‹ Alphonse, ou, Puissance de la vertuChapitre 29 sur 139 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

la sensation, si les sens ne l'aidaient enlre eux pour lui en déterminer la connaissance. Le toucher surtout, avec son procédé lent, exclusif, et presquiufaillible, aide lame à déterminer la valeur de ses appréciations , ou la justesse de ses jugemens sur les rapports des sens; il lui donne comme l'instinct du vrai, et une prompte habitude du discernement.

Celle marche tracée par les lois de la Providence et par le système tout entier de notre organisation , était précisément celle que suivait M. de Saint-IIilaire. Il soumettait au toucher, pour ainsi dire, toules les opérations de l'esprit : il n'y avait pour ses élèves ni sciences abstraites, ni sciences spéculatives. Ce n'était pas un fragile échalîaudage de paroles et d'argumens qui composait leur savoir. Pour leur apprendre à porter leurs jugemens , ou pour faire naître des idées dans leur esprit , il plaçait les choses , telles qu'elles ' étaient , sous leurs yeux et pour ainsi dire sous leurs mains.

Des moutons vendus à la foire avaient produit une somme de 100 fr. Cette somme devait-elle rester toute dans les mêmes mains ? Ne devaitelle subir aucun partage? Ne fallait-il pas retrancher ou prélever la somme d'acquisition ? La somme de 53 fr. à partager ne forçait elle pas à changer la nature des unités , ou en d'autres termes à arriver aux fractions? Ainsi , une trèspetite opération de commerce renfermait toutes les règles et toutes les combinaisons de l'arithmétique. M. de St -Hilaire , en montrant tou-

jours d'une manière sensible les rapports des objets , apprenait non des mots mais des choses à ses élèves. 11 y avait entre eux et les autres élèves cette différence : les élevés de M. de St.llilaire retrouvaient la vérité sous quelque forme qu'on la leur présentât , et malgré les objections par lesquelles on cherchait à l'obscurcir ; parce que toutes ces substililés, ou toutes ces formes nouvelles ne changeaient pas la substance des choses qu'ils connaissaient : les autres élèves , au contraire, à la moindre objection, ou au moindre changement dans la forme, n'y sont plus ; ils ne savent que des mots ; on les ôte ; que peut saisir leur entendement ? Je crois que pour instruire solidement les enfans , il ne faut leur apprendre que des choses dont ils sentent l'utilité présente , et dont ils voient et louchent en quelque manière les rapports ; autrement vous montez un mécanisme , mais vous ne formez pales intelligences.

Dieu bénissait les élèves de M. de St. -llilaire. La méthode de leur ingénieux maître était merveilleusement appropriée à leurs besoins , à leurs talens , à leur position : ils firent d'inimaginables progrès , et , malheureusement pour eux , ils obtinrent des succès beaucoup trop brillons. La réputation de cette petite école aurait dû en faire la fortune, elle fut la cause de sa ruine. La jalousie était inconnue de ces vertueux enfans élevés à l'ombre du presbytère ; mais elle avait jeté ailleurs de profondes racines. Un sombre orage se forme autour de ce Iyeé<-

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