‹ Alphonse, ou, Puissance de la vertuChapitre 26 sur 139 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

phonse commençait à lire couramment ; c'était lui qui , répétant les couplets d'un cantique, les gravait dans la mémoire de ses jeunes compagnons. Cesenfans brûlaient du désir de connaître les caractères sous lesquels se cachaient les choses qu'ils entendaient lire. M. de St.-Hilaire, observant ces dispositions , jeta , comme par hasard , mais avec intention , quelques alphabets au milieu de celle petite troupe avide. Cette libéralité fournit à Alphonse l'occasion de débuter dans la carrière de l'enseignement qu'il devait plus tard parcourir avec tant de succès et de gloire.

Tel qu'un sage agriculteur qui prépare son champ long-temps avant de l'ensemencer , M. de St.-IIilaire disposait à l'étude une jeunesse ardente , facile, impressionnable.

Aussi , dès qu'il eut mis la main à l'œuvre et commencé à distribuer lui-même les bienfaits de l'instruction, se vit-il entouré avec amour de ces enfans : toutes les difficultés furent dévorées ;. rien ne peut être comparé à leur émulation :

c'était à qui surpasserait son camarade. Cette rivalité cependant ne ressemblait pas à cette basse envie que l'on observe si communément, même parmi les plus jeunes enfans , lorsque les inspirations de la vertu n'ont pas précédé les leçons de la science.

J'ignore à quelle méthode eut reconrs M. de St.-Hilaire ; mais je sais que ses jeunes élèves apprirent à lire avec une rapidité qui fit l'éton-

nemenf. et l'admiration de tous ceux qui en furent témoins.

Dès les premières leçons , les lettres de l'alphabet , les A , les B , les C , les D , él aient déjà ineffaçablement gravées dans l'esprit de ces petits villageois ; ils surent bientôt les joindre entre elles.

Il s'agissait tantôt de déchiffrer un couplet du cantique dont l'air était le plus beau ; tantôt il fallait le lire, pour suivre les autres en chantant, le premier dimanche du mois , en présence de toute la paroisse assemblée. combien on faisait d'efforts! Pour instruire, une méthode plus sûre et plus prompte que toutes celles que l'on a inventées et que l'on inventera jamais , c'est celle d'inspirer le désir d'apprendre. M. de Saint-Ifilaire excellait dans l'art d'exciter l'intérêt > de provoquer la curiosité. Ce n'était pas en représentant les avantages futurs d'une connaissance , c'était en en montrant l'utilité présente , qu'il l'offrait à l'attention de ses élèves. Il avait aussi l'attention de débarrasser la vérité de l'appareil effrayant qui rebute déjeunes et tendres esprits.

Il n'y eut pas un enfant qui ne voulût connaître les letlres dont on se servait pour écrire son nom, auquel on ne fit naître le désir impatient de lire son acte de baptême, et qui ne fût ainsi initié promptement , sans étude et presqu'à son insu, à la lecture des manuscrits.

Il fallut leur apprendre l'arithmétique : le bon maître s'empressa d'élaguer, des opérations si simples du calcul, tout ce luxe de démonstrations

Page 1