait chaque jour d'avantage dans cette heureuse paroisse.
La petite phalange des choristes allait fréquemment au presbytère : on s'appliquait d'abord au chant , puis on apprenait les cantiques. Al-