‹ Alphonse, ou, Puissance de la vertuChapitre 27 sur 139 · LITRE II · texte numérisé non relu

LITRE II

scientifiques qui souvent ne servent qu'à couvrir d'une enveloppe impénétrable des vérités qui sont connues de tout le monde. Le lendemain d'une foire ou d'un marché, un élève comptait la somme produite par le prix de vingt moutons vendus 5 fr. pièce : le maître montrait la similitude de celte opération avec toutes les opérations d'une même nature, et les élèves de l'école avaient instantanément appris, et pour leur vie, à faire une addition ; bien plus heureux que la plupart des éludians qui oublient si vite presque tout ce qu'ils n'ont appris qu'avec beaucoup de peine, de temps et d'argent ; malheureuses dupes qui ne savent que des mots, des mots qui ne laissent aucune trace dans le cerveau, parce qu'ils sont au-dessus de la portée de ceux que l'on instruit. C'est pourtant à quoi se réduit aujourd'hui toute la science tant admirée dans la plupart de ces prodiges de quinze ans que l'on préconise dans les plus petits hameaux comme dans le sein des grandes cités. Hommes insensés, enivrez vos enfans d'orgueil , saturez-les de présomption et de fatuité, comme si vous craigniez qu'il ne leur fût pas, un jour, assez amer d'avoir à supporter le dédain auquel les exposera leur inutilité ! Que devient un arbre , lorsque l'art lui a fait porter des fruits précoces ! il n'est plus bon à la culture : il se dessèche et se flétrit , tandis que les arbres de la même espèce, dont on n'a pas altéré la nature par des soins pernicieux , se couvrent d'une vigoureuse et ravissante végétation. Plus les destinées de l'homme sont grandes et élevées ,

plus il importe de ménager toutes ses forces par leur développement graduel et naturel. Dès que l'on violente la nature, on ne peut en obtenir que des monstruosités. Ces tours ingénieux de l'esprit , ces démonstrations subtiles, ces raisonnemens en apparence suivis, dans un âge tendre , vous ravissent un moment : votre amour-propre, père imprudent, savoure avec complaisance cet encens délicieux : allez au fruit précoce : son apparition dans une saison inaccoutumée cause de la surprise ; mais il n'a qu'un coloris trompeur, et l'arbre qui l'a porté trop tôt restera à jamais languissant et inutile.

M. de Saint-Hilaire observait les lois de la nature d'une manière plus judicieuse. 11 n'épuisa M, pas, en voulant les exercer au-delà de leurs forces, les intelligences de ses jeunes élèves. 11 ne nuisait d'ailleurs ni à leur progrès , ni à leur véritable instruction , en simplifiant ses méthodes d'enseignement. Les idées sont des notions des objets, déterminées par des rapports : en montrant ces rapports à ses élèves , M. de Saint-Hilaire enrichissait leur esprit des idées qui seules rendent l'homme réellement instruit.

il y a une analogie parfaite entre les fonctions de nos sens et les opérations de l'esprit ; la science nous démontre admirablement les règles en vertu desquelles les sens apportent à l'âme les perceptions, ou au moins les images des objets extérieurs qui les frappent : mais malgré cette exactitude de règles, s'il était possible qu'il existai un homme qui ne connût que par la

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